{"id":54,"date":"2005-03-03T18:37:12","date_gmt":"2005-03-03T18:37:12","guid":{"rendered":"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/2005\/03\/03\/misfits-mystifies-et-martyrs-good-country-people-de-flannery-oconnor\/"},"modified":"2023-07-21T15:53:27","modified_gmt":"2023-07-21T13:53:27","slug":"misfits-mystifies-et-martyrs-good-country-people-de-flannery-oconnor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?p=54","title":{"rendered":"Misfits, mystifi\u00e9s et martyrs (<I>Good Country People<\/I>) de Flannery O&#8217;Connor"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-53\" src=\"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/arton26.jpg\" width=\"142\" height=\"146\" \/><\/p>\n<p> <HTML><DIV align=\"left\">par&nbsp;: <A HREF=\"mailto:michel.imbert@paris7.jussieu.fr\">  Michel Imbert <\/A><\/DIV> <BR><BR><\/p>\n<p>Dans &#8220;Good Country People&#8221; (1955), une double intrigue se trame sur fond de divine com&eacute;die&nbsp;: une intellectuelle farouchement ath&eacute;e  entreprend de s&eacute;duire  un petit vendeur de bibles qui s&#8217;av&egrave;re &ecirc;tre un sacr&eacute; pervers. Le faux d&eacute;v&ocirc;t qui s&#8217;est donn&eacute; cyniquement le nom d&#8217;une race de chien (Pointer) se comporte comme la derni&egrave;re des crapules&nbsp;: non content de ne point  l&#8217;honorer &#8211; le viol aurait &eacute;t&eacute; consenti de bonne gr&acirc;ce si le gaillard l&#8217;avait poss&eacute;d&eacute;e de toute son &acirc;me- le sc&eacute;l&eacute;rat pousse le vice jusqu&#8217;&agrave; la d&eacute;pouiller de sa jambe artificielle apr&egrave;s lui avoir confisqu&eacute; ses lunettes. Scabreux et sordide.<BR><BR> L&#8217;imposteur n&#8217;est pas simplement un d&eacute;traqu&eacute; sexuel  &agrave; l&#8217;esprit particuli&egrave;rement d&eacute;rang&eacute; car il se pr&eacute;sente de surcro&icirc;t comme un missionnaire itin&eacute;rant doubl&eacute; d&#8217;un marchand du temple et il op&egrave;re sous le manteau de la religion. Pourtant, apr&egrave;s-coup, sa victime qui voit trouble, croit confus&eacute;ment reconna&icirc;tre en lui la figure du Sauveur qui s&#8217;&eacute;clipse. Ce n&#8217;est sans doute qu&#8217;une vue de l&#8217;esprit mais l&#8217;&eacute;quivoque est rendue possible par le fait que, dans la Bible, l&#8217;av&egrave;nement du Sauveur est effectivement annonc&eacute;e comme la venue d&#8217;un voleur&nbsp;: &#8220;If therefore thou shalt not watch, I will come on thee as a thief, and thou shalt not know what hour I will come upon thee&#8221; (Revelation 3, 1-6) <SUP> <A HREF=\"#Note1\">[1]<\/A><\/SUP>.<BR><BR><br \/>\n&#8220;As a thief&#8221;&nbsp;: autrement dit, &agrave; la mani&egrave;re furtive d&#8217;un voleur ou, tout aussi bien, d&eacute;guis&eacute; sous les traits d&#8217;un voleur. Les Saintes Ecritures laissent entendre de fa&ccedil;on ambigue que le Dieu cach&eacute; pourrait se dissimuler sous le masque d&#8217;un voleur. De fait,  le Dieu chr&eacute;tien si tant est qu&#8217;il existe,  ne se manifeste que sous une forme invers&eacute;e, sous les traits du Crucifi&eacute;, en troquant la puissance et la gloire contre le sort humiliant des supplici&eacute;s <SUP> <A HREF=\"#Note2\">[2]<\/A><\/SUP>. En prenant corps, certes Dieu le P&egrave;re se donne &agrave; voir, mais l&#8217;Incarnation ne va pas sans une inversion radicale des attributs de la divinit&eacute;.  Le propre du Dieu chr&eacute;tien est de se donner par amour et,  du m&ecirc;me coup, de se donner pour ce qu&#8217;il n&#8217;est pas. Il est moins celui qui est, l&#8217;Etre supr&ecirc;me de la m&eacute;taphysique occidentale, que celui qui n&#8217;est pas sans l&#8217;&ecirc;tre <SUP> <A HREF=\"#Note3\">[3]<\/A><\/SUP>.<BR>  <BR><br \/>\nOr, si Dieu revient sous les traits d&#8217;un voleur, c&#8217;est paradoxalement dans un monde d&eacute;senchant&eacute; qui s&#8217;accommode relativement bien de son absence. Tous les personnages de la nouvelle se sont invent&eacute; une religion de substitution. Mrs Hopewell et Mrs Freeman communient dans le culte du bon sens et &eacute;changent rituellement des clich&eacute;s qui sont pour elle parole d&#8217;&eacute;vangile. Hulga se veut un esprit libre, r&eacute;solument agnostique&nbsp;; elle pr&eacute;tend forger son destin et se sauver elle-m&ecirc;me gr&acirc;ce &agrave; ses propres facult&eacute;s intellectuelles. Quant &agrave; l&#8217;imposteur qui colporte des bibles sans y croire,  c&#8217;est un f&eacute;tichiste en diable qui collectionne des curiosit&eacute;s d&#8217;un go&ucirc;t douteux&nbsp;: une jambe de bois, un \u0153il de verre parmi d&#8217;autres objets-culte passablement obsc&egrave;nes. Ces personnages repr&eacute;sentent trois sp&eacute;cimens de f&eacute;tichisme(s) en lieu et place de la religion r&eacute;v&eacute;l&eacute;e&nbsp;: le f&eacute;tichisme au sens trivialement psychanalytique du terme dans le cas de Pointer et deux autres vari&eacute;t&eacute;s plus relev&eacute;es qui rappellent l&#8217;&eacute;tymologie religieuse du terme (du portugais feiti&ccedil;o qui d&eacute;signe les faux dieux), le respect fanatique des id&eacute;es re&ccedil;ues et l&#8217;idol&acirc;trie de l&#8217;intellect. Le f&eacute;tichisme dans tous ses &eacute;tats est symptomatique d&#8217;une Am&eacute;rique mat&eacute;rialiste et individualiste o&ugrave; la mystique est d&eacute;sormais disponible en kit&nbsp;: Flannery O&#8217;Connor qui ne faisait pas myst&egrave;re de sa foi a d&eacute;nonc&eacute; dans une lettre &agrave; John Hawkes  ce qu&#8217;elle nommait &#8220;a do-it-yourself religion&#8221; <SUP> <A HREF=\"#Note4\">[4]<\/A><\/SUP>.<BR><BR><br \/>\nN&eacute;anmoins ces m&eacute;cr&eacute;ants restent incroyablement cr&eacute;dules comme si, incorrigiblement, la manie de se mystifier l&#8217;emportait envers et contre tout, comme si le besoin compulsif de croire en des signes f&eacute;tiches plut&ocirc;t qu&#8217;en rien persistait au prix du travestissement de la foi.  Ind&eacute;fectiblement, les d&eacute;sax&eacute;s mystifi&eacute;s s&#8217;abusent et tentent de redonner sens &agrave; leur martyre en le parant d&#8217;une aura messianique. En d&eacute;finitive, seule perdure la passion des signes prise pour l&#8217;ultime avatar des signes de la Passion.  <BR><BR><BR><\/p>\n<p><B>1.<\/B>Premier exemple de la foi dans les signes, le parler commun illustr&eacute; par les comm&eacute;rages de Mrs Hopewell et de  Mrs Freeman. Mrs Hopewell a mis la Bible au rebut, elle l&#8217;a remis&eacute;e au grenier alors que sa place selon le vendeur de Bible devrait &ecirc;tre au salon (&#8220;parlor&#8221;).  Les comm&egrave;res n&#8217;en continuent pas moins &agrave; &eacute;changer des lieux communs qui leur tiennent lieu de lien commun, comme un. Pour elles, la langue courante fait office de religion monoth&eacute;iste. Le c&eacute;r&eacute;monial de la conversation,  devenu  routinier, n&#8217;est pourtant plus qu&#8217;un rite d&eacute;grad&eacute; . Elles &eacute;gr&egrave;nent des formules st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es qui tombent comme des sentences, des proverbes bibliques tronqu&eacute;s, &agrave; la limite de l&#8217;agrammaticalit&eacute;. Le soi-disant bon sens frise le non sens  absolu: &#8220;Everybody is different. Yes most people is&#8221; (273). &#8220;Some people are more alike than others&#8221; (282). La langue usuelle ainsi mani&eacute;e trahit la confusion des valeurs qui r&egrave;gne dans leurs esprits. Mrs Freeman rapporte tels quels, au style indirect libre, les propos r&eacute;v&eacute;lateurs de son gendre qui tout en tenant le mariage pour sacr&eacute; refuse de consentir &agrave; des sacrifices financiers extravagants pour une c&eacute;r&eacute;monie &agrave; l&#8217;&eacute;glise&nbsp;:<br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;Lyman said it sure felt sacred to him. She said he wouldn&#8217;t take five hundred dollars for being married by a preacher&#8221; (281)<br \/>\n<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nL&#8217;asynd&egrave;te, l&#8217;absence de coordination entre les deux d&eacute;clarations contradictoires,  souligne l&#8217;usure extr&ecirc;me du terme &#8220;sacred&#8221; dans l&#8217;Am&eacute;rique de l&#8217;apr&egrave;s-guerre. On discute du sacrement du mariage comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217; une option pour une voiture de s&eacute;rie&nbsp;: <BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;[Mrs Freeman] said he owned a 55 Mercury but that Glynese said she would rather marry a man with only a 36 Plymouth who would be married by a preacher. Mrs Hopewell said there were not many girls with Glynese&#8217;s common sense&#8221; (282).<\/BLOCKQUOTE><\/p>\n<p><B>2.<\/B> Deuxi&egrave;me cas de confiance en soi qui repose au fond sur la confiance en un  langage consid&eacute;r&eacute; &agrave; tort comme un gage de v&eacute;rit&eacute;&nbsp;: le discours philosophique qui, pourtant, ne peut faire l&#8217;&eacute;conomie des &eacute;quivoques de la langue commune. Joy Hopewell, qui s&#8217;est rebaptis&eacute;e Hulga, ironise au sujet des m&eacute;taphores us&eacute;es que sa m&egrave;re affectionne&nbsp;: &#8220;Get rid of the salt of the earth and let&#8217;s eat.&#8221;(279). Elle r&eacute;pugne &agrave; utiliser les mots galvaud&eacute;s comme &#8220;love&#8221; par exemple&nbsp;:<BR>&#8220;If you use the word loosely you might say that. But that&#8217;s not a word I use&#8221; (287).<BR><BR><br \/>\nOn devine que sa pr&eacute;dilection pour la philosophie provient de la n&eacute;cessit&eacute; de prendre le contrepied du bon sens soi-disant commun&eacute;ment partag&eacute;. On pressent &eacute;galement que son &eacute;ducation philosophique, les principes rigoureux derri&egrave;re lesquels elle se retranche en s&#8217;imposant une discipline intellectuelle de fer, ont &eacute;t&eacute; sa fa&ccedil;on &agrave; elle de surmonter son handicap physique et de redresser son corps infirme. L&#8217;appareillage qui cors&egrave;te sa d&eacute;marche intellectuelle est l&#8217;&eacute;quivalent intellectualis&eacute; de la proth&egrave;se qui lui permet de se mouvoir. Joy-Hulga s&#8217;est relev&eacute;e par l&#8217;op&eacute;ration de l&#8217;esprit, gr&acirc;ce &agrave; ses propres ressources intellectuelles. Au grand dam de sa m&egrave;re, elle se compla&icirc;t dans la lecture de ce qui  para&icirc;t &ecirc;tre &agrave; cette derni&egrave;re du galimatias pur et simple&nbsp;:&nbsp;&#8220;an evil incantation in gibberish&#8221; (277).Sa m&egrave;re ignore qu&#8217;il s&#8217;agit en fait d&#8217;un passage d&#8217;un essai de Martin Heidegger o&ugrave; il est dit en substance que la science nie le n&eacute;ant par principe <SUP> <A HREF=\"#Note5\">[5]<\/A><\/SUP>&nbsp;:<BR><br \/>\n <BLOCKQUOTE>&#8220;One thing stands firm&nbsp;: science wishes to know nothing of nothing&#8221; (277).<\/BLOCKQUOTE><br \/>\n L&#8217;oubli de l&#8217;&ecirc;tre est le principe fondateur sur lequel s&#8217;&eacute;chafaude le raisonnement scientifique selon Heidegger qui fait appara&icirc;tre l&#8217;appareil conceptuel du savoir comme une fa&ccedil;on de se dissimuler un ab&icirc;me plus fondamental encore. Les hypoth&egrave;ses scientifiques sont en quelque sorte les proth&egrave;ses du savoir, le dispositif factice sur lequel s&#8217;&eacute;rige l&#8217;under-standing dont le bien fond&eacute; est douteux. On remarquera que la traduction anglaise du texte allemand original introduit fortuitement un jeu de mots suppl&eacute;mentaire&nbsp;: dans la phrase &#8220;science wishes to know nothing of nothing&#8221;, &#8220;no&#8221; revient comme un refrain ou une rime int&eacute;rieure et sugg&egrave;re qu&#8217;en d&eacute;pit de ses d&eacute;n&eacute;gations,  la connaissance scientifique reste habit&eacute;e par le n&eacute;ant  inscrit en toutes lettres au coeur du mot &#8220;know&#8221;. Ce jeu de mots involontaire n&#8217;est-il pas le signe r&eacute;v&eacute;lateur que l&#8217;esprit philosophique ne raisonne jamais qu&#8217;avec les mots de la langue commune dont les r&eacute;sonances insoup&ccedil;onn&eacute;es lui &eacute;chappent ? L&#8217;impens&eacute; de la d&eacute;marche intellectuelle, c&#8217;est bien l&#8217;usage de la langue commune sur laquelle le discours philosophique se fonde pour argumenter tout en la jugeant de haut au nom de la logique pure. Lacan se gaussait de la pr&eacute;tention des esprits pr&eacute;tendument sup&eacute;rieurs  &agrave; s&#8217;affranchir des errements de la langue et il taxait la philosophie de &#8220;flousophie&#8221; ou encore de &#8220;filousophie&#8221;.<BR><BR><br \/>\nHulga, comme toute philosophe qui se respecte, se proclame fille de ses oeuvres et d&eacute;clare son ind&eacute;pendance absolue. Le fait de se forger un nom est &agrave; ses yeux l&#8217;acte d&eacute;miurgique par lequel elle signifie que la con-naissance philosophique est re-naissance ex nihilo, ayant fait table rase des origines. &#8220;She saw it as the name of her highest creative act&#8221; (275). L&#8217;invention du nom Hulga  subsume un tohu bohu in&eacute;narrable&nbsp;; ugly (275), hull (274), hulking (273), olga, beluga, a &#8220;gul&#8221; (136), ugh, l&#8217;onomatop&eacute;e de la naus&eacute;e, entre autres, sont amalgam&eacute;s dans ce vocable impronon&ccedil;able qui en dit long sur la pr&eacute;tention de notre philosophe &agrave; r&eacute;former la langue courante qui lui sert de soubassement pour en faire l&#8217;expression de la v&eacute;rit&eacute;, seule digne de foi. Elle se donne le nom disgr&acirc;cieux d&#8217;Hulga o&ugrave; se lit en anagramme <I>laugh<\/I> <SUP> <A HREF=\"#Note6\">[6]<\/A><\/SUP>. Hulga c&#8217;est ce qu&#8217;il reste de l&#8217;all&eacute;gresse enfantine apr&egrave;s l&#8217;accident tragique qui lui co&ucirc;ta sa jambe&nbsp;:  un &eacute;clat de rire d&eacute;moniaque ou un immonde rictus. Hulga c&#8217;est <I>laugh<\/I> d&eacute;sarticul&eacute;, &agrave; qui il serait arriv&eacute; l&#8217;accident de Mrs Shortley.  En se rebaptisant ainsi, Joy alias Hulga revendique le titre indiscut&eacute; d&#8217;<I>ugly duckling<\/I>, de brebis galeuse. Ce surnom ingrat est le signe qu&#8217;elle croit aux pouvoirs de la po&eacute;sie, &agrave;  la cr&eacute;ation verbale &agrave; partir de rien. &#8220;Poets are the unacknowledged legislators of the world&#8221; disait Shelley <SUP> <A HREF=\"#Note7\">[7]<\/A><\/SUP>. Hulga entend bel et bien l&eacute;gif&eacute;rer,  se doter de <I>lex-legis<\/I>, pluriel, <I>leges<\/I>. En d&eacute;cr&eacute;tant qu&#8217;elle s&#8217;appelle d&eacute;sormais Hulga (&#8220;her legal name was Hulga&#8221;,274 ), elle  promulge (<I>prom(h)ulgates<\/I>) sa loi, sa foi en son moi tout puissant qui repose sur un jeu de mots&nbsp;: Hulga, quasi anagramme phon&eacute;tique de <I>legal<\/I>, lui-m&ecirc;me anagramme de <I>A leg<\/I>. Elle a perdu une jambe mais elle s&#8217;en est redonn&eacute; une par la magie du verbe, par le prodige de la pens&eacute;e qui pr&eacute;tend dicter sa loi et l&#8217;imprimer sur son corps d&eacute;bile. Elle s&#8217;arroge le droit divin de nommer, de se forger tel Vulcain, le dieu bo&icirc;teux <SUP> <A HREF=\"#Note8\">[8]<\/A><\/SUP>, une nouvelle identit&eacute; surhumaine  qui ne d&eacute;pendrait que d&#8217;elle-m&ecirc;me. Elle s&#8217;attribue ainsi le r&ocirc;le viril du d&eacute;miurge et, en son for int&eacute;rieur,  elle dresse un autel &agrave; la gloire de son propre g&eacute;nie (&#8220;true genius can get an idea across even to an inferior mind&#8221;, 284). Elle s&#8217;&eacute;rige en sujet souverain absolument libre et pr&eacute;tend non sans arrogance se sauver par ses propres oeuvres&nbsp;: &#8220;&#8216;In my economy&#8217;, she said,&#8217; I &#8216;m saved and you are damned'&#8221;(286.). Sa majest&eacute; le moi usurpe la place de Dieu le P&egrave;re et s&#8217;instaure en Trinit&eacute; des temps modernes&nbsp;: <I>I, me, and myself<\/I> selon l&#8217;expression de Pierre Legendre. &#8220;My economy&#8221;, mon ego,  mon &eacute;cosyst&egrave;me ergonomique follement f&eacute;tichis&eacute;. <BR><BR><BR><\/p>\n<p><B>3.<\/B> Sur ces entrefaites, Manley Pointer se pointe et il se met &agrave; subvertir les fa&ccedil;ons de parler des uns et des autres, rendant ainsi confuse la facult&eacute; de juger. Par son truchement, l&#8217;inconscient linguistique qui sous-tend &agrave; la fois le parler commun et le discours philosophique fait retour en force. On assiste &agrave; l&#8217;irruption du <I>nonsense<\/I> &agrave; la Lewis Carroll en plein coeur de la <I>Bible Belt<\/I>. Pointer  prend un malin plaisir &agrave; prendre les signes au pied de la lettre.  Lors des pr&eacute;sentations rituelles, il  fait mine de confondre le toponyme du lieu-dit (&#8220;The Cedars&#8221;) avec le patronyme de la famille qui y r&eacute;side&nbsp;:<BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;Good morning Mrs Cedars !<BR><br \/>\n I&#8217;m Mrs Hopewell<BR><br \/>\nI saw it said the Cedars on the mailbox so I thought you was Mrs Cedars&#8221; (277)<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nEt il s&#8217;empare aussit&ocirc;t du nom  pour faire un jeu de mots pr&eacute;tendument spirituel: <BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;I hope you are well&#8221; (277-278).<\/BLOCKQUOTE><br \/>\n Le faux d&eacute;v&ocirc;t qu&#8217;il est  d&eacute;tourne le sens des signes. Lorsqu&#8217;il cite le texte biblique, c&#8217;est de fa&ccedil;on inexacte (&#8220;He who loses his life shall find it&#8221;, 280) en  omettant  &#8220;for my sake&#8221; (Matthew, 16, 25) qui, en l&#8217;occurrence, fait toute la diff&eacute;rence car il ne s&#8217;agit pas seulement de jouer &agrave; qui perd gagne mais de se sacrifier pour l&#8217;amour du Christ. Il se livre ainsi &agrave; un trafic de devises religieuses.  Le charlatan qui ne se d&eacute;place jamais sans son carpet bag n&#8217;a recours pour son boniment qu&#8217;&agrave; des mots valise qui contiennent tout un assortiment h&eacute;t&eacute;roclite de termes. &#8220;Chrustian&#8221;(279) au lieu de Christian comporte toutes sortes d&#8217; harmoniques qui percent  sous le vernis christique&nbsp;: crust au sens de cro&ucirc;te ou d&#8217;incrustation qui insinue irr&eacute;v&eacute;rencieusement que le Sauveur est assimilable &agrave; un cro&ucirc;ton de pain ou &agrave; un corps &eacute;tranger plus ou moins incarn&eacute; tel un implant sous-cutan&eacute; mais qui, m&ecirc;me tel, n&#8217;est jamais qu&#8217;un cosm&eacute;tique &agrave; fleur de peau. Le mot &#8220;chrustian&#8221; comprend en outre le mot crus qui d&eacute;signe la partie inf&eacute;rieure de la jambe comme s&#8217;il trahissait d&eacute;ja l&#8217;intention de s&#8217;approprier la jambe artificielle sous couvert d&#8217;&ecirc;tre un bon chr&eacute;tien. En s&#8217;alt&eacute;rant ainsi, le terme christian mu&eacute; en &#8220;chrustian&#8221;, devient insensiblement un lit de Procuste (procustean). De m&ecirc;me, &#8220;Inraduce&#8221; (279) utilis&eacute; au lieu du mot convenu introduce t&eacute;lescope reduce et le radius, d&eacute;clin&eacute;s comme autant de flexions d&#8217;un radical, d&#8217;une racine &eacute;tymologique commune.<BR><BR><br \/>\nInversement, lorsqu&#8217;il ne condense pas des termes distincts en les combinant jusqu&#8217;&agrave; l&#8217;absurde, il les scinde diaboliquement. Ainsi le mot &#8220;pic-nic&#8221; dissoci&eacute;s en deux syllabes  qui s&eacute;par&eacute;ment connotent le verbe to pick (voler) et Old Nick (le Diable) et qui &eacute;voquent la formule du Cosmopolite dans The Confidence Man d&#8217;Herman Melville&nbsp;: &#8220;Life is a picnic  en costume&#8221; <SUP> <A HREF=\"#Note9\">[9]<\/A><\/SUP>. La mascarade des mots trompeurs est &agrave; son comble lorsque Pointer se met &agrave; moduler &agrave; sa mani&egrave;re l&#8217;expression st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;e qui r&eacute;sume &agrave; elle seule l&#8217;idolecte local&nbsp;: &#8220;good country people&#8221;. La locution fig&eacute;e comporte un certain nombre de variantes qui brouillent la signification suppos&eacute;e transparente de cette formule monolithique&nbsp;: tour &agrave; tour, les personnages glosent &#8220;good&#8221; par des expressions analogues&nbsp;: &#8220;real honest&#8221; (279), &#8220;real genuine&#8221; (279), &#8220;sincere [&#8230;]genuine&#8221; (280) &#8220;simple&#8221; (291) <SUP> <A HREF=\"#Note10\">[10]<\/A><\/SUP>. Pointer a l&#8217;art de disloquer les termes qui, d&#8217;ordinaire, font bloc&nbsp;: alors que Hulga sous le choc se met &agrave; bafouiller et &agrave; parler machinalement comme sa m&egrave;re, au m&eacute;pris des r&egrave;gles &eacute;lementaires de la syntaxe (&#8220;Aren&#8217;t you just good country people?&#8221;, alors qu&#8217;elle devrait dire en toute logique&nbsp;: a good country boy\/ man?), Pointer d&eacute;tourne le sens de la locution en donnant &agrave; &#8220;good&#8221; d&#8217;autres inflexions peu orthodoxes&nbsp;: &#8220;Let&#8217;s begin to have a good time&#8221;&nbsp;; &#8220;We ain&#8217;t got to know one another good yet&#8221; (290).  <BR><BR><br \/>\nPointer s&#8217;en prend &agrave; Hulga en  mettant la m&eacute;taphysique &agrave; l&#8217;&eacute;preuve de la pataphysique. Hulga reste interloqu&eacute;e par la question d&#8217;une d&eacute;bilit&eacute; d&eacute;sarmante que Pointer cramoisi lui pose pour amorcer leur commerce philosophique  pseudo-platonicien&nbsp;: &#8220;You ever ate a chicken that was two days old?&#8221; (283). D&#8217;embl&eacute;e on l&#8217;imagine d&eacute;sar&ccedil;onn&eacute;e  par l&#8217;obsc&eacute;nit&eacute; qu&#8217;elle subodore sans en avoir assur&eacute;ment la preuve. <SUP> <A HREF=\"#Note11\">[11]<\/A><\/SUP> Pointer a l&#8217;art de d&eacute;tourner syst&eacute;matiquement les paroles &eacute;chang&eacute;es pour prendre son interlocutrice &agrave; son propre pi&egrave;ge.  Il lui souffle les mot convenus  de la d&eacute;claration d&#8217;amour (&#8220;You got to say it&#8221;, 287) et &agrave; peine a-t-elle crach&eacute; le morceau comme  une Molly Bloom qui serait mise &agrave; la question (&#8220;yes, yes&#8221;,288), qu&#8217;il encha&icirc;ne aussit&ocirc;t implacablement&nbsp;: &#8220;Prove it&#8221; (288). Dans ce faux dialogue, les automatismes langagiers s&#8217;engr&egrave;nent machinalement comme les rouages d&#8217;un instrument de torture. <BR><BR><br \/>\nPointer est un litt&eacute;raliste en diable. Il prend Hulga au mot et s&#8217;acharne &agrave;  rabaisser la philosophe p&eacute;dante,  &agrave; la faire chuter de son pi&eacute;destal et &agrave; saper les fondements de son savoir en s&#8217;attaquant &agrave; cette proth&egrave;se dont elle a fait le si&egrave;ge de son &acirc;me de mani&egrave;re tout &agrave; fait d&eacute;plac&eacute;e <SUP> <A HREF=\"#Note12\">[12]<\/A><\/SUP>. Lui confisquer sa proth&egrave;se, c&#8217;est sa mani&egrave;re &agrave; lui de s&#8217;en prendre symboliquement &agrave; toutes les hypoth&egrave;ses sur laquelle Hulga s&#8217;appuie ou, plus exactement, une fa&ccedil;on d&#8217;insinuer que les hypoth&egrave;ses intellectuelles sont r&eacute;ductibles &agrave; des proth&egrave;ses mat&eacute;rielles qui, par condensation et d&eacute;placement, deviennent absurdement le si&egrave;ge de la personne,  le saint si&egrave;ge de l&#8217;&acirc;me qui s&#8217;efforce ainsi vainement de se dissimuler son inexistence. Ce qui n&#8217;est d&#8217;ordinaire qu&#8217;une expression figur&eacute;e,  <I>to pull somebody&#8217;s leg<\/I> (qui correspond curieusement &agrave; &#8220;faire marcher quelqu&#8217;un&#8221; en fran&ccedil;ais), devient atroc&eacute;ment litt&eacute;ral dans son esprit. Alors qu&#8217;Hulga invoque Malebranche et sa vision en Dieu pour rabrouer sa m&egrave;re (276), l&#8217;imposteur se faisant appeler Manley Pointer, se pr&eacute;sente pr&eacute;cis&eacute;ment comme la r&eacute;plique de Malebranche au pied de la lettre&nbsp;: Male\/ Manl(e)y &#8211; Branch\/Pointer <SUP> <A HREF=\"#Note13\">[13]<\/A><\/SUP>.  Manley Pointer en tant qu&#8217;avatar de Malebranche, c&#8217;est la m&eacute;taphysique cart&eacute;sienne d&eacute;culott&eacute;e. L&#8217;imposteur a le don de mettre &agrave; nu les blessures intimes masqu&eacute;es par  l&#8217;&eacute;ducation qui est comparable &agrave; une op&eacute;ration de curetage et qui participe de la chirurgie esth&eacute;tique&nbsp;: &#8220;As a child she had sometimes been subject to feelings of shame but education had removed the last traces of that as a good surgeon scrapes for cancer&#8221; (288). <BR><BR><br \/>\nD&eacute;mystificateur, Pointer proc&egrave;de &agrave; un nivellement syst&eacute;matique par le bas&nbsp;: le corpus philosophique est r&eacute;duit au corps, le corps &agrave; une proth&egrave;se et, de proche en proche,  la proth&egrave;se &agrave; rien du tout. Il provoque ainsi une vertigineuse descente d&#8217;organes qui se termine irr&eacute;m&eacute;diablement par une chute et, du reste, Pointer n&#8217;est jamais aussi secr&egrave;tement touchant pour Hulga que lorsqu&#8217;il semble sur le point de rendre l&#8217;&acirc;me et de se vider sous ses yeux&nbsp;: <BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;Say yes Hulga, he said and gave her a dying look as if he felt his insides about to drop out of him&#8221; (284)<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nC&#8217;est alors  qu&#8217;il touche le point sensible, car  la chute des corps, leur propension visc&eacute;rale &agrave; s&#8217;effondrer et &agrave; s&#8217;&eacute;vider, est ce &agrave; quoi l&#8217;appareil conceptuel a de tout temps permis de parer.  Pour Hulga, penser, c&#8217;est avant tout une mani&egrave;re de panser ses plaies et  les mots de la philosophie dont elle se gargarise n&#8217;auront &eacute;t&eacute; que le masque des maux qui affligent son  corps souffrant enclin &agrave; la d&eacute;cr&eacute;pitude. La philosophe hautaine se croyait cal&eacute;e. Pointer rabaisse ses pr&eacute;tentions en lui retirant tout simplement sa cale. Il exp&eacute;rimente la d&eacute;construction philosophique au sens litt&eacute;ral du terme&nbsp;: il d&eacute;monte l&#8217;intellectuelle jusqu&#8217;&agrave; ce qu&#8217;elle ne soit plus qu&#8217;un monstre. C&#8217;est  ainsi que cet arri&eacute;r&eacute; mental reconverti en donneur de le&ccedil;ons con&ccedil;oit l&#8217;art de la d&eacute;-monstration. Et c&#8217;est ainsi que l&#8217;intellectuelle arrogante qui se croyait d&eacute;tach&eacute;e de tout finit par &ecirc;tre manipul&eacute;e comme une marionnette d&eacute;glingu&eacute;e <SUP> <A HREF=\"#Note14\">[14]<\/A><\/SUP> et que, mise en pi&egrave;ces, elle est en fin de compte r&eacute;duite &agrave; ramper ventre &agrave; terre sur son perchoir.  <BR><BR><br \/>\nLe d&eacute;membrement d&#8217;Hulga au grenier est assimilable &agrave; ces jeux interdits de l&#8217;enfance perverse qui reproduisent la naissance par nature monstrueuse et pr&eacute;figurent, &agrave; la mani&egrave;re d&#8217;une r&eacute;p&eacute;tition g&eacute;n&eacute;rale, la d&eacute;composition  du cadavre  (du latin <I>caedere<\/I>  chuter). La chute des corps  est l&#8217;invariant depuis l&#8217;enfantement qui vous expulse ici-bas, en attendant de basculer dans le vide. C&#8217;est sa propre chute inconcevable que le vieux Dudley s&#8217;efforce de se dissimuler en contemplant rituellement l&#8217;apparition du pot de g&eacute;ranium, autrement dit, par le spectacle d&#8217;une nature morte qui est aussi le dernier vestige d&#8217;un univers bucolique qui &eacute;tait d&eacute;ja un terrain glissant.  Le bapt&ecirc;me-noyade de Harry alias Bevel est la confirmation d&#8217;une chute qui a d&eacute;j&agrave; eu lieu et qui ne manque pas de se reproduire. P&eacute;riodiquement, r&eacute;guli&egrave;rement meurtrie  depuis l&#8217;accident de chasse survenu &agrave; la pubert&eacute; et jusqu&#8217;&agrave; ce qu&#8217;elle devienne &agrave; nouveau la proie d&#8217;un s&eacute;ducteur cynique qui la poss&egrave;de &agrave; sa mani&egrave;re, Hulga n&#8217;aura cess&eacute; de choir, de d&eacute;choir irr&eacute;m&eacute;diablement. La chute est un d&eacute;sordre chronique . Pointer, juste avant de dispara&icirc;tre, ach&egrave;ve de sermonner notre philosophe pontifiante en lui rappelant qu&#8217;il n&#8217;a pas eu besoin de faire d&#8217;&eacute;tudier laborieusement la philosophie pour savoir instinctivement depuis qu&#8217;il est n&eacute; que rien n&#8217;a de valeur. Cette &#8220;sagesse&#8221; l&agrave;, il se targue de l&#8217;avoir dans le sang et de  la poss&eacute;der de fa&ccedil;on inn&eacute;e. C&#8217;est l&#8217;h&eacute;ritage d&eacute;solant des desperados cong&eacute;nitaux.   <BR><BR><BR><\/p>\n<p>Or m&ecirc;me Pointer n&#8217;est pas le proph&egrave;te accompli du nihilisme qu&#8217;il croit &ecirc;tre, pas plus qu&#8217;Hulga qui pourtant le professait du haut de sa chaire improvis&eacute;e&nbsp;: elle pr&eacute;tendait avoir per&ccedil;&eacute; &agrave; jour le n&eacute;ant, &#8220;I am one of those people who see <I>through <\/I>to nothing&#8221;(287). Les apprentis nihilistes ne peuvent pas d&eacute;truire totalement ni s&#8217;ab&icirc;mer irr&eacute;versiblement dans le n&eacute;ant sans se raccrocher &agrave; un garde-fou. Au bord du gouffre, Pointer se retient de se perdre en se donnant de nouveaux f&eacute;tiches, en reconstituant de toutes pi&egrave;ces une religion de substitution. Il a besoin de croire en quelque chose plut&ocirc;t qu&#8217;en rien, autrement dit en des signes factices qui font diversion au d&eacute;sastre imminent et depuis toujours immanent. Il &eacute;rige une jambe artificielle en objet de culte. Elle sera son article de foi. Il se fera proph&egrave;te de la proth&egrave;se. <BR><BR><br \/>\nM&ecirc;me ce litt&eacute;raliste d&#8217;enfer ne peut pas se dire qu&#8217;une jambe artificielle n&#8217;est jamais qu&#8217;une jambe artificielle, &#8220;un objet, le moins &eacute;rotique qui soit, une banale jambe de bois&#8221; (Andr&eacute; Bleikasten, 53), car &agrave; ses yeux, elle est bien plus. Elle devient la figure du fruit d&eacute;fendu. Emerveill&eacute;, il tient une partie de jambes en l&#8217;air&nbsp;:  la cuisse maternelle d&#8217;o&ugrave; il fut extirp&eacute;, la pointe phallique qu&#8217;il s&#8217;est nominalement appropri&eacute;e&nbsp;; la jambe artificielle capable de se transsubstantier de la sorte est l&#8217;objet transitionnel providentiel. C&#8217;est une machine de r&ecirc;ve qui lui permet de se rejouer &agrave; volont&eacute;  en priv&eacute; la sc&egrave;ne primitive o&ugrave; il fut con&ccedil;u, la sc&egrave;ne de son enfantement et, par anticipation,  sa propre mise &agrave; mort, son d&eacute;membrement par personne interpos&eacute;e. Ceci n&#8217;est pas  purement et simplement une proth&egrave;se, ceci est mon corps. La jambe artificielle se mue en un jouet miracle, un joujou pour jouir et apprendre &agrave; mourir&nbsp;: &#8220;he took it off himself handling it as tenderly as if it were a real one&#8221; (289) <BR><BR><br \/>\nPointer, qui prend un malin plaisir &agrave; faire tomber les tabous, intronise aussi sec son totem dans le saint des saints, sa valise convertible en autel par un tour de passe-passe. Dr&ocirc;le de roi mage que ce magicien douteux qui d&eacute;pose de pi&egrave;tres pr&eacute;sents aux pieds de celle qu&#8217;il affecte de v&eacute;n&eacute;rer comme une d&eacute;esse. L&#8217;attachement &agrave; des f&eacute;tiches de fortune est la parade &agrave; laquelle il a recours pour r&eacute;parer la blessure originelle que fut la naissance et que les vicissitudes de l&#8217;existence n&#8217;auront fait, somme toute, que r&eacute;p&eacute;ter. Car la vie d&egrave;s le commencement aura &eacute;t&eacute; un naufrage (&#8220;The River&#8221;)<BR>; le bapt&ecirc;me est d&eacute;ja la confirmation de la chute originelle toujours recommenc&eacute;e (&#8220;The Geranium&#8221;). Ce n&#8217;est pas sans mauvaise foi que Pointer sermonne Hulga et lui inculque qu&#8217;il sait depuis qu&#8217;il est n&eacute; qu&#8217;il n&#8217;y a rien &agrave; attendre ici-bas. car il ne peut s&#8217;emp&ecirc;cher de croire qu&#8217;il ne croit rien et de recomposer insidieusement de la  sorte un semblant de cr&eacute;do. A l&#8217;instar du Sud dont Flannery O&#8217;Connor &eacute;crivait dans <I>Mystery and Manners<\/I> qu&#8217;il &eacute;tait &agrave; la fois d&eacute;sax&eacute; et habit&eacute; par le spectre du christianisme (&#8220;hardly Christ-centered but certainly Christ-haunted&#8221;) <SUP> <A HREF=\"#Note15\">[15]<\/A><\/SUP>, le f&eacute;tichiste reste un croyant caricatural qui est hant&eacute; par le d&eacute;mon de l&#8217;absolu et qui s&#8217;adonne &agrave; des objets d&eacute;risoires pour conjurer le vertige et le vide en son coeur.  <BR><BR><br \/>\n Quant &agrave; Hulga,  malgr&eacute; sa profession de foi nihiliste,  elle est tout aussi f&eacute;tichiste &agrave; sa mani&egrave;re. Ce n&#8217;est pas sans r&eacute;ticence qu&#8217;elle ne consent &agrave; se d&eacute;partir de sa sacro-sainte proth&egrave;se, l&#8217;objet partiel ador&eacute; en lieu et place de l&#8217;objet perdu qui est devenu de fa&ccedil;on aberrante la figure d&eacute;plac&eacute;e de son moi tout entier. M&ecirc;me au plus fort des &eacute;bats amoureux, elle  ne s&#8217;abandonne pas&nbsp;: &#8220;Her mind throughout this never stopped or lost itself for a second to her feelings&#8221;(287). Elle fait partie de ces femmes dont Montaigne dit qu&#8217;elles ne donnent jamais que d&#8217;une seule fesse, en l&#8217;occurrence d&#8217;une seule cuisse, fausse au demeurant. La proth&egrave;se qu&#8217;elle feint de donner &agrave; Pointer, elle compte bien qu&#8217;il la lui rende&nbsp;; elle ne feint de l&eacute;guer son <I>leg<\/I> qu&#8217;en escomptant qu&#8217;il lui soit d&ucirc;ment restitu&eacute; en &eacute;tat de marche. Elle se pla&icirc;t &agrave; s&#8217;imaginer un sc&eacute;nario &eacute;rotique, une liturgie intime&nbsp;: chaque nuit religieusement, Pointer tout &agrave; sa d&eacute;votion, lui prendrait la jambe artificielle, la caresserait, la remettrait &agrave; sa place&nbsp;:  don, contre-don, ainsi  se conjugue la nuptialit&eacute; dans son esprit bo&icirc;teux. Le fauxlegs, le faux don d&#8217;un <I>leg<\/I> artificiel qu&#8217;elle d&eacute;-l&eacute;guerait pour qu&#8217;il lui soit restitu&eacute; aurait l&#8217;int&eacute;r&ecirc;t suppl&eacute;mentaire de lui procurer l&#8217;illusion d&#8217;une int&eacute;grit&eacute; retrouv&eacute;e.  Le <I>leg<\/I>(s) dont elle se d&eacute;ssaisit doit lui revenir, lui rapporter puisqu&#8217;il ne se rapporte qu&#8217;&agrave; elle, &eacute;tant la figure de son moi propre. &#8220;&#8216;In my economy&#8217;, she said &#8216;I&#8217;m saved'&#8221; (286.) Dans son &eacute;conomie, il n&#8217;y a pas place pour un don en pure perte&nbsp;; il n&#8217;y a que de faux legs qu&#8217;elle feint de transmettre pour mieux se les r&eacute;approprier tout compte fait. Par trois fois, comme Pierre reniant le Christ, elle g&acirc;che la chance d&#8217;un don authentique&nbsp;: &#8220;Give me my leg&#8221;(290). Sous entendu&nbsp;: la jambe artificielle et, en prime, l&#8217;illusion de son corps intact en acceptant de combler le vide, d&#8217;&ecirc;tre sa moiti&eacute; manquante en lieu et place du membre qui lui fut arrach&eacute; et qui la hante comme un membre fant&ocirc;me. &#8220;Give me my leg&#8221;, le vrai en suppl&eacute;ment du faux. Observons que Pointer se propose de se substituer physiquement &agrave; la proth&egrave;se, de m&ecirc;me que Pip dans <I>Moby Dick <\/I>offre &agrave; Achab de s&#8217;appuyer sur lui pour remplacer la jambe d&#8217;ivoire qui s&#8217;est &agrave; nouveau rompue (chapitre129)&nbsp;: &#8220;ye have not a whole body, sir&nbsp;; do ye but use poor me for your one lost leg, only tread upon me, sir&nbsp;; I ask no more so I remain a part of ye&#8221;. Pointer lui prend sa jambe artificielle et, en contrepartie, fait l&#8217;offrande vivante de son corps&nbsp;: &#8220;You got me instead&#8221;(289). Il lui propose de r&eacute;parer le manque d&eacute;chirant en devenant son idole. Dans le c&eacute;r&eacute;monial &eacute;rotique tel qu&#8217;il l&#8217;imagine, il s&#8217;arroge le r&ocirc;le du Dieu qui a pris corps. Or cette mascarade messianique semble &agrave; Hulga pire qu&#8217;un blasph&egrave;me, une atteinte &agrave;  sacro-sainte personne. Au lieu de mutualiser leur proth&egrave;se, Hulga et Pointer font donc f&eacute;tichisme &agrave; part.<BR><br \/>\n L&#8217;ignoble Manley Pointer qui s&#8217;est arrog&eacute; le pr&eacute;nom d&#8217;un po&egrave;te on ne peut plus mystique (Gerard Manley Hopkins ) prend SON pied qu&#8217;il revendique comme sa propri&eacute;t&eacute; exclusive. Il  accapare l&#8217;&eacute;chasse qu&#8217;il compte ench&acirc;sser et promener comme le saint sacrement dans sa valise de commis voyageur. Il se h&acirc;te de mettre le membre postiche en croix entre deux missels dont l&#8217;un est assur&eacute;ment faux puisque c&#8217;est une bible creuse contenant de l&#8217;alcool, des pr&eacute;servatifs et des cartes pornographiques. Ce mus&eacute;e des horreurs portatif, cette bo&icirc;te de Pandore qu&#8217;il d&eacute;balle et remballe aussi vite, c&#8217;est la panoplie compl&egrave;te du f&eacute;tichisme catholique, retourn&eacute; sens dessus dessous, parodi&eacute; et perverti: des obsc&eacute;nit&eacute;s en guise d&#8217;&icirc;mages pieuses, des spiritueux au lieu des saintes esp&egrave;ces , une mise en garde contre les maladies v&eacute;n&eacute;riennes qui sonne comme un commandement apocryphe pour le salut de l&#8217;&acirc;me&nbsp;;  bref tous les accessoires requis pour une mascarade de messe et pour rejouer sur le mode bouffon  le carnaval de l&#8217;Incarnation. Pointer s&#8217;est bricol&eacute; une mystique de fortune&nbsp;; il s&#8217;est invent&eacute; une religion &agrave; l&#8217;envers qui est la contrepartie de la vulgate c&eacute;r&eacute;brale d&#8217;Hulga.<BR><BR><br \/>\nNotre pr&eacute;tendue agnostique r&ecirc;vait secr&egrave;tement d&#8217;une cr&egrave;che New Age propice aux p&acirc;moisons qu&#8217;elle projetait sur le paysage environnant, &eacute;trangement &eacute;rotis&eacute;. Elle se plaisait &agrave; s&#8217;imaginer dans la posture de la Vierge de l&#8217;Annonciation <SUP> <A HREF=\"#Note16\">[16]<\/A><\/SUP>, divinement transverb&eacute;r&eacute;e par un c&ocirc;ne de lumi&egrave;re c&eacute;leste, r&eacute;pandant sur elle la gr&acirc;ce sous forme d&#8217;une nu&eacute;e de corpuscules&nbsp;:<BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;A wide sheath of sunlight, filled with dust particles slanted over her. She lay back against a bale, her face turned away, looking out the front opening of the barn where hay was thrown from a wagon into the loft. The two pink-speckled hillsides lay back against a dark ridge of woods&#8221; (287).<br \/>\n<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nOr les b&eacute;atitudes charnelles qu&#8217;elle esp&egrave;re  tournent rapidement au  jeu de massacre. Ecartel&eacute;e, elle est contrainte de regarder &agrave;  sa propre jambe  dress&eacute;e debout, loin d&#8217;elle, comme un objet devenu &eacute;trangement obsc&egrave;ne et elle reste sur la paille, clou&eacute;e sur place et r&eacute;duite &agrave; hurler et &agrave; gesticuler pareille &agrave; une chose amorphe, aussi abjecte que l&#8217;homme refait d&#8217;Edgar Poe (&#8220;The Man That Was Used Up&#8221;). Elle escomptait une transfiguration. Elle est mise en pi&egrave;ces comme la poup&eacute;e de Bellmer.<BR><br \/>\n <BLOCKQUOTE>&#8220;She decided that for the first time in her life she was face to face with real innocence. This boy, with an instinct that came from beyond wisdom, had touched the truth about her. When after a minute, she said in a hoarse high voice, &#8220;All right,&#8221; it was <B>like<\/B> surrendering to him completely. It was like losing her own life and finding it again, miraculously in his.&#8221; (289)<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nL&#8217;abandon sinc&egrave;re ou simul&eacute; (le sens du geste reste ind&eacute;cis&nbsp;:&#8221;it was like losing her own life&#8221;) devait pr&eacute;luder au petit miracle de sa r&eacute;surrection par lui, avec lui et en lui. Dans les faits, l&#8217;apoth&eacute;ose des sens  tourne court.  <BR><BR><br \/>\nMais alors qu&#8217;elle est pour ainsi dire an&eacute;antie, un nouveau retournement se produit comme par enchantement  Le texte d&eacute;crit Hulga apr&egrave;s la disparition de Pointer en des termes qui semblent d&#8217;une simplicit&eacute; &eacute;vang&eacute;lique&nbsp;:<BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;and then the toast-coloured hat disappeared down the hole and the girl was left, sitting on the straw in the dusty sunlight. When she turned her churning face toward the opening, she saw his blue figure struggling sucessfully over the green speckled lake&#8221; (291).<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nAu fil de la phrase, Hulga est d&#8217;abord d&eacute;crite &agrave; distance comme une femme abandonn&eacute;e avant que le point de vue ne s&#8217;interiorise au fur et &agrave; mesure que son visage tourment&eacute; par ce qui l&#8217;agite int&eacute;rieurement (&#8220;churning face&#8221;) se tourne vers l&#8217;ext&eacute;rieur. Elle a la vision trouble d&#8217;une silhouette furtive qui, tel le Christ,  semble marcher sur les eaux   (&#8220;struggling successfully over the lake&#8221;). Confus&eacute;ment, le  petit voleur qui se sauve se m&eacute;tamorphose en grand Seigneur. C&#8217;est rien moins que le Messie qui poind sous la figure de Pointer. Son regard hallucin&eacute; le pare des couleurs du paon, autrement dit d&#8217;un corps transfigur&eacute; non pas seulement parce que le paon est le symbole de  la transfiguration dans  The Displaced Person&#8221;.(226) mais parce que le voleur qui lui ravi sa jambe semble &ecirc;tre devenu tout entier la r&eacute;incarnation sublime de son propre corps.  La proth&egrave;se &agrave; laquelle Hulga tenait comme &agrave; la prunelle de ses yeux, avait &eacute;t&eacute;  compar&eacute;e &agrave; la plume d&#8217;un paon&nbsp;: &#8220;She was as sensitive about the artificial leg as a peacock about his tail&#8221;(288).  <BR><BR><br \/>\nC&#8217;est donc comme si, ayant &eacute;t&eacute; d&eacute;pouill&eacute;e d&#8217;un membre postiche,  elle se retrouvait transport&eacute;e en un corps de gloire quasi-immat&eacute;riel, comme si le ravissement de jambe artificielle pr&eacute;figurait des ravissements mystiques d&#8217;un autre type <SUP> <A HREF=\"#Note17\">[17]<\/A><\/SUP> A-t-on affaire &agrave; un authentique miracle ou &agrave; un simple mirage d&ucirc; &agrave; la survivance de croyances superstitieuses ? La sc&egrave;ne a lieu aux alentours de midi, non pas &#8220;midi le juste&#8221;, mais justement l&#8217;heure de pr&eacute;dilection du d&eacute;mon de midi. M&ecirc;me estropi&eacute;e et ravag&eacute;e, Hulga semble hant&eacute;e par le spectre du christianisme qui l&#8217;incite &agrave; se tourner vers Dieu,  &agrave; corps perdu&nbsp;:  elle croit voir une apparition divine. Est-ce l&#8217;illustration parfaite de la vision en Dieu ch&egrave;re &agrave; Malebranche ? ou est-ce une simple vue de l&#8217;esprit ? D&eacute;lire mystique de la cr&eacute;ature en proie &agrave; la d&eacute;r&eacute;liction qui s&#8217;imagine que le Sauveur est venu comme un voleur et qu&#8217;inversement le voleur peut se sauver comme le Messie ?  Il ne reste plus &agrave; Hulga  extatique qu&#8217;&agrave; guetter d&#8217;arrache-pied le retour de l&#8217;Epoux promis, le <I>Second Coming <\/I>&eacute;rotico-transcendantal  comme les grandes mystiques guettaient la Parousie o&ugrave; tout serait consomm&eacute; selon les Ecritures <SUP> <A HREF=\"#Note18\">[18]<\/A><\/SUP>. En attendant,  le Divin Amant putatif se retire, laissant Hulga pantelante et pantoise. Avant de s&#8217;&eacute;clipser son hypoth&eacute;tique voleur-sauveur mentionne l&#8217;un de ses troph&eacute;es atroces&nbsp;: &#8220;I&#8217;ve gotten a lot of interesting things, he said. &#8220;One time I got a woman&#8217;s glass eye this way&#8221; (291). Mais m&ecirc;me La d&eacute;figuration de cette pauvre femme peut &ecirc;tre potentiellement r&eacute;interpr&eacute;t&eacute;e elle aussi comme une transfiguration&nbsp;: L&#8217;histoire prise au pied de la lettre est atroce (litt&eacute;ralement puisque atroce d&eacute;rive vaguement du mot oeil&nbsp;; du latin <I>atrox<\/I> &#8211; &agrave; l&#8217;aspect noir, form&eacute; &agrave; partir d&#8217;<I>oculus<\/I>, l&#8217;oeil). Pourtant il est loisible d&#8217;y voir un sens all&eacute;gorique second, voire une signification anagogique cach&eacute;e, si l&#8217;on garde &agrave; l&#8217;esprit la typologie biblique&nbsp;: 1 Corinthians 13&nbsp;: For we know in part, and we prophesy in part. But when that which is perfect is come, then that which is in part shall be done away. When I was a child, I thought as a child&nbsp;; but when I became a man, I put away childish things. For now we see though a glass darkly&nbsp;; but then face to face: now I know in part&nbsp;; but then I shall know even as I am known ( versets 9-13). Ou encore &#8220;through a glass eye darkly&#8221; pour citer la variante parodique de Mark Twain (dans &#8220;Fenimore Cooper&#8217;s Literary Offences&#8221;).  La jambe artificielle, l&#8217;\u0153il de verre, ces fragments de corps morcel&eacute;s sont symptomatiques du corps d&eacute;membr&eacute; et d&eacute;chu vou&eacute; &agrave; &ecirc;tre remembr&eacute; et transfigur&eacute; par le corps de gloire du Christ lors de la R&eacute;v&eacute;lation finale. L&#8217;histoire profane qui est une s&eacute;rie ind&eacute;finie de profanations, de viols, de vols peut toujours &ecirc;tre spiritualis&eacute;e, relev&eacute;e, rendue sublime par le truchement des Saintes Ecritures,  par la r&eacute;interpr&eacute;tation du sens litt&eacute;ral en une figure de style <I>pointant<\/I> vers un  sens cach&eacute;, absolument primordial <SUP> <A HREF=\"#Note19\">[19]<\/A><\/SUP>. La conversion de l&#8217;un en l&#8217;autre s&#8217;accompagne d&#8217; une interversion de leur rapport de subordination&nbsp;; le sens figur&eacute; n&#8217;est plus une extension d&eacute;riv&eacute;e du sens litt&eacute;ral premier&nbsp;; c&#8217;est l&#8217;esprit de la lettre en substance. <BR><BR><br \/>\nAussi au moment m&ecirc;me o&ugrave; Hulga h&eacute;b&eacute;t&eacute;e semble laiss&eacute;e pour morte , alors  qu&#8217;elle est devenue pareille &agrave; un l&eacute;gume p&eacute;trifi&eacute; et enjambe les r&egrave;gnes (animal, v&eacute;g&eacute;tal et min&eacute;ral), elle  s&#8217;acharne &agrave; se relever. Hulga, m&ecirc;me r&eacute;duite &agrave; n&eacute;ant, reste incorrigiblement poss&eacute;d&eacute;e par le d&eacute;sir d&#8217;&ecirc;tre transport&eacute;e au-del&agrave; et de se transcender divinement. Son regard &eacute;perdu se d&eacute;tourne de son corps mutil&eacute; pour se perdre dans la contemplation d&#8217;un corps qu&#8217;elle se figure &ecirc;tre le sien sublim&eacute;.  L&#8217;esprit de Dieu continue &agrave; habiter l&#8217;Am&eacute;rique fant&ocirc;me  tandis qu&#8217;elle agonise.<BR><BR><br \/>\nEn contrepoint de l&#8217;exp&eacute;rience ind&eacute;finissable d&#8217;Hulga partag&eacute;e entre l&#8217;appel du vide et la vocation de l&#8217;extase,  la fin nous replonge dans l&#8217;univers terre &agrave; terre des deux comm&egrave;res en train de r&eacute;colter des oignons pourris. Mais, l&agrave; encore, le sens du texte se d&eacute;double diaboliquement. A un niveau litt&eacute;ral, l&#8217;oignon putride que Mrs Hopewell d&eacute;terre semble la contrepartie d&eacute;senchant&eacute;e de l&#8217;union mystique r&ecirc;v&eacute;e <SUP> <A HREF=\"#Note20\">[20]<\/A><\/SUP>. Il rappelle la souillure qui est le signe distinctif de la vie ici-bas et semble invalider la parabole du grain qui meurt (&#8220;sown in dishonor[&#8230;] raised in glory&#8221;, 1 Corinthians, 15, 43) qui passe pour l&#8217;all&eacute;gorie de la r&eacute;surrection.  <BR><BR><br \/>\nCependant,  il est &eacute;galement possible de voir dans cette sc&egrave;ne d&#8217;Ang&eacute;lus revue et corrig&eacute;e un sens spirituel second,  &agrave; la lumi&egrave;re d&#8217;un autre passage de la Bible&nbsp;: <BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;So shall also the coming of the Son of Man be. Then shall two be in the field&nbsp;; the one shall be taken, and the other left. Two women shall be grinding at the mill: the one shall be taken, and the other left. Watch therefore: for ye know not what hour your Lord doth come. But know this , that if the goodman of the house had known in what watch the thief would come, he would have watched, and would not have suffered his house to be broken up&#8221; (Matthew 24: 39-43).<\/BLOCKQUOTE><br \/>\nNi&egrave;me variante biblique  sur le th&egrave;me de la venue du Seigneur comme un voleur qui fait &eacute;cho &agrave; d&#8217;autres paraboles sur l&#8217;&eacute;lection et la s&eacute;lection&nbsp;:  celle notamment des vierges sages et des vierges folles repr&eacute;sentant les &eacute;lues et les exclues des noces mystiques (Matthew, 25). <BR><BR><br \/>\nHulga a-t-elle le visage boulevers&eacute; (&#8220;churning&#8221;) parce qu&#8217;elle fait l&#8217;exp&eacute;rience de la gr&acirc;ce ou parce qu&#8217;elle est expos&eacute;e &agrave; l&#8217;&eacute;preuve de  l&#8217;effroi ? D&#8217;autres allusions bibliques compliquent  l&#8217;interpr&eacute;tation comme ce verset extrait du livre des Proverbes&nbsp;: <BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>&#8220;If thou hast done foolishly in lifting up thyself or if thou hast thought evil lay thine hand upon thy mouth. Surely the churning of milk bringeth forth butter and the vibrating of the nose bringeth forth blood, so the forcing of wrath bringeth strife&#8221;( Proverbs, 30).<br \/>\n<\/BLOCKQUOTE>La perte de la jambe semble entamer la partition des interpr&eacute;tations contradictoires.   Ind&eacute;finiment, le sens des signes se d&eacute;double&nbsp;: il est &eacute;cartel&eacute; entre le  litt&eacute;ral et le figur&eacute;, pointe tant&ocirc;t vers l&#8217;ici-bas tomb&eacute; en disgr&acirc;ce, tant&ocirc;t vers l&#8217;arri&egrave;re-pays spirituel , [the] &#8220;good country&#8221; au sens de la patrie c&eacute;leste de l&#8217;&acirc;me (&#8220;her true country&#8221;,214 ).  En outre, chaque nouvelle, est comme prise dans un  jeu de miroirs avec d&#8217;autres nouvelles analogues. Cette  histoire d&#8217;unijambiste d&eacute;trouss&eacute;e correspond par certains c&ocirc;t&eacute;s avec celle d&#8217;un  du manchot voleur de &#8220;The Life You Save May Be Your Own&#8221;&nbsp;; la valise de Pointer n&#8217;est pas sans rapport avec la caisse &agrave; outils de Shiftlet. Le recueil se pr&eacute;sente comme une s&eacute;rie de textes fragmentaires, une suite d&#8217;&eacute;clats dont l&#8217;unit&eacute; symbolique doit &ecirc;tre postul&eacute;e alors m&ecirc;me qu&#8217;elle demeure probl&eacute;matique. <BR><BR><BR><\/p>\n<p>Pour se r&eacute;sumer &agrave; grandes enjamb&eacute;es, &#8220;Good Country People&#8221; est une histoire de dislocation qui ne peut pas ne pas &eacute;voquer l&#8217;&eacute;preuve de l&#8217;an&eacute;antissement subie par les d&eacute;port&eacute;s ( qui dans &#8220;The Displaced Person&#8221; sont le prototype de l&#8217;esp&egrave;ce humaine en voie de disparition)&nbsp;: la valise du commis voyageur et ses troph&eacute;es obsc&egrave;nes, l&#8217;\u0153il de verre, la jambe artificielle, ne font-ils pas penser aux montagnes de valises, aux monceaux de lunettes et m&ecirc;me aux tas de jambes artificielles et d&#8217;yeux de verre retir&eacute;s aux prisonniers avant d&#8217;&ecirc;tre gaz&eacute;s et d&eacute;couverts &agrave; la lib&eacute;ration des camps <SUP> <A HREF=\"#Note21\">[21]<\/A><\/SUP>. Ces vestiges d&eacute;risoires et path&eacute;tiques d&#8217;existences &eacute;vanouies hantent encore notre m&eacute;moire collective. Symboliquement, la jambe artificielle d&#8217;Hulga transporte en condens&eacute; la d&eacute;chirure de l&#8217;Histoire (avec une grande Hache), l&#8217;horreur autant que l&#8217;aurore des temps nouveaux&nbsp;: &#8220;Time is out of joint&#8221;. L&#8217;&egrave;re des hi&eacute;rogamies mystiques est peut-&ecirc;tre r&eacute;volue. On est entr&eacute; dans celle des marionnettes d&eacute;mantibul&eacute;es, des &#8220;mechanical brides&#8221; d&eacute;glingu&eacute;es pour reprendre l&#8217;image de Marshall McLuhan <SUP> <A HREF=\"#Note22\">[22]<\/A><\/SUP>. <BR><BR><br \/>\nIl n&#8217;en reste pas moins que cette histoire  de proth&egrave;ses est ent&eacute;e (greff&eacute;e) <SUP> <A HREF=\"#Note23\">[23]<\/A><\/SUP> sur l&#8217;hypotexte biblique et, du m&ecirc;me coup, son sens se diffracte spectralement: &#8220;put to death your earthly limb&#8221; (Colossians, 3,5)&nbsp;; &#8220;We are members of one another&#8221; (Ephesians, 4 ,25)&nbsp;; &#8220;Better that one limb perish rather than the whole body&#8221; (Matthew, 5, 25), &#8220;And whoever shall exalt himself shall be abased&nbsp;; and he that shall humble himself shall be exalted&#8221; (Matthew, 23, 12), quiconque s&#8217;&eacute;l&egrave;ve sera abaiss&eacute;, etc <SUP> <A HREF=\"#Note24\">[24]<\/A><\/SUP>&#8230; Et ces proverbes bibliques sont du reste parasit&eacute;s par des dictons &agrave; l&#8217;emporte pi&egrave;ce qui leur ressemblent &agrave; s&#8217;y m&eacute;prendre&nbsp;: a lie has no legs. A lie stands on one leg, truth on two. <BR><BR><br \/>\nCeci n&#8217;est donc pas purement et simplement une jambe artificielle, un type d&#8217; objet particuli&egrave;rement d&eacute;spiritualis&eacute; et  disgr&acirc;cieux, car ceci n&#8217;est pas sans &eacute;voquer de surcro&icirc;t la figure du corps du Christ, du legs divin. Il y a &eacute;cart&egrave;lement constitutif entre le sens  litt&eacute;ral et le sens  figur&eacute;. La jambe ne cesse de se d&eacute;placer entre ces p&ocirc;les. Elle est dans une position &#8220;ambulatoire&#8221; pour reprendre la formule de Tocqueville &agrave; propos de la langue am&eacute;ricaine, une langue d&#8217;emprunt o&ugrave; le sens des vocables est perp&eacute;tuellement mouvant <SUP> <A HREF=\"#Note25\">[25]<\/A><\/SUP>. Que v&eacute;hicule au juste une jambe artificielle ? Et peut-on se poser la question de sa signification sans se demander inversement si tout signe n&#8217;est pas au fond une sorte de jambe artificielle ou, du moins, une b&eacute;quille ? La langue anglaise a recours &agrave; l&#8217;exp&eacute;dient d&#8217;une m&eacute;taphore pour le dire&nbsp;: a symbol stands for a(n allegorical) meaning. S&#8217;agit-il d&#8217;une m&eacute;taphore substitu&eacute;e au terme propre qui serait le verbe &#8220;mean&#8221;, ou d&#8217;une catachr&egrave;se, d&#8217;une figure de style qui ne remplace aucun terme propre  et qui est l&#8217;indice r&eacute;v&eacute;lateur du caract&egrave;re fonci&egrave;rement proth&eacute;tique de la langue courante ?   Seuls  sont visibles et lisibles (leg-ible) les fragments disjoints, d&#8217;une totalit&eacute; symbolique fractionn&eacute;e  La conjointure des signes symboliques est comparable &agrave; celles de membres d&eacute;sarticul&eacute;s et elle pose probl&egrave;mecar tout signe partiel de cette totalit&eacute; organique fractur&eacute;e est soit la promesse de la r&eacute;v&eacute;lation d&#8217;une recomposition &agrave; venir, soit une proth&egrave;se qui ne se rattache &agrave; aucun corps substantiel et qui dissimule l&#8217;absence fondamentale d&#8217;un substrat.  Ou bien la jambe artificielle d&#8217;Hulga est la pr&eacute;figuration d&#8217;une transfiguration &eacute;blouissante. Ou bien ce n&#8217;est qu&#8217;un faux-semblant qui r&eacute;pare fallacieusement le d&eacute;chirement insens&eacute; des corps souffrants, un faux-fuyant pour conjurer l&#8217;ab&icirc;me en soi. L&#8217;&eacute;criture au scalpel de Flannery O&#8217;Connor,  prenant les paraboles &agrave; contrepied, s&#8217;ing&eacute;nie &agrave; ne pas spiritualiser le corps, &agrave; le prendre &agrave; la lettre et &agrave; disjoindre le litt&eacute;ral de toute all&eacute;gorie l&eacute;nifiante.  Claire Kahane et Patricia Yaeger entre autres <SUP> <A HREF=\"#Note26\">[26]<\/A><\/SUP> ont mis l&#8217;accent sur la cruaut&eacute; bien r&eacute;elle dont les nouvelles sont le th&eacute;&acirc;tre et Flannery O&#8217;Connor la premi&egrave;re admettait que le spectre du christianisme qui r&ocirc;de et maraude n&#8217;a rien de d&eacute;sincarn&eacute;&nbsp;: &#8220;Ghosts can be very fierce&#8221; <SUP> <A HREF=\"#Note27\">[27]<\/A><\/SUP>. La nouvelle n&#8217;escamote en rien le supplice des corps. Elle met &agrave; nu les rites r&eacute;parateurs qui, tout en administrant compulsivement la torture, visent &agrave; se dissimuler religieusement les mutilations r&eacute;elles. Alors que le protestantisme s&#8217;est d&eacute;tourn&eacute; du corps du Christ  pour sacraliser sa parole (ce qui revient &agrave; confisquer le corps souffrant), Flannery O&#8217;Connor, intraitable, d&eacute;bite des corps &agrave; mesure qu&#8217;elle d&eacute;bite son r&eacute;cit et  met en pi&egrave;ces les f&eacute;tichismes de tout poil qui r&eacute;organisent une liturgie fallacieuse gr&acirc;ce &agrave; quelques reliques. Le protestantisme a d&eacute;nonc&eacute; ce culte idol&acirc;tre du corps propre au catholicisme mais il n&#8217;a pas pour autant d&eacute;pass&eacute; le stade du f&eacute;tichisme puisqu&#8217;il l&#8217;a d&eacute;plac&eacute; en le reportant sur la v&eacute;n&eacute;ration du Verbe.  <BR><BR><br \/>\nAinsi s&#8217;explique peut-&ecirc;tre la fascination de Flannery O&#8217;Connor pour les mutilations qu&#8217;elle envisage &agrave; la fois comme l&#8217;envers d&#8217;une symbolique d&eacute;sincarn&eacute;e et comme la contre-signature  du Dieu cach&eacute;, appos&eacute;e &agrave; m&ecirc;me les corps. L&#8217;amputation est une forme de circoncision  qui est en quelque sorte la marque en creux, en n&eacute;gatif de l&#8217;Alliance du Dieu cach&eacute; qui se soustrait. Se lier &agrave; Dieu c&#8217;est paradoxalement en &ecirc;tre retranch&eacute;. Pas d&#8217;oblation sans ablation.  Il se pourrait que le nom que Joy Hulga croyait s&#8217;&ecirc;tre forg&eacute; de toute pi&egrave;ces lui ait &eacute;t&eacute; &#8220;souffl&eacute;&#8221; (dans tous les sens du terme, inspir&eacute;, vol&eacute;) par Dieu en personne qui se retire. C&#8217;est certes un nom disgr&acirc;cieux comme on l&#8217;a vu puisqu&#8217;il &eacute;voque une Olga m&eacute;tamorphos&eacute;e en une sorte de  baleine beluga. N&eacute;anmoins il rappelle encore vaguement Helga, le pr&eacute;nom russe qui signifie &#8220;sacr&eacute;&#8221; et, de fait,  il peut &ecirc;tre lu comme un palimpseste du sceau divin. Hulga peut se d&eacute;composer en  H \/ ul \/ ga. H dans la Bible est le graphe qui porte la griffe de Dieu, le graphe greff&eacute; sur le nom d&#8217;Abram et de Sara&iuml; en signe de l&#8217;Alliance (Genesis,17,5 et 15). Leur pr&eacute;nom d&#8217;origine est pour ainsi dire incis&eacute;. La lettre H ins&eacute;r&eacute;e au coeur de leur nom (en rh&eacute;torique on appelle epenth&egrave;se l&#8217;addition d&#8217;une lettre au coeur d&#8217;un mot) est la marque du souffle divin insuffl&eacute; aux &ecirc;tres de chair pour qu&#8217;ils deviennent lettres vives (2 Corinthians, 3,3). Abra<B>h<\/B>am, Sara<B>h<\/B> avec un H. Simultan&eacute;ment, Dieu institue le rite de la circoncision pour distinguer le peuple &eacute;lu. Il s&#8217;agit de les s&eacute;parer mais il s&#8217;agit aussi de s&#8217;unir &agrave; eux en les retranchant, m&ecirc;me s&#8217;il y a quelque paradoxe comme l&#8217;a soulign&eacute; Jacques D&eacute;rrida dans <I>Glas<\/I>, &agrave; former une alliance en tranchant dans le vif. YHWH au nom impronon&ccedil;able circoncit les noms et les corps &agrave; coups de H. Le H aspir&eacute; , le glyphe de de Dieu plac&eacute; en t&ecirc;te du mot (en rh&eacute;torique on nomme cela prosth&egrave;se ou encore proth&egrave;se) le donne &agrave; lire de gauche &agrave; droite, de &#8220;ul&#8221; en &#8220;ga&#8221;, d&#8217;alpha en om&eacute;ga, du royaume des Cieux d&#8217;o&ugrave; tout mortel est par nature exil&eacute; (&#8220;displaced&#8221;), d&egrave;s l&#8217;origine, jusqu&#8217;&agrave; la G&eacute;orgie actuelle (immatricul&eacute;e Ga), son lieu de rel&eacute;gation. Le nom de Dieu s&#8217;incarne comme le scalpel entre dans la chair. La crucifixion est cette perforation, ce <I>punctum<\/I>, qui r&eacute;v&egrave;le le vide qui pointe sous le corps d&eacute;chir&eacute;. Le vide qui perce sous le corps lac&eacute;r&eacute; du Fils crucifi&eacute; est le vrai visage du P&egrave;re et il est significatif que. l&#8217;incarnation se nomme dans la tradition patristique <I>k&eacute;nose<\/I> qui signifie&nbsp;:&nbsp;&eacute;videment. Prendre corps revient paradoxalement &agrave; s&#8217;&eacute;vider. Tandis que le P&egrave;re prend corps sous les traits du Crucifi&eacute;, ce dernier, consubstantiel au P&egrave;re, entame conjointement la d&eacute;sincarnation et pointe vers le P&egrave;re en retrait.  Dire que Dieu prend corps  revient &agrave; dire qu&#8217;il s&#8217;incarne en son Fils et qu&#8217;il s&#8217;efface simultan&eacute;ment, qu&#8217;il se retire. Le  nom d&#8217;emprunt de ce sacr&eacute; <I>trickster<\/I> qu&#8217;est Manly Pointer pointe vers le poin&ccedil;on divin&nbsp;: &#8220;He stopped and pointed, with a smile, to the deck of cards&#8221; (290)  L&#8217;histoire &eacute;difiante que Manley Pointer raconte &agrave; Mrs Hopewell pour endormir ses soup&ccedil;ons est conforme &agrave; l&#8217;esprit du christianisme, m&ecirc;me s&#8217;il affabule sans doute&nbsp;: &#8220;He said he was the seventh child of twelve and that his father had een crushed under a tree when he himself was eight year old. He had been crushed very badly, almost cut in two and was practically not recognizable&#8221; (280). Le p&egrave;re &eacute;cras&eacute; par un arbre qui le fend en deux fait penser &agrave; cet arbre qu&#8217;est la croix qui divise le divin en deux au point de le rendre m&eacute;connaissable.  Le visage du Fils sur la Croix c&#8217;est le masque du P&egrave;re incorporel qui est absent, en retrait alors que m&ecirc;me que son fils compara&icirc;t. Le visage du Fils est aussi la marque du P&egrave;re invisible qui se d&eacute;tourne et se d&eacute;robe. Le visage est encore un masque et la d&eacute;figuration est sans fin et sans fond. <BR><BR><br \/>\nSi Dieu se d&eacute;guise en voleur, assume le masque du larron, c&#8217;est que le propre de Dieu est non seulement de se donner pour ce qu&#8217;il n&#8217;est pas mais d&#8217;&ecirc;tre sans propri&eacute;t&eacute;s. Il est celui qui est, sans l&#8217;&ecirc;tre, plus ou moins semblable et dissemblable de fa&ccedil;on concomitante puisqu&#8217;il subsume le spectre infini de ses cr&eacute;atures. Alors la divine com&eacute;die risque fort d&#8217;&ecirc;tre un th&eacute;&acirc;tre d&#8217;ombres, un interminable d&eacute;fil&eacute; de simulacres sans substance o&ugrave; Dieu n&#8217;est plus le garant fondamental de la v&eacute;rit&eacute;, l&#8217;Etre Supr&ecirc;me exalt&eacute; par St Thomas d&#8217;Acquin entre autres comme le fondement absolu,  puisque lui aussi donne dans la mascarade et qu&#8217;il inaugure la ronde des r&ocirc;les &agrave; l&#8217;infini. Il se pourrait qu&#8217;il n&#8217;y ait que des proth&egrave;ses sans corps, des masques sans visage, des signes sans substance. <BR><BR><br \/>\nDans la nouvelle, l&#8217;hypoth&eacute;tique sauveur-voleur,  Manley Pointer dont on ne sait pas grand chose sauf le nom n&#8217;est pas sans rappeler certains traits d&#8217;autres personnages&nbsp;: son pr&eacute;nom est l&#8217;anagramme de celui du mari de Carramae, Lyman. Lyman\/ Manl(e)y, les identit&eacute;s s&#8217;&eacute;changent se transf&egrave;rent d&#8217;un figurant &agrave; l&#8217;autre.  Comme Pointer, Mrs Freeman a le regard ac&eacute;r&eacute; (&#8220;steel-pointed eyes&#8221;, 275) et son nom semble empi&eacute;ter sur celui de Manley&nbsp;; ensemble ils forment l&#8217;&eacute;trange mutant hermaphrodite,  Free-man-ley-Pointer. Manley Pointer n&#8217;est il pas apr&egrave;s tout l&#8217;anagramme de <I>namely in trope<\/I> ?  Dans le kal&eacute;idoscope des identit&eacute;s fictives, le nom de Dieu, si tant est qu&#8217;il existe, ne  s&#8217;exprime qu&#8217;en figures. <BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Notes<\/B><\/U><BR><BR><\/p>\n<p><A Name=\"Note1\"><\/A> [1] Luke, 12, 35-48 et 1 Thessalonians 5, 1-11<BR><br \/>\n<A Name=\"Note2\"><\/A> [2] Jean-Louis Chr&eacute;tien, <I>Lueur du secret<\/I>, Paris, l&#8217;Herne, 1985, pp.224-227<BR><br \/>\n<A Name=\"Note3\"><\/A> [3] Jean-Luc Marion, <I>Dieu sans l&#8217;&ecirc;tre<\/I>, Paris, Communio-Fayard, 1982, chapitre III<BR><br \/>\n<A Name=\"Note4\"><\/A> [4] &#8220;The religion of the South is a do it yourself religion&#8221; (Lettre &agrave; J Hawkes du 13 sept 1959, <I>Collected Works<\/I>, Library of America, 1107)<BR><br \/>\n<A Name=\"Note5\"><\/A> [5] Ralph Wood commente ce passage qui est une citation tronqu&eacute;e de &#8220;Qu&#8217;est-ce que la m&eacute;taphysique&#8221;(1929) dans <I>Flannery O&#8217;Connor and the Christ-Haunted South<\/I>, Eerdmans Publishing, 2004, 199-204<BR><br \/>\n<A Name=\"Note6\"><\/A> [6] Joanne Halleran McMullen a relev&eacute; ce jeu de mots dans <I>Writing Against God: Language as Message in the Literature of Flannery O&#8217;Connor<\/I>, Mercer University Press, 1996.<br \/>\n<A Name=\"Note7\"><\/A> [7] <I>A Defence of Poetry<\/I>, 1821.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note8\"><\/A> [8] Voir le bel article de Nicole Ollier, &#8220;Les objets ont-ils une &acirc;me ?&#8221; in Annick Duperray (ed.), <I>The Complete Stories: Flannery O&#8217;Connor<\/I>, Ellipses, 2004, p.79.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note9\"><\/A> [9] Ch. 24, <I>The Confidence Man: His Masquerade<\/I>, Oxford University Press, 1989, p.178.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note10\"><\/A> [10] Je m&#8217;inspire ici de l&#8217;analyse d&eacute;taill&eacute;e de ces variations subtiles faite par Gwen Le Cor dans son article&nbsp;: &#8220;Storytelling and the interplay of voices in Flannery O&#8217;Connor&#8217;s Short Stories&#8221;, in Marie-Claude Perrin Chenour (ed.) <I>Flannery O&#8217;Connor. The Complete Stories<\/I>, Editions du Temps, 2004, 196-197. Voir aussi le commentaire de Claude Fleurdorge sur ce syntagme, &#8220;<I>Good Country People<\/I> ou la visite &agrave; la vieille dame&nbsp;: examen d&#8217;une pratique signifiante&#8221;, <I>Delta<\/I>, n\u00b02, Mars 1976, pp.91-92.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note11\"><\/A> [11] Si &#8220;chicken&#8221; a entre autres le sens de &#8220;puceau&#8221; en argot,  il est inutile d&#8217;&eacute;piloguer sur les sous-entendus gravaleux de &#8220;eat&#8221;.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note12\"><\/A> [12] Andr&eacute; Bleikasten l&#8217;a fait observer en une formule lumineuse&nbsp;: &#8220;Rien de plus obsc&egrave;ne que ce viol par privation. Car en cette b&eacute;ance combl&eacute;e par une proth&egrave;se, l&agrave; o&ugrave; sa chair fut amput&eacute;e, o&ugrave; son corps lui faisait d&eacute;faut, cette mat&eacute;rialiste militante avait log&eacute; son &acirc;me&#8221;. <I>Flannery O&#8217;Connor. In Extremis.<\/I>  Paris, Belin, 2004, 53-54.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note13\"><\/A> [13] Marshall Bruce Gentry a rapproch&eacute; les deux noms dans <I>Flannery O&#8217;Connor&#8217;s Religion of the Grotesque<\/I>, University Press of Mississippi, 1986, p.116 et il pr&eacute;cise&nbsp;: &#8220;It is also interesting that &#8220;Malebranche&#8221; is the name of the demons in the eigth circle, fifth pouch of the <I>Inferno<\/I> (Cantos 21-23). In Canto 22 the Malebranche try to tear a Barrator apart (by tearing his limbs off)&#8221;<BR><br \/>\n<A Name=\"Note14\"><\/A> [14] On pense &agrave; la poup&eacute;e de Hans Bellmer (1936) &agrave; qui il manque une jambe.<BR> Photographie extraite des <I>Jeux de la Poup&eacute;e<\/I>, in Anne Egger,  <I>Le Surr&eacute;alisme<\/I>, Paris, Scala, 2002, p.100.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note15\"><\/A> [15] La formule revient par deux fois au moins dans les essais de Flannery O&#8217;Connor. &#8220;I think it safe to say that while the South is hardly Christ-centered, it is most certainly Christ-haunted&#8221; (&#8220;The Grotesque in Southern Fiction&#8221;, <I>Collected Works<\/I>, Library of America, p.818, &#8220;The Catholic Novelist in the South&#8221;, <I>Collected Works<\/I>, p.861).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note16\"><\/A> [16] Voir l&#8217;Annonciation attribu&eacute;e &agrave;  Fra Angelico au Mus&eacute;e du Prado &agrave; Madrid. On en trouvera une reproduction notamment dans le livre d&#8217;entretiens de Daniel Arasse, <I>Histoires de Peintures<\/I>, Deno&euml;l, 2005, illustration 17.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note17\"><\/A> [17] Voir David Havird, &#8220;The Saving Rape: Flannery O&#8217;Connor and Patriarchal Religion&#8221;, <I>Mississippi Quarterly<\/I>, Winter 1993-1994, 47 (1), 15-26.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note18\"><\/A> [18] Voir Jean-No&euml;l Vuarnet, <I>Extases f&eacute;minines<\/I>,  Arthaud, 1980&nbsp;; <I>Le Dieu des femmes<\/I>, L&#8217;Herne . Un article ancien de <I>Lib&eacute;ration<\/I> (1er F&eacute;vrier 1990), intitul&eacute; &#8220;Les Belles du Seigneur&#8221;, rappelle les propos d&#8217; Ang&egrave;le de Folino saisie par le Christ&nbsp;: &#8220;Debout pr&egrave;s de la croix, je me d&eacute;pouillai de tous mes v&ecirc;tements et m&#8217;offris &agrave; lui. Il me dit&nbsp;: je vais te remplir et te quitter. Il ne s&#8217;en alla pas tout d&#8217;un coup, il se retira lentement, majestueusement, avec une immense douceur&#8221;. Joris-Karl Huysmans a d&eacute;crit les d&eacute;licieux supplices  que le Divin Amant offrait &agrave; Sainte Lydwine de Schiedam qui pour respecter le voeu de virginit&eacute; pria Dieu de l&#8217;affliger de quelque difformit&eacute; et de l&#8217;enlaider. Ce voeu fut exauc&eacute;&nbsp;: &#8220;L&#8217;avenance m&ecirc;me de ses traits disparut dans les saillies et les vides d&#8217;une face qui, de blanche et rose qu&#8217;elle &eacute;tait, verdit puis se cendra [&#8230;] puis ce fut le mal redout&eacute; du Moyen Age, le feu sacr&eacute; ou le mal des ardents, qui entreprit le bras droit et en consuma les chairs jusqu&#8217;aux os&nbsp;; les nerfs se tordirent et &eacute;clat&egrave;rent, sauf un qui retint le bras et l&#8217;emp&ecirc;cha de se d&eacute;tacher du tronc. [&#8230;] Le cr&acirc;ne se fendit de la racine des cheveux jusqu&#8217;au milieu du nez&nbsp;; le menton se d&eacute;colla sous la l&egrave;vre inf&eacute;rieure et la bouche enfla&nbsp;: l&#8217;oeil droit s&#8217;&eacute;teignit [&#8230;] Apr&egrave;s une esquinancie qui l&#8217;&eacute;touffa, elle perdit le sang, par la bouche, par les oreilles, par le nez, avec  une telle profusion que le lit ruisselait&#8221;.  Michel de Certeau s&#8217;est int&eacute;ress&eacute; &agrave; d&#8217;autres cas de possession mystique (Louise du N&eacute;ant, soeur Jeanne des Anges), notamment dans <I>La fable mystique<\/I>, Gallimard, 1982.  <BR><br \/>\n<A Name=\"Note19\"><\/A> [19] Voir &agrave; ce sujet l&#8217;article d&#8217;Isabelle Boof-Vermesse, &#8220;&#8216;La lettre tue&#8217;&nbsp;: litt&eacute;ralit&eacute; et all&eacute;gorie dans les nouvelles de Flannery O&#8217;Connor&#8221; in Marie-Claude Perrin Chenour, <I>Flannery O&#8217;Connor, The Complete Stories<\/I>, Editions du Temps, 2004, pp-109-126<BR><br \/>\n<A Name=\"Note20\"><\/A> [20] Ces oignons (&#8220;onions&#8221;) c&#8217;est ce qu&#8217;il subsiste des &#8220;opinions&#8221; courantes &eacute;chang&eacute;es par les deux comm&egrave;res et us&eacute;es jusqu&#8217;au trognon: &#8220;well, other people have their opinions too&#8221;(273). Des &#8220;opinions&#8221; de la conversation inaugurale aux &#8220;onions&#8221; de la fin, le raccourci est saisissant. Les mots, comme les jambes qui flanchent, ont tendance &agrave; tomber en syncope, comme si la langue fourchait et se mettait &agrave; claudiquer. On peut se demander si, &agrave; l&#8217;issue de ce <I>Pilgrim&#8217;s Progress<\/I> parodique (voir Fleurdorge, <I>Delta<\/I>, mars 1976, p.125), les &#8220;<I>onions<\/I>&#8221; ne seraient pas ce qu&#8217;il subsiste de Bunyan, une fois amput&eacute; de sa proth&egrave;se (au sens rh&eacute;torique du terme), la lettre B rajout&eacute;e au radical. &Ocirc;tez &agrave; Bunyan sa proth&egrave;se et il se restera plus de lui que l&#8217;oignon pourri que son nom glorieux enveloppait. D&eacute;cid&eacute;ment, la langue tangue et, de lapsus en lapsus, n&#8217;en finit pas de glisser.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note21\"><\/A> [21] Le mus&eacute;e d&#8217; Auschwitz expose ces reliques. Les images des charniers hantent non seulement Mrs Shortley (196, 209) mais Mrs Cope (190) et Flannery O&#8217;Connor bien s&ucirc;r&nbsp;: &#8220;When tenderness is detached from the source of tenderness [Christ], its logical outcome is terror. It ends in forced labor camps and in the fumes of the gaz chamber&#8221;, &#8220;Introduction to A Memoir of Mary Ann&#8221;, <I>Collected Works<\/I>, Library of America, 830-831).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note22\"><\/A> [22] Jon Lance Bacon mentionne &agrave; plusieurs reprises l&#8217;influence de l&#8217;essai de Mashall Mc Luhan, <I>The Mechanical Bride<\/I>, dans son ouvrage, <I>Flannery O&#8217;Connor and Cold War Culture<\/I>, Cambridge University Press, 1993. <BR><br \/>\n<A Name=\"Note23\"><\/A> [23] &#8220;Entez. Ce mot est de grand poids.[&#8230;] Il ne signifie pas seulement conformit&eacute; d&#8217;exemple mais emporte une conjonctionsecr&egrave;te par laquelle nous sommes tellement unis &agrave; luy [le Christ] que nous donnant vie par son Esprit, il fait passer et comme descouler sa vertu en nous [&#8230;] En cest entement spirituel non seulement nous tirons de Christ vigueur, et comme une mo&euml;lle de vie, mais nous passons de nostre nature en la sienne&#8221;, Calvin, Commentaires de l&#8217;Ep&icirc;tre aux Romains, VI, 5, cit&eacute; par Jean-Pierre Josua, <I>Seul avec Dieu. L&#8217;aventure mystique<\/I>, Paris, D&eacute;couvertes Gallimard, p.150.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note24\"><\/A> [24] L allusion aux conserves de figues et aux c&egrave;dres prend tout son sens si l&#8217;on se souvient de l&#8217;allusion au figuier qui porte ses fruits au chapitre 24 de l&#8217;&eacute;vangile selon St Mathieu (24, 32)  et au c&egrave;dre que Dieu abat  au chapitre 31 du livre d&#8217;Ez&eacute;chiel (31, 3). <BR><br \/>\n<A Name=\"Note25\"><\/A> [25] Tocqueville, <I>De la D&eacute;mocratie en Am&eacute;rique<\/I>, II, chapitre XVI, Folio Gallimard, p.98.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note26\"><\/A> [26] Claire Kahane, &#8220;Flannery O&#8217;Connor&#8217;s Rage of Vision&#8221; in Melvin J.Friedman and Beverly Lyon Clark, <I>Critical Essays on Flannery O&#8217;Connor,<\/I> Boston, GK.Hall, 1985, pp.119-130.<BR> Patricia Yaeger, &#8220;Flannery O&#8217;Connor and the Aesthetics of Torture&#8221; in Sura P.Rath et Mary Neff Shaw, eds, <I>Flannery O&#8217;Connor: New Perspectives<\/I>, Athens, University of Georgia Press, 1996, pp.183-206.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note27\"><\/A> [27] L&#8217;expression revient &eacute;galement deux fois sous la plume de Flannery O&#8217;Connor dans les essais pr&eacute;c&eacute;demment cit&eacute;s&nbsp;: &#8220;Ghosts can be very fierce and instructive&#8221;(<I>Collected Works<\/I>, p.818, 861).<BR><\/p>\n<p><BR><BR><br \/>\n<\/HTML><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par&nbsp;: Michel Imbert Dans &#8220;Good Country People&#8221; (1955), une double intrigue se trame sur fond de divine com&eacute;die&nbsp;: une intellectuelle farouchement ath&eacute;e entreprend de s&eacute;duire un petit vendeur de bibles qui s&#8217;av&egrave;re &ecirc;tre un sacr&eacute; pervers. 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