{"id":89,"date":"2011-04-11T15:57:27","date_gmt":"2011-04-11T15:57:27","guid":{"rendered":"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/2011\/04\/11\/compte-rendu-de-lecture-writing-women-and-space\/"},"modified":"2023-07-21T15:53:26","modified_gmt":"2023-07-21T13:53:26","slug":"compte-rendu-de-lecture-writing-women-and-space","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?p=89","title":{"rendered":"Compte-rendu de lecture : &#8220;Writing Women and Space&#8221;"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><strong>S\u00e9minaire FAAAM du 8 avril 2011<\/strong><\/p>\n<p><strong>Par Alice Braun<\/strong><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-88\" src=\"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg\" width=\"114\" height=\"171\" \/><\/p>\n<p>\tL\u2019ouvrage que je souhaite vous pr\u00e9senter aujourd\u2019hui est un recueil d\u2019articles rassembl\u00e9s par deux chercheuses, l\u2019une canadienne (Alison Blunt), l\u2019autre \u00e9cossaise (Gillian Rose). Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des origines des deux \u00e9ditrices est embl\u00e9matique de l\u2019ambition de l\u2019ouvrage en g\u00e9n\u00e9ral, qui est de proposer un \u00e9tat des lieux, ou plut\u00f4t un instantan\u00e9 des r\u00e9flexions sur le genre dans une perspective postcoloniale. L\u2019int\u00e9r\u00eat de cet ouvrage est d\u2019envisager les probl\u00e9matiques de genre et les probl\u00e9matiques postcoloniales comme deux axes distincts qui se croisent, fusionnent parfois, entrent en conflit et se repoussent alternativement. Les espaces dont il est question sont essentiellement distingu\u00e9s par pays ou par zone g\u00e9ographique, ce qui repr\u00e9sente sans doute d\u00e9j\u00e0 une des limites de l\u2019ouvrage, qui ne propose pas, en dehors de l\u2019introduction, de r\u00e9flexion transversale, d\u00e9connect\u00e9e des contextes g\u00e9ographiques et culturels dans lesquels s\u2019ancrent les diff\u00e9rents expos\u00e9s. On peut ainsi regretter que le terme d\u2019espace ne devienne, au fil de l\u2019ouvrage, qu\u2019un synonyme pour postcolonialit\u00e9, et finisse par n\u2019\u00eatre qu\u2019une toile de fond sur laquelle vient s\u2019inscrire les probl\u00e9matiques li\u00e9es au genre. N\u00e9anmoins, l\u2019ouvrage, pris dans sa largeur de vue, nous permettra de faire le point sur les questions sp\u00e9cifiques li\u00e9es au croisement des th\u00e9ories sur le genre et sur la postcolonialit\u00e9, mais \u00e9galement de d\u00e9gager une d\u00e9finition de l\u2019espace comme concept th\u00e9orique, notamment \u00e0 travers l\u2019image de la carte, qui sert de fil directeur \u00e0 l\u2019ensemble du recueil.<\/p>\n<p>\tL\u2019introduction, r\u00e9dig\u00e9e par les deux \u00e9ditrices, permet de faire le tour des questions que pose le concept d\u2019espace dans le domaine des \u00e9tudes de genre, mais \u00e9galement des d\u00e9bats qu\u2019il suscite. En effet, c\u2019est dans l\u2019espace que s\u2019inscrit le plus visiblement la politique des genres, avec notamment la s\u00e9paration entre sph\u00e8re publique et sph\u00e8re priv\u00e9e, notamment. Cette division, qui a \u00e9t\u00e9 mise en \u00e9vidence par un premier f\u00e9minisme, n\u2019est cependant pas un ph\u00e9nom\u00e8ne universel et anhistorique, puisque selon les auteures, elle co\u00efncide avec l\u2019\u00e9mergence de la classe moyenne au 19\u00e8me si\u00e8cle. Cette contextualisation permet de mettre en \u00e9vidence les points de conflit qui existent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du domaine des \u00e9tudes genr\u00e9es : pour les f\u00e9ministes noires, le codage symbolique de l\u2019espace qu\u2019a fait appara\u00eetre Betty Friedan, par exemple, est une probl\u00e9matique essentiellement blanche et bourgeoise. L\u2019espace est \u00e9galement l\u2019un des aspects autour desquels s\u2019affrontent conceptions essentialistes et non-essentialistes du genre \u2013 un affrontement qui va d\u2019ailleurs \u00eatre au c\u0153ur de nombreuses r\u00e9flexions dans le recueil. \u00ab The central task for many feminists today is to articulate the extraordinarily complex and simultaneous interaction of gender, class, race, and sexuality (to name just four of the most frequently mentioned axes of identity, oppression, and resistance) that create differences between women; the politics of difference with which many feminists are now concerned is not only the politics of difference between two genders, but also the politics of diversity among women \u00bb, p. 6-7. Ainsi, pour les auteures du recueil, il convient de consid\u00e9rer l\u2019espace comme un plan o\u00f9 s\u2019intersectent les diff\u00e9rentes donn\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience individuelle, au-del\u00e0 de la simple identit\u00e9 genr\u00e9e. Le seul v\u00e9ritable \u00e9cueil \u00e0 \u00e9viter est celui de l\u2019illusion d\u2019un \u00ab espace transparent \u00bb, d\u00e9nu\u00e9 de tout marquage, fruit de l\u2019id\u00e9ologie dominante bas\u00e9e sur la croyance en la possibilit\u00e9 d\u2019une prise directe du savoir sur le r\u00e9el. L\u2019espace a besoin, pour fonctionner comme concept au sein d\u2019une approche d\u00e9constructionniste des \u00e9tudes de genre et du postcolonialisme, du concept annexe de \u00ab positionnalit\u00e9 \u00bb, qui d\u00e9crirait alors une occupation politique de l\u2019espace, et une mise en \u00e9vidence de ses diff\u00e9rents quadrillages.<\/p>\n<p>\tDans le cadre de cette r\u00e9flexion, le motif de la carte servira de fil directeur, dans la mesure o\u00f9 elle se veut repr\u00e9sentation transparente de l\u2019espace, mais dont la nature m\u00eame de repr\u00e9sentation trahit la port\u00e9e v\u00e9ritablement politique. Par ailleurs, si la carte st une image tout \u00e0 fait centrale dans la r\u00e9flexion postcoloniale, dans la mesure o\u00f9 elle formalise l\u2019appropriation de l\u2019espace, elle permet \u00e9galement de relier ces probl\u00e9matiques \u00e0 celles du genre, puisque la carte est per\u00e7ue comme le symbole par excellence du phallogocentrisme et de la m\u00e9taphysique de la pr\u00e9sence. Ainsi, \u00ab Imperialist literature often incorporated sexual imagery to create and sustain the heroic stature of male colonizers who conquered and penetrated dangerous, unknown continents; often characterized by the fertility of both indigenous vegetation and women \u00bb, p. 10. Cependant, s\u2019il est ind\u00e9niable que la colonisation a essentiellement \u00e9t\u00e9 une entreprise masculine, les auteures de l\u2019introduction nous rappellent que de nombreuses femmes y ont \u00e9galement particip\u00e9. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019appara\u00eet tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de faire converger \u00e9tudes de genre et postcolonialisme dans le cadre d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019espace, puisque celui-ci devient le site de diff\u00e9rentes divisions plus complexes : hommes et femmes, bien s\u00fbr, mais aussi hommes colonisateurs et hommes colonis\u00e9s, femmes colonisatrices et femmes colonis\u00e9es. Toute la d\u00e9finition du sujet est alors destabilis\u00e9e et devient fluide, changeante, et l\u2019espace n\u2019est d\u00e8s lors plus lisse et plat, mais pareil \u00e0 une \u00e9toffe qui chatoie et r\u00e9fl\u00e9chit la lumi\u00e8re selon ses plis et froiss\u00e9s. Les femmes colonisatrices, dont il va essentiellement \u00eatre question dans la premi\u00e8re partie, intitul\u00e9e \u00ab Drawing the Map \u00bb, vont justement nous fournir l\u2019exemple typique d\u2019une positionnalit\u00e9 multiple du sujet, au carrefour de diff\u00e9rentes formes d\u2019oppression. La deuxi\u00e8me partie, intitul\u00e9e \u00ab Rethinking Mapping \u00bb, va s\u2019int\u00e9resser au contexte v\u00e9ritablement postcolonial, et \u00e0 la d\u00e9construction, par le prisme des \u00e9tudes de genre, d\u2019un soi-disant \u00ab espace transparent \u00bb, et des pratiques contemporaines d\u2019appropriation de l\u2019espace. Dans cette deuxi\u00e8me partie, la notion de territoire, emprunt\u00e9e \u00e0 Trinh Minh-ha, permettra de mettre au jour les diff\u00e9rentes formes de prise sur l\u2019espace : \u00ab By naming it as territory, Trinh insists that transparent space is about power, knowledge, and control. It is something that has to be constituted, imposed on spaces and places not imagined through itself \u00bb, p. 15.<\/p>\n<p>\tLes trois premiers articles de la section intitul\u00e9e \u00ab Drawing the Map \u00bb ont pour sujet les r\u00e9cits de voyage \u00e9crits par des exploratrices britanniques du 19\u00e8me si\u00e8cle. Tous trois cherchent ainsi \u00e0 montrer que ces femmes, bien que marginalis\u00e9es au d\u00e9part par le patriarcat colonisateur europ\u00e9en, ont n\u00e9anmoins particip\u00e9 par leurs \u00e9crits \u00e0 cette prise cognitive sur l\u2019espace, qui fait le substrat id\u00e9ologique du genre du r\u00e9cit de voyage. On verra que cette prise de parole participe \u00e0 des degr\u00e9s diff\u00e9rents \u00e0 l\u2019entreprise coloniale, et qu\u2019elle suppose une positionnalit\u00e9 du sujet tr\u00e8s ambivalente, et parfois contradictoire. Sara Mills (dont les travaux ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s dans ce s\u00e9minaire) est l\u2019auteur du premier article, qui envisage de mani\u00e8re assez g\u00e9n\u00e9rale l\u2019\u00e9laboration du savoir comme base du r\u00e9gime colonial, ainsi que le r\u00f4le jou\u00e9 par certaines femmes exploratrices dans l\u2019acquisition de ce savoir : \u00ab Thus rather than viewing imperial activity as the imposition of rule by an army or the \u2018discovery\u2019 of a country by an explorer, imperialism can instead be seen to consist of a myriad number of activities that took place in both the public and the private sphere and that played a role in producing knowledges that affirmed and naturalized the imperial presence \u00bb, p. 32. Pour Sara Mills qui adopte ici une approche foucaldienne avec l\u2019\u00e9quation savoir\/pouvoir, l\u2019exp\u00e9rience des femmes exploratrices a ceci d\u2019int\u00e9ressant qu\u2019elle permet d\u2019envisager le sujet colonial de mani\u00e8re plus fragment\u00e9e. En effet, la femme exploratrice est oblig\u00e9e de s\u2019attribuer les qualit\u00e9s viriles de l\u2019explorateur masculin, tout en s\u2019effor\u00e7ant de maintenir les conventions li\u00e9es \u00e0 son sexe. Cette positionnalit\u00e9 ambivalente a pu pousser certains critiques \u00e0 lire les textes de ces femmes comme des critiques \u00e0 peine voil\u00e9es du syst\u00e8me imp\u00e9rialiste. Or, pour Sara Mills, elles y ont largement particip\u00e9, notamment en adoptant un regard paternaliste vis-\u00e0-vis des femmes colonis\u00e9es, en d\u00e9non\u00e7ant par exemple des pratiques qu\u2019elles jugeaient barbares (comme le sati en Inde \u2013 voir les travaux de Spivak sur le sujet). Au fond, on pourrait ajouter que la tentation de vouloir lire une complicit\u00e9 a priori des auteures de r\u00e9cits de voyage avec les femmes qu\u2019elles rencontrent d\u00e9note d\u00e9j\u00e0 d\u2019une vision androcentr\u00e9e consistant \u00e0 rejeter les femmes dans une alt\u00e9rit\u00e9 sans nuance. Au contraire, pour Sara Mills, la d\u00e9nonciation de la condition suppos\u00e9ment d\u00e9gradante de certaines femmes colonis\u00e9es a eu pour effet une id\u00e9alisation du traitement des femmes au sein du patriarcat europ\u00e9en, ce qui permet par ricochet de justifier l\u2019entreprise coloniale d\u2019un point de vue moral : \u00ab This type of seemingly critical knowledge also provided a space for British women within the imperial enterprise as a whole, so that they could be imperial citizens while remaining thoroughly within the stereotypical discourse of femininity and motherhood \u00bb, p. 42. Sara Mills propose ensuite une analyse des \u00e9crits de Fanny Parkes, dont la posture morale et \u00e9motionnelle fournit une illustration de ce processus d\u2019acquisition de savoir colonial.<\/p>\n<p>\tAlison Blunt, quant \u00e0 elle, s\u2019int\u00e9resse essentiellement \u00e0 l\u2019exploratrice Mary Kingsley, et en premier lieu \u00e0 la volont\u00e9 de cette derni\u00e8re d\u2019inclure une carte de ses voyages dans la publication de ses r\u00e9cits, comme une fa\u00e7on d\u2019en authentifier la v\u00e9racit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9. Dans son article, la chercheuse interroge la f\u00e9minit\u00e9 de et dans les textes de Mary Kingsley, et examine la position probl\u00e9matique de l\u2019exploratrice, qui doit inscrire sa parole dans un genre caract\u00e9ris\u00e9 par une surd\u00e9termination masculine, et dans lequel il est n\u00e9cessaire pour tout auteure d\u2019imposer sa l\u00e9gitimit\u00e9 plus clairement encore qu\u2019un auteur masculin. Ensuite, Alison Blunt \u00e9voque le style lui-m\u00eame des descriptions de Mary Kingsley, dans lesquelles elle d\u00e9c\u00e8le un tropisme genr\u00e9 sp\u00e9cifique. Pour elle, en effet, Kingsley privil\u00e9gie un mode de description m\u00e9taphorique, et donc en partie subjectif, \u00e0 un mode plus litt\u00e9ral, qui serait celui de la simple emprise suppos\u00e9ment neutre du regard. \u00ab The former reveals the subjectivity of an observer located within the landscape while the latter relates to a panoramic gaze objectifying the landscape through the imperial power and authority of an external observer \u00bb, p. 62. Enfin, cette approche un peu binaire de la repr\u00e9sentation est nuanc\u00e9e par Blunt, qui voit chez Kingsley un paradoxe entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la tentative d\u2019appropriation du regard large, soi-disant transparent du colon\/explorateur, et de l\u2019autre, la mise en avant d\u2019exp\u00e9riences subjectives et li\u00e9es au genre de l\u2019auteur. Ainsi, Mary Kingsley aborde le Mont Cameroun avec l\u2019aplomb de l\u2019aventurier, mais ne cesse de rappeler sa faiblesse constitutive de femme, qui lui rend toute ascension impossible.<\/p>\n<p>\tCheryl McEwan, enfin, s\u2019int\u00e9resse aux r\u00e9cits de voyage en Afrique de l\u2019Ouest de trois exploratrices : Mary Slessor, Mary Kingsley et Constance Larymore. Il s\u2019agit encore une fois ici de questions de repr\u00e9sentation, mais cette fois-ci des femmes colonis\u00e9es par les femmes colonisatrices elles-m\u00eames, au carrefour des trois axes principaux de subjectivit\u00e9 : genre, classe, race. L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019avoir choisi ces trois femmes est de multiplier les effets de positionnalit\u00e9 : Mary Kingsley \u00e9tait donc une exploratrice, qui tendait \u00e0 adopter un point de vue plut\u00f4t masculin, tandis que Constance Larymore \u00e9tait la femme d\u2019un colon, et Mary Slessor, une missionnaire c\u00e9libataire. Toutes basaient leur entreprise, mais \u00e9galement leur discours, dans un certain sens du devoir, bien que la part du priv\u00e9 et du public de ce devoir vari\u00e2t de l\u2019une \u00e0 l\u2019autre. Pour Cheryl McEwan, ces femmes furent les seules \u00e0 pr\u00e9senter une image des femmes africaines en dehors des clich\u00e9s habituels qui en faisaient les victimes d\u2019une oppression barbare. Au contraire : m\u00eame si toutes adoptent un regard plut\u00f4t condescendant, toutes ont \u00e9galement \u00e0 c\u0153ur d\u2019expliquer les raison de l\u2019existence des coutumes qui paraissent arri\u00e9r\u00e9es \u00e0 l\u2019observateur europ\u00e9en. Cependant, l\u2019auteure fait remarquer que l\u2019attitude de sup\u00e9riorit\u00e9 d\u2019une Constance Larymore, par exemple, d\u00e9note plus d\u2019une conscience de classe, ce qui tendrait \u00e0 faire croire que l\u2019identit\u00e9 genr\u00e9e ne saurait pas constituer dans ce contexte un \u00e9l\u00e9ment suffisant d\u2019identification entre deux sujets. Ainsi, m\u00eame si toutes ces femmes ont lutt\u00e9 \u00e0 leur mani\u00e8re pour la d\u00e9fense des droits des femmes africaines, et notamment Mary Slessor, par le biais de ses activit\u00e9s en tant que missionnaire, aucune d\u2019entre elle ne souhaita s\u2019associer aux mouvements f\u00e9ministes britanniques lors de leur retour dans leur pays natal. Ce paradoxe apparent ne fait encore une fois qu\u2019illustrer la difficult\u00e9 d\u2019assigner une identit\u00e9 fixe \u00e0 des sujets qui \u00e9voluent le long de diff\u00e9rents axes de subjectivit\u00e9. <\/p>\n<p>\tKay Scheffer, pour sa part, prend pour sujet l\u2019une des h\u00e9ro\u00efnes de la colonisation australienne, Eliza Fraser, qui fut quasiment mythifi\u00e9e de son vivant, apr\u00e8s qu\u2019elle eut fait le r\u00e9cit de son enl\u00e8vement par des Aborig\u00e8nes, suivi de son rocambolesque sauvetage. \u00ab This chapter, then, will examine the Eliza Fraser story not as a historical event, but as a foundational fiction aligned to the maintenance of a colonial empire and to the making of the Australian nation \u00bb, p. 102. En racontant son histoire de mani\u00e8re r\u00e9p\u00e9t\u00e9e \u00e0 diff\u00e9rents endroits, et dans le cadre de diff\u00e9rents types de publication, Eliza Fraser a multipli\u00e9 les facettes de sa subjectivit\u00e9, et s\u2019est pos\u00e9e tout \u00e0 tout comme h\u00e9ro\u00efne, victime, puis, lors de son retour \u00e0 Londres, comme faible femme abandonn\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9, voire potentielle affabulatrice (elle a r\u00e9clam\u00e9 au gouvernement britannique de lui fournir une subsistance \u00e0 la fin de sa vie). Cependant, elle est rest\u00e9e, en dehors m\u00eame de sa subjectivit\u00e9 propre, l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments du mythe qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la colonisation de l\u2019Australie. Femme de capitaine, son mari fut tu\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une mutinerie cons\u00e9cutive au naufrage du navire. Elle fut alors prise par une tribu d\u2019Aborig\u00e8nes qui abus\u00e8rent d\u2019elle, avant d\u2019\u00eatre sauv\u00e9e par un prisonnier \u00e9chapp\u00e9 de sa ge\u00f4le, du nom de John Graham. On retrouve ici tous les \u00e9l\u00e9ments de la l\u00e9gende coloniale \u2013 australienne, mais pas seulement \u2013 : la femme faible victime du renversement de la figure d\u2019autorit\u00e9, et par cons\u00e9quent de la fr\u00e9n\u00e9sie sexuelle des barbares, le criminel qui gagne sa r\u00e9demption en r\u00e9tablissant l\u2019ordre patriarcal. \u00ab With these publications, Mrs. Fraser becomes a figure of display for an imperial\/colonial audience and her story a myth by which the popular imagination understood the civilized world by means of its difference from the savage \u2018others\u2019 at its margins \u00bb, p. 107. Pour Kay Schaffer, ces r\u00e9cits de capture et de lib\u00e9ration, tr\u00e8s populaires au 19\u00e8me si\u00e8cle, participent \u00e0 la mise en carte symbolique de l\u2019espace \u00e0 conqu\u00e9rir, \u00e0 sa transformation en territoire, car ils dessinent les diff\u00e9rentes lignes de partage qui d\u00e9terminent d\u2019une part la civilisation, de l\u2019autre, la barbarie.<\/p>\n<p>\tLe dernier article de cette premi\u00e8re partie, \u00e9crit par Judy Barrett et David C. Smith, est consacr\u00e9 \u00e0 la correspondance de femmes am\u00e9ricaines pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Il s\u2019agit plus d\u2019un expos\u00e9 que d\u2019une v\u00e9ritable probl\u00e9matisation du r\u00f4le des femmes pendant cette guerre, mais dans l\u2019ensemble, ces lettres tendent \u00e0 illustrer l\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine qui s\u2019est fait jour \u00e0 cette \u00e9poque, et qui s\u2019est essentiellement traduite par l\u2019ouverture de perspectives g\u00e9ographiques. Pour les auteurs de l\u2019article, les \u00e9v\u00e9nements subis dans le domaine intime par ces femmes (g\u00e9n\u00e9ralement le d\u00e9placement ou la s\u00e9paration d\u2019avec un fils ou un conjoint) leur ont permis de se d\u00e9placer sur le territoire am\u00e9ricaine, mais \u00e9galement de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la g\u00e9opolitique, en plus de simplement sortir de leurs r\u00f4les traditionnels de m\u00e8res et d\u2019\u00e9pouses.<\/p>\n<p>\tLa deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage, comme on l\u2019a vu, aborde des questions plus contemporaines, li\u00e9es \u00e0 la condition postcoloniale, et s\u2019intitule \u00ab Rethinking Mapping \u00bb. Il y est essentiellement question de nouvelles m\u00e9thodes critiques disponibles pour d\u00e9construire toutes sortes de discours ali\u00e9nants, bas\u00e9s sur la classe, la race ou le genre. Le premier article, r\u00e9dig\u00e9 par Louise Johnson, g\u00e9ographe australienne, prend pour objet d\u2019\u00e9tude une banlieue de la ville de Melbourne du nom de Roxburgh Park, et en examine l\u2019histoire, faite d\u2019appropriation et de quadrillage social. La chercheuse commence par dresser un \u00e9tat des lieux de la recherche sur la culture aborig\u00e8ne, et constate qu\u2019elle ne fait l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes acad\u00e9miques que depuis peu de temps. \u00ab Higgins, for instance, has researched and written of the ways in which the colonization of Aboriginal people continued well beyond the early frontier days and, through various institutions of containment and regulation, actively perpetuated the process of cultural destruction \u00bb, p. 143. Louise Johnson tente en effet de montrer que la marginalisation des Aborig\u00e8nes est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui perdure aujourd\u2019hui, bien que sous des formes diff\u00e9rentes, qu\u2019il s\u2019agit ici de d\u00e9construire. Elle se propose ainsi de se livrer \u00e0 une critique postcoloniale d\u2019un projet d\u2019urbanisation qui s\u2019est effectu\u00e9 selon elle par le biais de quatre \u00e9tapes symboliques majeures : \u00ab prior occupancy, ongoing dispossession, the marketing of difference, construction of community identity \u00bb. A travers l\u2019examen de cette parcelle de ville, c\u2019est \u00e9videmment sur toute une logique d\u2019appropriation et d\u2019exclusion, qui a fond\u00e9 la nation australienne, que revient l\u2019auteure. Ainsi, le terrain correspondant aujourd\u2019hui \u00e0 Roxburgh Park, bien qu\u2019\u00e0 l\u2019origine habit\u00e9 par une tribu d\u2019Aborig\u00e8nes, fut imm\u00e9diatement appropri\u00e9 par les colons, dans la droite lign\u00e9e d\u2019une croyance qui faisait de l\u2019Australie une terra nullius, la terre de personne. Cette spoliation fut \u00e9videmment accompagn\u00e9e d\u2019une prise de pouvoir sur les indig\u00e8nes, rapidement mis sous la tutelle de \u00ab Aboriginal Protectorates \u00bb. A la fin du 20\u00e8me si\u00e8cle, ce terrain fut rachet\u00e9 par l\u2019\u00e9tat australien, qui d\u00e9cida d\u2019y \u00e9tablir un projet d\u2019am\u00e9nagement urbain. Pour Louise Johnson : \u00ab If colonization involves the exercise of superior, state-sanctioned force \u2013 be it military, financial or legal \u2013 in the acquisition of land, which is then commercially developed, then this phase in the history of the site involves a continuation of the colonization process \u00bb, p. 156. La chercheuse fait par ailleurs remarquer que ce territoire est \u00e9galement organis\u00e9 selon autre axe de discrimination, puisque ses constructions ont \u00e9t\u00e9 ouvertement con\u00e7ues dans l\u2019optique d\u2019une d\u00e9finition tr\u00e8s stricte des r\u00f4les genr\u00e9s (grands espaces pour les hommes, cuisines qui donnent sur le jardin pour les femmes). De m\u00eame, la s\u00e9lection qui fut appliqu\u00e9e aux candidats \u00e0 l\u2019achat avait de toute \u00e9vidence pour but de cr\u00e9er une communaut\u00e9 homog\u00e8ne, \u00e0 savoir blanche, et h\u00e9t\u00e9rosexuelle.<\/p>\n<p>\tJane M. Jacob, dans l\u2019article qui suit, examine \u00e9galement les probl\u00e9matiques du discours et de la condition aborig\u00e8ne, en abordant plus pr\u00e9cis\u00e9ment la confluence entre les discours f\u00e9ministes, \u00e9cologistes, et celui des traditions aborig\u00e8nes, ou du moins celui d\u2019une certaine repr\u00e9sentation non-aborig\u00e8ne qui en est faite. Pour Jane M. Jacob, m\u00eame si ces rapprochements peuvent \u00eatre fructueux, ils posent \u00e9galement le probl\u00e8me d\u2019une certaine r\u00e9cup\u00e9ration du discours des uns et des autres, ce qui cr\u00e9e le risque d\u2019un \u00e9crasement et d\u2019une simplification des probl\u00e9matiques de chacun. \u00ab In particular, there are specific problems arising from the essentialized notions of Aboriginality and woman that underpin radical environmentalisms and feminisms \u00bb, p. 169. La chercheuse entreprend alors de d\u00e9construire une certaine prise en charge du discours non-Occidental, au profit des mouvements \u00e9cologistes et f\u00e9ministes, qui tentent dans une m\u00eame d\u00e9marche de proposer une alternative \u00e0 ce qu\u2019elle appelle \u00ab universal patriarchy \u00bb, qui serait ainsi responsable d\u2019une domination destructrice des femmes et de la nature. Ce parall\u00e9lisme, aussi convaincant qu\u2019il puisse para\u00eetre, repose sur une vision essentialisante du genre qui pose probl\u00e8me \u00e0 de nombreuses f\u00e9minises dans la mesure o\u00f9 il s\u2019agit d\u00e8s lors d\u2019envisager la femme du strict point de vue de sa biologie dans un rapport sp\u00e9cifique qu\u2019elle entretiendrait avec la nature. Comme l\u2019explique Jane M. Jacob \u00e0 propos de ces r\u00e9cup\u00e9rations du discours : \u00ab At one level they seem to celebrate difference, but at another level they obliterate difference through reductionist concepts of \u2018oneness\u2019. In such environmentalisms and feminisms, \u2018otherness\u2019 becomes an \u2018imaginary space\u2019 for writing subjectivities in Western universalist objectives \u00bb, p. 175. Elle \u00e9voque \u00e9galement plus pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019alliance objective entre \u00e9cologistes et Aborig\u00e8nes, et la convergence de certaines luttes autour, notamment, de l\u2019exploitation de certains territoires. Cependant, ces alliances reposent \u00e9galement sur un processus de mystification de la culture aborig\u00e8ne : en leur assignant le r\u00f4le \u00ab romantique \u00bb de conservateurs de la terre, les discours \u00e9cologistes participent \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une repr\u00e9sentation ali\u00e9nante des Aborig\u00e8nes. Quant aux rapprochements militants entre femmes blanches et femmes aborig\u00e8nes, ils n\u2019ont que rarement fonctionn\u00e9, et ont plut\u00f4t soulign\u00e9 les divergences entre les deux groupes, notamment dans l\u2019\u00e9tablissement des priorit\u00e9s de chacun. Jane M. Jacob illustre ce probl\u00e8me en prenant l\u2019exemple d\u2019un conflit qui eut lieu dans les ann\u00e9es 80 autour du projet de construction d\u2019un barrage sur un site sacr\u00e9 dans la culture des femmes aborig\u00e8nes. Celles-ci durent, pour se justifier, r\u00e9v\u00e9ler publiquement des \u00e9l\u00e9ments sur la signification du site dans la tradition aborig\u00e8ne, \u00e9l\u00e9ments cens\u00e9s rester strictement secrets, et dont la r\u00e9v\u00e9lation dans les m\u00e9dias fut v\u00e9cue comme une v\u00e9ritable violence \u00e0 l\u2019encontre de cette culture. On pourrait d\u00e9construire ce besoin d\u2019un discours autour de ce qui doit rester au-del\u00e0 des mots, d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation de ce qui doit rester cach\u00e9, comme une autre manifestation de la m\u00e9taphysique de la pr\u00e9sence qui pr\u00e9side \u00e0 la pratique occidentale du langage. Paradoxalement, c\u2019est \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un m\u00eame conflit de ce genre, autour duquel les femmes aborig\u00e8nes refus\u00e8rent cette fois-ci de communiquer, que l\u2019alliance avec les mouvements f\u00e9ministes et \u00e9cologistes fut la plus significative et la plus efficace. C\u2019est justement parce qu\u2019il n\u2019y a pas eu de discours, qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019appropriation de la tradition de l\u2019autre, selon l\u2019auteure, ce qui a rendu possible des alliances respectueuses de chacun.<\/p>\n<p>\tLa tentation de l\u2019universalisme dans les mouvements f\u00e9ministes et postcoloniaux est \u00e9galement une probl\u00e9matique au c\u0153ur de l\u2019article suivant, et qui traite du d\u00e9veloppement des \u00e9tudes postcoloniales et des \u00e9tudes de genre dans le milieu acad\u00e9mique d\u2019Afrique du Sud. Pour l\u2019auteure, Jennifer Robinson, il est essentiel de trouver une nouvelle m\u00e9thodologie critique postcoloniale et genr\u00e9e qui prenne plus en compte les divers probl\u00e8mes de positionnalit\u00e9 qui se posent in\u00e9vitablement au sein d\u2019une nation aussi complexe que celle d\u2019Afrique du Sud. Il est ainsi fait r\u00e9f\u00e9rence aux reproches de nombreuses critiques noires \u00e0 l\u2019\u00e9gard des intellectuelles blanches, accus\u00e9es de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019exp\u00e9rience des femmes noires dans une vis\u00e9e totalisante et universalisante. L\u2019auteure fait ainsi r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une conf\u00e9rence sur les femmes qui s\u2019est tenue dans les ann\u00e9es 90 : \u00ab The reactions to the conference on women in South Africa were quite hostile from women who felt they were being excluded as they did not belong to the white academic world. One of the arguments was that white women academics writing about black women have been constructing black women as objects in a racialized discourse \u00bb, p. 201. Tout en reconnaissant les probl\u00e8mes que pose cette appropriation du discours, elle est \u00e9galement critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un discours inverse, mais compl\u00e9mentaire, qui voudrait faire de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue la condition sine qua non pour une parole dite \u00ab authentique \u00bb. C\u2019est donc la question de la repr\u00e9sentation que pose Jennifer Robinson, et notamment dans un contexte national o\u00f9 tous le groupes ont tendance \u00e0 se d\u00e9finir en contraste les uns avec les autres. Afin d\u2019illustrer cet \u00e9cueil, elle se sert de l\u2019exemple donn\u00e9 par 3 ethnographes sud-africaines des ann\u00e9es 50 \u00e0 70, qui ont eu pour point commun de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la communaut\u00e9 indienne de la ville de Natal. Elle nous montre ainsi qu\u2019en adoptant un point de vue particuli\u00e8rement eurocentrique, ces trois auteures ont particip\u00e9 \u00e0 une repr\u00e9sentation \u00ab ali\u00e9nante \u00bb (\u00ab othering \u00bb) de cette communaut\u00e9, qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans rappeler les descriptions des populations africaines que proposaient au 19\u00e8me si\u00e8cle les femmes exploratrices, dans un registre o\u00f9 se m\u00ealait moralisme et diff\u00e9rentialisme. C\u2019est donc dans une certaine tradition ethnographique sud-africaine que se trouve la racine du probl\u00e8me, selon Jennifer Robinson, qui propose dans la derni\u00e8re partie de son article la d\u00e9finition d\u2019une nouvelle m\u00e9thodologie, fond\u00e9e sur la mise en avant de la positionnalit\u00e9 du chercheur lui-m\u00eame. \u00ab Crucially the question we need to address now is whether it is possible for the researcher and the \u2018other\u2019 to find \u2018postcolonial\u2019 ways of producing understandings and knowledge that are not simply reproducing the colonial apartheid mappings and placings of earlier researchers and that are not denying the presence of the researcher in the construction of such representations \u00bb, p. 218. Il s\u2019agirait donc que le chercheur s\u2019avance d\u00e9sormais \u00e0 d\u00e9couvert, fasse \u00e9tat de sa position de non-neutralit\u00e9, et des diff\u00e9rents enjeux personnels qu\u2019il ou elle investit dans son sujet de recherche.<\/p>\n<p>\tLe dernier article prend pour contexte de r\u00e9f\u00e9rence l\u2019Irlande, et envisage les liens entre identit\u00e9 et lieu, tout en essayant de d\u00e9passer les conceptions essentialisantes dont on a vu qu\u2019elles constituaient souvent un \u00e9cueil des r\u00e9flexions f\u00e9ministes et postcoloniales. Elle illustre par ailleurs son propos par des analyses d\u2019\u0153uvres de l\u2019artiste contemporaine Kathy Pendergast, qui ouvrent et referment son texte. En effet, pour Catherine Nash, l\u2019appropriation du territoire irlandais a pour pendant direct l\u2019emprise qu\u2019exerce l\u2019\u00e9glise catholique sur le corps des femmes. Or, l\u2019artiste Kathy Pendergast propose justement dans une s\u00e9rie cr\u00e9\u00e9e dans les ann\u00e9es 80 une repr\u00e9sentation du corps f\u00e9minin sous forme de cartes g\u00e9ographiques, assorties de coupes g\u00e9ologiques. Pour l\u2019auteur de l\u2019article, le rapprochement des repr\u00e9sentations patriarcales et coloniales dans une \u0153uvre d\u2019art contemporain permet de les envisager sous un autre angle de d\u00e9construction : \u00ab Both the representation and control of female biology and the role of geography in the exploitation, alteration and control of territory is highlighted in the quiet violence of these images. The familiarity of the connection between colonial control other lands and the control of female sexuality and the use of gender in the discourse of discovery is displaced by the powerful subtlety of these images \u00bb, p. 234. Catherine Nash rapporte ces jeux d\u2019images \u00e0 la repr\u00e9sentation des femmes qui est apparue lors des mouvements nationalistes irlandais du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, dans lesquels celles-ci servaient d\u2019embl\u00e8me \u00e0 une conception id\u00e9ale, anti-urbaine, quasiment pastorale d\u2019une certaine Irlande de l\u00e9gende. La figure de la m\u00e8re de famille, desexualis\u00e9e par sa fonction, devenait alors un \u00e9cran sur lequel se projetaient les fantasmes homosociaux d\u2019un nationalisme qui entendait justement se d\u00e9faire d\u2019une position f\u00e9minis\u00e9e de colonis\u00e9. La encore, on constate que les convergences entre les deux discours, f\u00e9ministes et postcoloniaux, ne vont pas forc\u00e9ment de soi, et que l\u2019oppression peut venir de ceux qui s\u2019en ressentent la victime par ailleurs. Ainsi, pour la chercheuse, seule l\u2019approche postmoderne de ces probl\u00e9matiques permet de sortir de ces impasses, notamment essentialisantes, en proposant, au lieu d\u2019un discours de substitution, une d\u00e9construction du discours en soi : \u00ab \u2026 A nonessentialist feminist employment of ideas of landscape, place, and nature, in recognizing the constructed basis of both ideas of identity and landscape allows notions of place to be employed as empowering but fluid, unstable, and provisional means of liberation \u00bb, p. 239. Elle nous propose ainsi de r\u00e9interroger le concept et la repr\u00e9sentation de la carte, en faisant notamment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qu\u2019en fait Deleuze dans sa philosophie. Catherine Nash se livre ainsi \u00e0 un retournement de la perspective, faisant de la carte non plus l\u2019image de la pulsion d\u2019emprise du colon, mais bel et bien le lieu de rencontre de toutes les lignes qui composent l\u2019identit\u00e9 et le discours.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9minaire FAAAM du 8 avril 2011 Par Alice Braun<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":88,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-89","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-compte-rendus-interventions-seminaires"],"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false],"thumbnail":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75-114x150.jpg",114,150,true],"medium":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false],"medium_large":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false],"large":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false],"1536x1536":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false],"2048x2048":["https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/04\/arton75.jpg",114,171,false]},"uagb_author_info":{"display_name":"Webmaster","author_link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?author=1"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"S\u00e9minaire FAAAM du 8 avril 2011 Par Alice Braun","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/89","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=89"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/89\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":224,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/89\/revisions\/224"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/88"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=89"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=89"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=89"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}