{"id":76,"date":"2009-04-08T16:39:50","date_gmt":"2009-04-08T16:39:50","guid":{"rendered":"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/2009\/04\/08\/compte-rendu-reading-desperate-housewives-beyond-the-white-picket-fence\/"},"modified":"2023-07-21T15:53:27","modified_gmt":"2023-07-21T13:53:27","slug":"compte-rendu-reading-desperate-housewives-beyond-the-white-picket-fence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?p=76","title":{"rendered":"Compte-rendu &#8220;Reading Desperate Housewives: Beyond the White Picket Fence&#8221;"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce recueil d\u2019articles divers autour de Desperate Housewives est \u00e9galement l\u2019un de ses d\u00e9fauts majeurs, dans la mesure o\u00f9 la multiplication des points de vue et analyses permet \u00e0 la fois de mettre en place des \u00e9chos et des contradictions qui cr\u00e9ent le d\u00e9bat, mais occasionne \u00e9galement un certain nombre de r\u00e9p\u00e9titions, ce qui fait que l\u2019ensemble donne parfois une impression de confusion. Cependant, il est \u00e0 noter que ce dispositif de r\u00e9flexion autour de la s\u00e9rie est organis\u00e9 selon 4 axes majeurs qui permettent de s\u2019y retrouver un peu parmi le foisonnement d\u2019id\u00e9es, \u00e0 savoir I. Culture, II. Sexual Politics, III. Genre, Gender and Cultural Myths et IV. Narrative, Confession and Intimacy. Le d\u00e9coupage des articles selon ces 4 grandes lignes peut parfois para\u00eetre un peu artificiel (c\u2019est souvent le cas des recueils d\u2019articles en g\u00e9n\u00e9ral), mais permet cependant de mettre au jour des r\u00e9flexions int\u00e9ressantes, comme c\u2019est le cas dans la 4\u00e8me partie. Je vais pour ma part suivre, dans l\u2019ensemble, l\u2019ordre du recueil lui-m\u00eame, mais afin de ne pas tomber dans le simple commentaire de commentaire, je propose de suivre comme fil directeur la question qui ressort en permanence dans les diff\u00e9rentes r\u00e9flexions autour de la s\u00e9rie, et qui consiste \u00e0 savoir si elle rel\u00e8ve ou non des aspects th\u00e9oriques et pratiques du f\u00e9minisme, si elle \u00e9taye le patriarcat dans sa forme moderne, ou si au contraire, elle le d\u00e9construit. Les r\u00e9ponses \u00e0 ses questions sont, on le verra, tr\u00e8s contrast\u00e9es. A noter cependant que ce recueil ne concerne que la premi\u00e8re saison de la s\u00e9rie, et ne peut donc pas tenir compte des diff\u00e9rentes \u00e9volutions de l\u2019\u00e9mission \u00e0 travers les ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Le programme de cette s\u00e9rie de r\u00e9flexions est donn\u00e9 d\u00e8s l\u2019introduction :<\/p>\n<p>&#8230;it is our aim to understand what this seemingly standard night-time soap opera with its glossy production values has to tell us about the American culture wars and the politics of television viewing, the current state of feminism and ideas of femininity, attitudes towards family and sexual politics as well as contemporary television culture in terms of generic conventions, and narrative and aesthetic forms, p. 8.<\/p>\n<p>L\u2019introduction de l\u2019ouvrage, assez br\u00e8ve, permet cependant de poser le contexte th\u00e9orique, qui est celui de ce qu\u2019on appelle &#8216;the feminist backlash&#8221;, qui, pour aller vite, d\u00e9crit le sentiment, r\u00e9pandu depuis les ann\u00e9es 90 environ, chez les hommes et les femmes selon lequel le f\u00e9minisme n\u2019a plus vraiment de raison d\u2019\u00eatre puisque toutes les batailles en termes de droit des femmes auraient \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9es. A ce concept de &#8220;feminist backlash&#8221; se trouve souvent adoss\u00e9 dans l\u2019ouvrage celui de &#8220;post-feminism&#8221;, qui fonctionnerait un peu comme une version postmoderne du f\u00e9minisme, avec tout ce que cela pourrait comporter d\u2019ironie et de relativisme, et dont rel\u00e8verait, selon certains, la s\u00e9rie Desperate Housewives. Comme le reconnaissent les deux auteurs de l\u2019introduction, il est bien difficile de d\u00e9terminer o\u00f9 se situe la s\u00e9rie sur l\u2019\u00e9chelle du f\u00e9minisme, comme en t\u00e9moigne la contribution sur laquelle se referme l\u2019ouvrage, et dans laquelle s\u2019opposent dans un match \u00e9pistolaire deux femmes qui s\u2019affrontent sur le caract\u00e8re suppos\u00e9ment f\u00e9ministe de la s\u00e9rie, et ce avec des arguments en apparence de poids \u00e9gal. L\u2019introduction rappelle l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments centraux du paradoxe de Desperate Housewives, et qui est d\u2019ailleurs constamment repris dans les diff\u00e9rents articles, \u00e0 savoir le positionnement identitaire de son cr\u00e9ateur, Marc Cherry, qui se d\u00e9clare \u00eatre &#8220;a gay Republican&#8221;, ce qui aurait une incidence sur la vision des genres et des r\u00f4les de genre mise en avant dans la s\u00e9rie. L\u2019autre anecdote qui revient en permanence concerne la gen\u00e8se de l\u2019id\u00e9e de la s\u00e9rie telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e par Marc Cherry lui-m\u00eame dans un interview o\u00f9 il raconte comment sa propre m\u00e8re aurait avou\u00e9, face \u00e0 un reportage sur Andrea Yates, m\u00e8re infanticide, qu\u2019il lui \u00e9tait arriv\u00e9 de ressentir des pulsions similaires. Ce r\u00e9cit serait \u00e0 premi\u00e8re vue cens\u00e9 donner le ton de la s\u00e9rie, dont l\u2019approche de la maternit\u00e9 se ferait sous le signe du non-respect des tabous, m\u00eame si de nombreux contributeurs montreront qu\u2019il n\u2019en est rien. L\u2019introduction se poursuit par l\u2019exercice classique qui consiste \u00e0 r\u00e9sumer le contenu des diff\u00e9rents articles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage, intitul\u00e9e &#8220;Culture&#8221;, s\u2019ouvre sur un article de David Lavery intitul\u00e9 &#8220;\u2018W\u2019 stands for women or is it wisteria ?: Watching Desperate Housewives with Bush 43&#8221;. Il s\u2019agit, selon moi, d\u2019un exercice humoristique un peu p\u00e9nible consistant \u00e0 mettre en sc\u00e8ne de fa\u00e7on fictive le pr\u00e9sident George W. Bush en train de commenter un DVD de Desperate Housewives, \u00e0 l\u2019occasion de quoi il s\u2019illustre surtout par sa grande b\u00eatise, et par sa ma\u00eetrise approximative de la langue anglaise. Cet article a cependant pour m\u00e9rite de replacer la s\u00e9rie dans le contexte des ann\u00e9es Bush, qui se sont caract\u00e9ris\u00e9es par un retour assez virulent du conservatisme. Il rappelle \u00e9galement le discours de Laura Bush, dans lequel elle avouait \u00eatre une avide t\u00e9l\u00e9spectatrice de la s\u00e9rie, comparant implicitement son sort \u00e0 celui des protagonistes, un discours qui a beaucoup fait pour orienter la lecture de la s\u00e9rie par les commentateurs comme soutenant des valeurs r\u00e9publicaines. Les 3 autres articles s\u2019int\u00e9ressent au rapport de la s\u00e9rie en g\u00e9n\u00e9ral avec l\u2019\u00e9tat du f\u00e9minisme actuel, et sa manifestation la plus r\u00e9cente, le postf\u00e9minisme. C\u2019est le cas de Rosalind Coward, pour qui Desperate Housewives fait partie de ce qu\u2019elle nomme &#8220;Zeitgeist series&#8221;, ces \u00e9missions de t\u00e9l\u00e9vision qui relaient, illustrent les pr\u00e9occupations des femmes (et des hommes) de leur temps, comme Dallas et Dynasty 25 ans auparavant. Sans v\u00e9ritablement prendre position sur la question de l\u2019adh\u00e9rence ou non de la s\u00e9rie au f\u00e9minisme, Rosalind Coward nous montre tout simplement comment Desperate Housewives met en sc\u00e8ne les dilemmes li\u00e9s au postf\u00e9minisme, que d\u00e9taille un peu plus loin Kim Akass. Ashley Sayeau a pour sa part un point de vue beaucoup plus tranch\u00e9 sur la question, et insiste sur les messages contradictoires qu\u2019envoient les sc\u00e9narios et les repr\u00e9sentations de la s\u00e9rie, un ph\u00e9nom\u00e8ne qu\u2019elle inscrit dans un contexte culturel id\u00e9ologique plus large : &#8220;It is a sign of our centrist and thoughtless times, when everything down to the weather is presented as a point-counterpoint&#8221;, p. 46-7. Pour elle, ce relativisme id\u00e9ologique qui rend impossible la moindre affirmation radicale, se manifeste dans la s\u00e9rie sous la forme de ce qu\u2019elle nomme &#8220;faux feminism&#8221; : &#8220;that subtle, yet increasingly pervasive brand of conservative thought that casts itself as deeply concerned with the frustrations of modern women, but can ultimately offer no alternatives except those of a traditional stripe&#8221;, p. 44. Pour elle, ainsi, l\u2019\u00e9mission se saisit des id\u00e9es du f\u00e9minisme pour mieux les d\u00e9construire et d\u00e9montrer leur \u00e9chec, ce qui rejoint d\u2019ailleurs l\u2019avis d\u00e9clar\u00e9 de Marc Cherry sur le sujet. Kim Akass, dont la contribution cl\u00f4t cette premi\u00e8re partie, revient aux arguments de Rosalind Coward, et tente de placer la s\u00e9rie dans le contexte du postf\u00e9minisme actuel. Pour elle, l\u2019esth\u00e9tique &#8220;suburban&#8221; affich\u00e9e de Desperate Housewives op\u00e8re un effet de r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 imm\u00e9diat avec The Feminine Mystique, de Betty Friedan, dont le sujet \u00e9tait justement la d\u00e9construction de la &#8220;good housewife&#8221;. C\u2019est le personnage de Bree qui fait sans doute le plus clairement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette dimension, tandis que celui de Lynette incarne les dilemmes dits postf\u00e9ministes auxquels sont confront\u00e9es les femmes d\u2019aujourd\u2019hui. Kim Akass explore \u00e0 ce propos la notion de choix, et propose une d\u00e9finition du postf\u00e9minisme, qu\u2019elle d\u00e9crit comme la possibilit\u00e9 (plus ou moins illusoire) donn\u00e9e aux femmes de faire un choix parmi les diff\u00e9rents styles de vie qui lui sont offerts. Mais elle en profite pour aussit\u00f4t d\u00e9construire cette notion de choix, qui n\u2019est selon elle, et comme le pensait la commentatrice pr\u00e9c\u00e9dente, qu\u2019une illusion : <\/p>\n<p>Maybe the rhetoric of choice has lulled mothers into a false sense of security and led to a resurgence of Friedan\u2019s problem that has non name. The difference being that the women who are now suffering were born into a post-feminist world that gives them education, careers and the illusion of equality; only to have that illusion shattered when they attempt to combine motherhood and work, p. 57-8<\/p>\n<p>Ainsi se termine donc cette premi\u00e8re partie qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la dimension th\u00e9orique de la s\u00e9rie.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du recueil, intitul\u00e9e &#8220;Sexual Politics&#8221;, se caract\u00e9rise \u00e9galement par un mouvement de va-et-vient entre les deux p\u00f4les de notre r\u00e9flexion initiale, mais qui apparaissent de fa\u00e7on encore plus tranch\u00e9e que dans les pr\u00e9c\u00e9dentes. Dans son article, David Chambers a recours au concept butlerien de &#8220;gender performance&#8221; pour montrer que la r\u00e9affirmation constante des codes de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 dans la s\u00e9rie sert \u00e0 en miner les fondements. L\u2019auteur s\u2019int\u00e9resse par exemple au personnage de Bree qui, face \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9 de son fils, et aux pratiques SM de son mari, s\u2019efforce par tous les moyens de r\u00e9affirmer les codes habituels de l\u2019orthodoxie h\u00e9t\u00e9rosexuelle. Pour lui : &#8220;In the effort to shore up the heterosexual norm, Desperate Housewives reveals its operations, and, despite any and all intentions, this amounts to a subversion of heteronormativity.&#8221;, p. 62. L\u2019auteur s\u2019appuie plus g\u00e9n\u00e9ralement sur l\u2019id\u00e9e selon laquelle la subversion ne provient pas n\u00e9cessairement de la marge, mais peut \u00e9galement surgir du centre, o\u00f9 r\u00e9side indubitablement le personnage de Bree sur le plan de la soci\u00e9t\u00e9, ainsi que le s\u00e9rie, en terme d\u2019\u00e9chiquier culturel. Niall Richardson se penche \u00e9galement sur le personnage de Bree dans son article afin d\u2019\u00e9tayer une th\u00e8se similaire, \u00e0 ceci pr\u00e8s que l\u2019auteur fait r\u00e9f\u00e9rence non plus au concept de &#8220;gender performance&#8221;, mais \u00e0 celui de &#8220;camp&#8221;, d\u00e9fini par Susan Sontag dans un article c\u00e9l\u00e8bre intitul\u00e9 &#8220;Notes on Camp&#8221;. L\u2019argument de Richardson est que le \u00ab camp \u00bb fait partie de l\u2019attirail th\u00e9orique postf\u00e9ministe, dans la mesure o\u00f9 sa dimension de \u00ab mise en sc\u00e8ne \u00bb du genre (gender) op\u00e8re une d\u00e9construction ironique de ses codes. Le personnage de Bree en est encore une fois le meilleur exemple : son nom de famille lui-m\u00eame nous oriente d\u00e8s le d\u00e9part vers une lecture &#8220;camp&#8221; de son personnage. Comme le fait remarquer l\u2019auteur : &#8220;Bree\u2019s campness continually draws attention to the gender roles as being nothing more than constructs of performance.&#8221;, p. 90. S\u2019il est vrai que tous s\u2019accordent \u00e0 dire que Bree est le personnage le plus embl\u00e9matique \u2013 et le plus r\u00e9jouissant \u2013 de la s\u00e9rie, c\u2019est sans doute parce qu\u2019elle exag\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la caricature (sans, selon moi, jamais vraiment l\u2019atteindre) les traits de la femme au foyer occidentale parfaite telle qu\u2019on se l\u2019imagine. Richardson trouve donc des excuses au personnage de Bree en montrant que sa performance fait finalement partie d\u2019une strat\u00e9gie de survie, ce qui n\u2019est pas le cas de Janet McCabe, qui avoue avoir une r\u00e9action personnelle beaucoup plus ambivalente envers elle, faite de fascination et de r\u00e9pulsion. L\u2019ensemble de l\u2019article fait d\u2019ailleurs preuve d\u2019une approche assez subjective, ce qui nuit \u00e0 la clart\u00e9 des id\u00e9es qu\u2019il s\u2019agit d\u2019exprimer. Une remarque int\u00e9ressant ressort cependant, lorsque Janet McCabe examine le personnage de Bree par le filtre de Michel Foucault, et \u00e9voquant : &#8220;the grip that culture has on our bodies&#8221;, p. 76. L\u00e0 encore, on peut regretter que l\u2019auteur n\u2019approfondisse pas son propos, car le recours \u00e0 Foucault aurait pu s\u2019av\u00e9rer f\u00e9cond. Kristian Kahn, qui signe la 8\u00e8me contribution de ce recueil, ne partage pas l\u2019enthousiasme, ni m\u00eame la fascination coupable des pr\u00e9c\u00e9dents auteurs au sujet de Bree, dont il faut au contraire l\u2019agent d\u2019une id\u00e9ologie visant \u00e0 criminaliser l\u2019homosexualit\u00e9. On se souvient tous de la phrase de Bree qui d\u00e9couvrant que son fils est homosexuel, s\u2019exclame : &#8220;I would love even if you were a murderer&#8221;. Kristian Kahn \u00e9voque \u00e9galement le fait que le personnage d\u2019Andrew soit syst\u00e9matiquement pr\u00e9sent\u00e9 dans la s\u00e9rie comme un psychopathe, justement, ce qui r\u00e9v\u00e8le selon lui le fond id\u00e9ologique homophobe de Desperate Housewives. L\u2019auteur s\u2019inscrit \u00e9galement en faux vis-\u00e0-vis des analyses pr\u00e9c\u00e9dentes, en refusant toute port\u00e9e subversive \u00e0 la s\u00e9rie : &#8220;Similar to the Gothic literary genre, the show allows for an exploration of unconventional themes only, in the end, to restore traditional values in the eventual patching up of any given transgression&#8221;, p. 97. Enfin, cette deuxi\u00e8me partie se termine par l\u2019article de Brian Singleton qui, sans se placer directement sur l\u2019\u00e9chiquier th\u00e9orique, prend cependant le probl\u00e8me du f\u00e9minisme \u00e0 rebours en s\u2019int\u00e9ressant non pas aux femmes, mais aux hommes de la  s\u00e9rie, qui se caract\u00e9risent par leur singuli\u00e8re &#8220;to-be-looked-at-ness&#8221;. Certes, dit-il, les corps phalliques des hommes sont l\u2019objet du plaisir scopique de ses dames, mais la r\u00e9currence du th\u00e8me de la blessure et de la maladie viendrait mettre \u00e0 mal l\u2019h\u00e9g\u00e9monie masculine classique, comme dans le cas de Mike, ou de Rex (on peut ajouter que dans les s\u00e9ries suivantes Tom et Carlos seront \u00e9galement victimes d\u2019une incapacit\u00e9 physique plus ou moins grave).<br \/>\n\tLa 3\u00e8me partie, qui s\u2019intitule &#8220;Genre, Gender and Cultural Myths&#8221;, \u00e9voque en effet les interactions entre codes de genre (gender) et de genre (genre). C\u2019est tout particuli\u00e8rement l cas de l\u2019article de Judith Lancioni, qui s\u2019int\u00e9resse au m\u00e9lange particulier entre les genres apparemment oppos\u00e9s que sont le drame et la com\u00e9die. En effet, il n\u2019est pas rare que, dans la s\u00e9rie, une sc\u00e8ne comique succ\u00e8de imm\u00e9diatement \u00e0 une sc\u00e8ne dramatique, voire que les deux genres se m\u00e9langent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame sc\u00e8ne (je pense par exemple \u00e0 la sc\u00e8ne du d\u00e9but de la 2\u00e8me saison o\u00f9 Bree change la cravate de son mari directement dans son cercueil). Pour Judith Lancioni, ce m\u00e9lange des genres, qu\u2019elle nomme &#8220;dramedy&#8221;, fonctionne de pair avec le postf\u00e9minisme et les ambivalences qui le caract\u00e9risent. Pour elle : &#8220;\u2026 it is an effective vehicle for dramatising the \u2018negotiation of contradiction\u2019 characteristic of post-feminism&#8221;, p. 136. En effet, l\u2019ambivalence g\u00e9n\u00e9rique des situations dans lesquelles se retrouvent les personnages colle bien selon elle avec le jeu des alternatives et des choix de vie que la femme postf\u00e9ministe est amen\u00e9e \u00e0 trancher au cours de son existence. L\u2019ambivalence est \u00e9galement au centre de l\u2019analyse de Sharon Sharp, qui examine le traitement contemporain de l\u2019image de la &#8220;housewife&#8221; dans les m\u00e9dias. L\u2019auteur montre par exemple que le personnage de Lynette est ridiculis\u00e9e par son incapacit\u00e9 \u00e0 accomplir son r\u00f4le de femme a foyer, tandis que Bree est ridiculis\u00e9e par sa tendance \u00e0 la prendre trop au s\u00e9rieux. Ici, les injonctions culturelles adress\u00e9es \u00e0 la femme au foyer prennent la forme d\u2019une v\u00e9ritable &#8220;double bind&#8221;, et d\u2019un poli\u00e7age par le ridicule qui ne lui laisse comme attitude possible que celle de l\u2019internalisation des attentes de la soci\u00e9t\u00e9, mais \u00e9galement de la concurrence entre femmes : <\/p>\n<p>This housewife, to some degree, rejects the contemporary ideology of femininity that insists women should feel maternal and should find motherhood fulfilling. However, this critique is constrained by the series\u2019 emphasis on competition between women and the internalisation of cultural values that insist women should be in charge of domesticity and find it fulfilling, p. 124<\/p>\n<p>Les deux autres contributions de cette troisi\u00e8me section font partie de celles dont il est un peu difficile de d\u00e9gager les enjeux, mais interrogent toutes deux les mythes dont sont victimes les &#8220;desperate housewives&#8221; tant ils apparaissent comme des injonctions incontournables. Sherryl Wilson s\u2019interroge sur le r\u00f4le de la qu\u00eate de l\u2019amour romantique, et Anne-Marie Bautista sur ceux de la domesticit\u00e9 et de la maternit\u00e9. Le probl\u00e8me avec ces deux articles parfois un peu trop descriptifs est qu\u2019ils examinent tous deux la fa\u00e7on dont ces mythes sont repr\u00e9sent\u00e9s dans la s\u00e9rie, sans vraiment embrayer sur une r\u00e9flexion critique autour de l\u2019utilisation id\u00e9ologique qu\u2019elle peut en faire.<\/p>\n<p>La derni\u00e8re partie, intitul\u00e9e &#8220;Narrative, Confession and Intimacy&#8221;, traite plut\u00f4t de la parole des femmes telle qu\u2019elle est mise en sc\u00e8ne dans Desperate Housewives, et remet au centre les questionnements id\u00e9ologiques autour de l\u2019appartenance de la s\u00e9rie au mouvement f\u00e9ministe. Deborah Jermyn examine le dispositif de voix-off qui encadre la s\u00e9rie, qu\u2019elle \u00e9tudie en contraste avec la voix-off utilis\u00e9e dans le genre du film noir. Elle montre ainsi que dans celui-ci, le recours \u00e0 la voix-off va plut\u00f4t cr\u00e9er un effet de d\u00e9calage entre l\u2019intrigue et le contenu des paroles du narrateur\/narratrice, ce qui contribue \u00e0 en remettre en question l\u2019autorit\u00e9. C\u2019est tout le contraire, dans Desperate Housewives, puisque la voix de Mary-Alice se caract\u00e9rise par son autorit\u00e9 et son omniscience, ce qui, pour elle : &#8220;creates a knowing and critical female subjectivity in the text&#8221;, p. 170. Ainsi, la voix de Mary-Alice permet \u00e9galement \u00e0 une certaine subjectivit\u00e9 f\u00e9minine de s\u2019installer, qui tranche avec l\u2019habituelle h\u00e9g\u00e9monie du point de vue masculin (Mary Alice se concentre par exemple sur certains d\u00e9tails plut\u00f4t que d\u2019autres, etc.) Les deux contributions suivantes s\u2019int\u00e9ressent plus au th\u00e8me de la confession, et plus g\u00e9n\u00e9ralement du &#8220;girl talk&#8221;. Pour Sherianne Shuler et alii, les femmes de Desperate Housewives ne font pas preuve de la m\u00eame camaraderie et de la m\u00eame franchise que celles de Sex and the City, par exemple, et ne cr\u00e9ent finalement que &#8220;a fa\u00e7ade of intimacy&#8221;, p. 185. C\u2019est un sentiment que partagent Stacy Gills et Melanie Waters, qui montrent qu\u2019au fond, les h\u00e9ro\u00efnes de la s\u00e9rie ne se parlent pas tant que \u00e7a, dans la mesure o\u00f9 elles taisent l\u2019essentiel de leurs exp\u00e9riences de femmes, et notamment leurs ambivalences vis-\u00e0-vis de la maternit\u00e9. Les deux auteurs montrent comment dans la s\u00e9rie, l\u2019\u00e9change f\u00e9minin du &#8220;girl talk&#8221; a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par la confession, qui, comme l\u2019a montr\u00e9 Foucault, est un des modes du contr\u00f4le de la vie priv\u00e9e par le pouvoir. La confession donc, perd de l\u2019aura subversive qu\u2019elle avait acquise de ce qu\u2019on appelle &#8220;2nd-wave feminism&#8221;, o\u00f9 elle jouait un r\u00f4le central dans les groupes de parole dont le but \u00e9tait une forme de prise de conscience de la condition de femme. Dans Desperate Housewives, pour les auteurs de l\u2019article, les confessions autour du th\u00e8me de la maternit\u00e9 servent plut\u00f4t \u00e0 renforcer la doxa qu\u2019\u00e0 la remettre en question, car elles donnent toujours lieu \u00e0 une r\u00e9affirmation de la maternit\u00e9 comme fin de la f\u00e9minit\u00e9, et ce de fa\u00e7on quasi-syst\u00e9matique. <\/p>\n<p>Pour terminer, j\u2019aimerais souligner la r\u00e9currence de l\u2019emploi du terme de postf\u00e9minisme qui me para\u00eet \u00eatre central dans ce recueil d\u2019articles. Il me semble cependant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un concept aux contours flous, puisqu\u2019il recouvre des r\u00e9alit\u00e9s parfois diff\u00e9rentes d\u2019un article \u00e0 l\u2019autre. Peut-\u00eatre aurions-nous int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous interroger sur la validit\u00e9 et le sens de ce terme, qui appara\u00eet parfois comme un aveu d\u2019impuissance face \u00e0 la rencontre difficile entre th\u00e9orie politique et id\u00e9ologique et des objets de la culture populaire. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce recueil d\u2019articles divers autour de Desperate Housewives est \u00e9galement l\u2019un de ses d\u00e9fauts majeurs, dans la mesure o\u00f9 la multiplication des points de vue et analyses permet \u00e0 la fois de mettre en place des \u00e9chos et des contradictions qui cr\u00e9ent le d\u00e9bat, mais occasionne \u00e9galement un certain nombre de r\u00e9p\u00e9titions, ce [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-76","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-compte-rendus-interventions-seminaires"],"uagb_featured_image_src":{"full":false,"thumbnail":false,"medium":false,"medium_large":false,"large":false,"1536x1536":false,"2048x2048":false},"uagb_author_info":{"display_name":"Webmaster","author_link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?author=1"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"L\u2019int\u00e9r\u00eat de ce recueil d\u2019articles divers autour de Desperate Housewives est \u00e9galement l\u2019un de ses d\u00e9fauts majeurs, dans la mesure o\u00f9 la multiplication des points de vue et analyses permet \u00e0 la fois de mettre en place des \u00e9chos et des contradictions qui cr\u00e9ent le d\u00e9bat, mais occasionne \u00e9galement un certain nombre de r\u00e9p\u00e9titions, ce&hellip;","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/76","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=76"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/76\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":230,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/76\/revisions\/230"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=76"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=76"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=76"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}