{"id":48,"date":"2005-03-03T18:25:28","date_gmt":"2005-03-03T18:25:28","guid":{"rendered":"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/2005\/03\/03\/les-amnesiques-de-flannery-oconnor\/"},"modified":"2023-07-21T15:53:27","modified_gmt":"2023-07-21T13:53:27","slug":"les-amnesiques-de-flannery-oconnor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?p=48","title":{"rendered":"<I>Les Amn\u00e9siques<\/I> de Flannery O&#8217;Connor"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-47\" src=\"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/arton23.jpg\" width=\"149\" height=\"112\" \/><\/p>\n<p> <HTML><DIV align=\"left\">par : <A HREF=\"mailto:aguillain@wanadoo.fr\">Aur&eacute;lie Guillain<\/A><\/DIV> <BR><BR><\/p>\n<p>L&#8217;&eacute;criture de Flannery O&#8217;Connor n&#8217;est pas une &eacute;criture exp&eacute;rimentale au sens habituel du terme ; son maniement de la chronologie du r&eacute;cit reste traditionnel. Assez souvent, la narration suit l&#8217;ordre chronologique des &eacute;v&eacute;nements, ou bien adopte la technique du conteur qui commence par une sc&egrave;ne <I>in medias res <\/I>pour susciter un sentiment de l&eacute;ger suspend et d&#8217;attente, pour donner ensuite les explications attendues par le biais d&#8217;une analepse (<I>Good Country People, Judgement Day, Parker&#8217;s Back, A Stroke of Good Fortune<\/I> en sont quelques exemples).<BR><BR><br \/>\nMalgr&eacute; ce maniement rassurant de la chronologie narrative, la plupart des r&eacute;cits proposent une vision d&eacute;rangeante de la succession temporelle : l&#8217;intrigue s&#8217;organise souvent autour d&#8217;un saut ou d&#8217;une rupture caus&eacute;s par l&#8217;irruption impr&eacute;visible d&#8217;un &eacute;v&eacute;nement qui met en d&eacute;faut la vision d&eacute;terministe du temps (le d&eacute;terminisme suppose en effet qu&#8217;en connaissant une situation initiale, on peut pr&eacute;dire, &agrave; peu de choses pr&egrave;s, quelle sera la situation suivante).<BR><BR><br \/>\nA cause de ce &#8221; manque de suivi &#8221; dans l&#8217;intrigue, la plupart des r&eacute;cits ont beau administrer de bonnes le&ccedil;ons &agrave; leurs protagonistes, ils n&#8217;en contrarient pas moins certaines exigences du roman d&#8217;&eacute;ducation : par exemple, l&#8217;hypoth&egrave;se d&#8217;une continuit&eacute; entre les diff&eacute;rentes &eacute;tapes de l&#8217;&eacute;ducation du h&eacute;ros, ce qui permet g&eacute;n&eacute;ralement de pr&eacute;senter l&#8217;&eacute;ducation comme un d&eacute;veloppement, une &eacute;volution, un progr&egrave;s dans la connaissance que le protagoniste a de lui-m&ecirc;me. Or, dans les nouvelles de Flannery O&#8217;Connor, le tournant est souvent un moment d&#8217;intense abrutissement : le protagoniste devient proche de la brute, c&#8217;est-&agrave;-dire de l&#8217;animal. Son intelligence de lui-m&ecirc;me et de sa situation est rarement augment&eacute;e. Il perd souvent la parole ; perdant l&#8217;usage du <I>logos<\/I>, il perd raison et langage tout &agrave; la fois. Presque aussi souvent, il perd la m&eacute;moire. <BR><BR><br \/>\nCette amn&eacute;sie est-elle seulement l&#8217;une des formes prise par l&#8217;humiliation de la cr&eacute;ature lorsque cette derni&egrave;re est plac&eacute;e devant son cr&eacute;ateur?  La perte de m&eacute;moire a peut-&ecirc;tre un r&ocirc;le plus fondamental &agrave; jouer : en effet l&#8217;amn&eacute;sie sugg&egrave;re que le tournant de l&#8217;intrigue n&#8217;est pas seulement un &eacute;v&eacute;nement d&eacute;vastateur et appauvrissant, mais qu&#8217;il fait aussi de l&#8217;homme une cr&eacute;ature vivant dans l&#8217;instant, sans pass&eacute; ni avenir, sautant d&#8217;un instant d&eacute;cisif &agrave; un autre. Une telle insistance sur l&#8217;amn&eacute;sie permet de d&eacute;finir l&#8217;&eacute;criture et l&#8217;esth&eacute;tique de Flannery O&#8217;Connor par opposition &agrave; d&#8217;autres types d&#8217;esth&eacute;tiques, celles qui pr&eacute;cis&eacute;ment font de toute vision valable une forme de rem&eacute;moration, de r&eacute;miniscence, de synth&egrave;se entre pass&eacute; et pr&eacute;sent (nous pouvons songer &agrave; Proust, chez qui le sujet se construisant dans la litt&eacute;rature est une subjectivit&eacute; vivant de r&eacute;miniscences, ou encore &agrave; James Joyce, qui fait de l&#8217;&eacute;criture un palimpseste, une m&eacute;moire vivante des textes pass&eacute;s). L&#8217;&eacute;criture de Flannery O&#8217;Connor, au contraire, se livre &agrave; une d&eacute;valuation constante du souvenir. <BR><BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>I.\tTrompe-l&#8217;\u0153il :<\/B><\/U><BR><BR><br \/>\nDans le souvenir, le sujet a le sentiment d&#8217;une identit&eacute;, ou au moins d&#8217;une continuit&eacute; entre ce qu&#8217;il a &eacute;t&eacute; et ce qu&#8217;il est actuellement. Comme les autres modes de la conscience de soi, le souvenir est d&eacute;crit dans les nouvelles de Flannery O&#8217;Connor comme une fiction en cours de fabrication : cette fiction est produite ici et maintenant.<BR><BR><br \/>\nLe paradigme du souvenir factice est donn&eacute; par le souvenir de fa&ccedil;ade que les escrocs produisent sur mesure : les imposteurs sont ceux qui parlent le plus volontiers de leur pass&eacute;, et avec le plus de volubilit&eacute;. Chez Manley Pointer (<I>Good Country People<\/I>) et Mr. Shiftlet (<I>The Life You Save May Be Your Own<\/I>), le r&eacute;cit du pass&eacute; est invent&eacute; de toutes pi&egrave;ces : tiss&eacute; de pi&egrave;ces rapport&eacute;es, il n&#8217;a pas de valeur r&eacute;f&eacute;rentielle ; Manley Pointer offre &agrave; son auditoire le r&eacute;cit d&#8217;un accident qui a litt&eacute;ralement coup&eacute; le corps de son p&egrave;re en deux, r&eacute;cit qui n&#8217;a pas valeur r&eacute;f&eacute;rentielle mais seulement fonction de leurre, puisqu&#8217;il pr&eacute;sente &agrave; la jeune femme l&#8217;image s&eacute;duisante car sp&eacute;culaire de son propre corps, qui a &eacute;t&eacute; lui aussi sectionn&eacute; (280). Pointer le bien nomm&eacute; &#8221; pointe &#8221; en direction d&#8217;un &eacute;v&eacute;nement pass&eacute; comme s&#8217;il indiquait la r&eacute;f&eacute;rence de son discours, mais ses paroles ne font que produire une illusion r&eacute;f&eacute;rentielle. Le discours de l&#8217;escroc est donc un trompe-l&#8217;\u0153il qui produirait une illusion de profondeur temporelle. L&#8217;autre escroc, Mr. Shiflet, se prom&egrave;ne avec une bo&icirc;te &agrave; outils, embl&egrave;me de son activit&eacute; principale : la r&eacute;paration et le bricolage &#8221; there ain&#8217;t a broken thing on this plantation that I couldn&#8217;t fix for you &#8221; (149). Il fait red&eacute;marrer une voiture en panne, fait fonctionner les cordes vocales d&#8217;une jeune muette (150) ; et surtout, en tant que locuteur, il fait repartir des bribes de r&eacute;cits d&eacute;j&agrave; utilis&eacute;s ailleurs en les faisant passer pour le r&eacute;cit de son pass&eacute; (ainsi, la comparaison de Lucynell Crater avec un ange du Seigneur, une fois emprunt&eacute;e au serveur du restaurant, est r&eacute;utilis&eacute;e pour &eacute;voquer un pass&eacute; familial factice). Shiftlet, l&#8217;homme du d&eacute;placement (&#8221; shift &#8220;), d&eacute;place des fragments de r&eacute;cits d&#8217;un contexte &agrave; l&#8217;autre, produisant ainsi l&#8217;illusion d&#8217;un pass&eacute; exhib&eacute; en trompe-l&#8217;oeil.<BR><br \/>\nCertes on pourrait dire que c&#8217;est le propre de la figure de l&#8217;escroc. Susciter une croyance sans fondement, faire croire &agrave; un pass&eacute; fictif, tel est son r&ocirc;le. Mais chez O&#8217;Connor comme chez Melville, la figure du <I>confidence man <\/I>invite le lecteur &agrave; une attitude de soup&ccedil;on g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;. Chez O&#8217;Connor, l&#8217;image du pass&eacute; semble constamment factice : m&ecirc;me les personnages de bonne foi, ceux qui croient &agrave; leurs propres souvenirs, se les sont invent&eacute;s.<BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>II.\tLa mise en sc&egrave;ne du pass&eacute;<\/B><\/U><BR><BR><\/p>\n<p>Dans <I>A Late Encounter with the Enemy<\/I>, en fait d&#8217;images du pass&eacute;, c&#8217;est un m&eacute;canisme de production d&#8217;images sc&eacute;niques qui est mis &agrave; nu. L&#8217;ironie de la situation est manifeste: Sash est un vieillard s&eacute;nile, qui vit dans l&#8217;instant comme un chat et ne souvient de rien : &#8221; The past and the future were the same thing to him, one forgotten and the other not remembered ; he had no more notion of dying than a cat &#8221; (139) ; &#8221; What happened then wasn&#8217;t anything to a man living now and he was living now &#8221; (142). Or c&#8217;est pr&eacute;cis&eacute;ment cet homme sans souvenir qui sera utilis&eacute; dans le r&ocirc;le du vivant souvenir du pass&eacute; ; il est pris dans diverses mises en sc&egrave;ne du soldat conf&eacute;d&eacute;r&eacute;, celles que produisent l&#8217;industrie cin&eacute;matographique ou les mus&eacute;es, et celle de sa petite fille, Sally Poker Sash, qui le r&eacute;quisitionne pour figurer dans la mise en sc&egrave;ne de son pass&eacute; familial, lors d&#8217;une remise de dipl&ocirc;mes.<BR><BR><br \/>\nDans le r&ecirc;ve liminaire de Sally Poker Sash, le lecteur voit appara&icirc;tre ce qui est refoul&eacute; par la mise en sc&egrave;ne du pass&eacute; : un corps nu, obsc&egrave;ne au sens &eacute;tymologique du terme, c&#8217;est-&agrave;-dire au sens de ce qui ne doit appara&icirc;tre sur aucune sc&egrave;ne, mis &agrave; part celle du r&ecirc;ve : &#8221; (she) found him in his wheel chair behind her with a terrible expression on his face and with all his clothes off except the general&#8217;s hat and she had waked up and not dared to go back to sleep again that night &#8221; (135). Sur les sc&egrave;nes diurnes, au contraire, la nudit&eacute; obsc&egrave;ne du corps pr&eacute;sent est voil&eacute;e. Ou plus exactement, elle est habill&eacute;e : l&#8217;&ecirc;tre animal qui vit dans l&#8217;instant est rev&ecirc;tu d&#8217;un uniforme et utilis&eacute; comme mat&eacute;riau de la comm&eacute;moration. Le corps pr&eacute;sent est alors costum&eacute; en corps du temps pass&eacute;, et s&#8217;int&egrave;gre ainsi &agrave; une reconstitution mythique de l&#8217;&eacute;v&eacute;nement pass&eacute; (&#8220;battles they would soon see daringly re-enacted on the screen &#8221; (138)).<BR><BR><br \/>\nL&#8217;uniforme est un costume emprunt&eacute; (136), une fausse relique qui n&#8217;est m&ecirc;me pas un indice du pass&eacute; (un signe indiciel aurait &eacute;t&eacute; en contact avec sa r&eacute;f&eacute;rence, alors que le costume du soldat conf&eacute;d&eacute;r&eacute; est seulement un signe iconique, qui ne fait que ressembler &agrave; ce qu&#8217;il repr&eacute;sente). Quant au titre de g&eacute;n&eacute;ral dont le pr&eacute;sentateur affuble le vieillard, il est &eacute;galement inauthentique (137). Tout comme dans le discours des <I>confidence men<\/I>, les signes qui renvoient ici au pass&eacute; sont des pi&egrave;ces de fausse monnaie qui s&#8217;&eacute;changent effectivement, mais qui ne renvoient &agrave; aucune r&eacute;f&eacute;rence .<SUP> <A HREF=\"#Note1\">[1]<\/A><\/SUP><BR><BR><br \/>\nDans la nouvelle, les rouages th&eacute;&acirc;traux de ces comm&eacute;morations sont expos&eacute;s avec insistance, au point que les machines produisant les images du pass&eacute; deviennent l&#8217;objet principal du r&eacute;cit satirique. Le souvenir y est enti&egrave;rement r&eacute;ifi&eacute;, comme si l&#8217;absence de perception subjective du pass&eacute; chez le vieillard s&#8217;accompagnait d&#8217;une prolif&eacute;ration des objets comm&eacute;moratifs, qui prennent toute la place : pas d&#8217;image mn&eacute;sique, seulement des objets qui rappellent le pass&eacute;. La nouvelle met &eacute;galement l&#8217;accent sur la fonction pragmatique du souvenir factice, dont l&#8217;utilit&eacute; est d&eacute;finie en termes &eacute;conomiques : les images du pass&eacute; sont produites et utilis&eacute;es pour obtenir un profit, que ce dernier soit d&#8217;ordre financier (dans l&#8217;industrie cin&eacute;matographique) ou narcissique (chez les Sash). M&ecirc;me le vieillard retire de ces exhibitions publiques un profit narcissique d&eacute;crit comme l&#8217;assouvissement d&#8217;une soif puissante : &#8221; his voracious gray eyes drinking in the glare and the applause &#8221; (138).<BR><BR><br \/>\n<I>A Late Encounter with the Enemy <\/I>sugg&egrave;re que la m&eacute;moire qu&#8217;un peuple, qu&#8217;une famille ou qu&#8217;un individu ont d&#8217;eux-m&ecirc;mes est <I>toujours fausse<\/I>, au sens o&ugrave; elle est toujours factice. Le souvenir n&#8217;a pas ici valeur de trace, d&#8217;archive ; il n&#8217;a pas non plus valeur d&#8217;op&eacute;ration mentale, de vision. Lorsque le vieillard retrouve la m&eacute;moire &agrave; la fin du r&eacute;cit, c&#8217;est tr&egrave;s pr&eacute;cis&eacute;ment au moment de mourir, au moment o&ugrave; le sujet va s&#8217;an&eacute;antir. Ce qui est alors retrouv&eacute;, ce n&#8217;est pas une int&eacute;riorit&eacute;, une forme de conscience de soi. Au contraire, c&#8217;est l&#8217;ennemi, celui qui va an&eacute;antir le sujet qui est rencontr&eacute;.<BR><BR><BR> <\/p>\n<p><U><B>III.\tL&#8217;instant crucial<\/B><\/U><BR><BR><\/p>\n<p><I>A Good Man is Hard to Find <\/I>commence, elle aussi, par une satire des souvenirs factices du Vieux Sud : la grand-m&egrave;re pense de bonne foi qu&#8217;elle a un pass&eacute; personnel, et m&ecirc;me qu&#8217;elle est l&#8217;h&eacute;riti&egrave;re d&#8217;un patrimoine familial et r&eacute;gional : avant le fatal tournant de la route et de l&#8217;intrigue, la bavarde nostalgique ne s&#8217;aper&ccedil;oit pas que ses r&eacute;cits du pass&eacute; n&#8217;ont ni valeur r&eacute;f&eacute;rentielle, ni m&ecirc;me grande efficacit&eacute; d&#8217;un point de vue pragmatique (Elle parle toute seule : ses histoires du vieux Sud ne captent l&#8217;attention de sa famille que si elles sont dr&ocirc;les ; le reste du voyage, l&#8217;auditoire reste muet ou peu r&eacute;ceptif). Le discours de la grand-m&egrave;re est presque exclusivement comm&eacute;moratif : le voyage en automobile est l&#8217;occasion d&#8217;une continuelle reconnaissance des lieux. Le discours se borne &agrave; faire le rapport entre les lieux et les personnages qui sont crois&eacute;s en route et des objets d&eacute;j&agrave; nomm&eacute;s, &agrave; des images d&eacute;j&agrave; en stock. Dans ce voyage, le r&eacute;el n&#8217;est jamais rencontr&eacute;, si l&#8217;on d&eacute;finit le r&eacute;el comme le mat&eacute;riau pr&eacute;sent de la sensation pr&eacute;sente. Seuls des clich&eacute;s verbaux sont re-trouv&eacute;s (&#8221; &#8216;a cute little pickanniny&#8217; &#8220;) suscitant le d&eacute;sir imm&eacute;diat de produire un clich&eacute; pictural : &#8221; &#8216;If I could paint, I&#8217;d paint that picture&#8217; &#8221; (119). Comble du factice : le souvenir erron&eacute; de la maison pr&eacute;tendument visit&eacute;e dans sa jeunesse. Non seulement la grand-m&egrave;re ment intentionnellement et par ruse en parlant du panneau d&eacute;rob&eacute;, le &#8221; secret panel &#8221; (123), mais elle ment aussi sans le vouloir (ce qui est le propre du souvenir, nous l&#8217;avons vu) : en effet, elle se trompe de localisation. Dans cette nouvelle comme dans la pr&eacute;c&eacute;dente, les r&eacute;cits r&eacute;trospectifs sont tous d&eacute;nu&eacute;s de valeur r&eacute;f&eacute;rentielle : qu&#8217;ils soient autobiographiques ou journalistiques, ils sont d&eacute;nu&eacute;s d&#8217;autorit&eacute;. M&ecirc;me le journal mentionn&eacute; dans la sc&egrave;ne d&#8217;ouverture, celui qui sous-entendait que le Misfit &eacute;tait en Floride, indiquait lui aussi une localisation erron&eacute;e, puisqu&#8217;en r&eacute;alit&eacute;, le Misfit se trouvait d&eacute;j&agrave; en Georgie. Le tournant de l&#8217;intrigue, le passage devant le dragon mentionn&eacute; dans l&#8217;exergue, sera &eacute;galement un passage des discours devant la pierre de touche du r&eacute;el : terrifiante pierre de touche en v&eacute;rit&eacute;, r&eacute;v&eacute;lant au lecteur et au personnage que le r&eacute;cit du pass&eacute; n&#8217;&eacute;tait que fausse monnaie.<BR><BR><BR><\/p>\n<p>Apr&egrave;s l&#8217;accident de la route, la bavarde pass&eacute;iste est soudain confront&eacute;e &agrave; un double terrifiant, le bavard amn&eacute;sique. Le Misfit parle beaucoup, lui aussi, mais contrairement &agrave; la grand-m&egrave;re, il affirme ne plus se souvenir de grand-chose. Le personnage du tueur incarne en effet une rupture consciente entre le locuteur pr&eacute;sent et son pass&eacute; suppos&eacute;. Le Misfit s&#8217;est baptis&eacute; lui-m&ecirc;me (&#8221; I call myself the Misfit &#8220;) et a donc effac&eacute; son patronyme : il a rompu un lien g&eacute;n&eacute;alogique, le lien symbolique entre la g&eacute;n&eacute;ration du p&egrave;re et celle du fils, s&#8217;affranchissant ainsi de la g&eacute;n&eacute;ration pr&eacute;c&eacute;dente. De plus, le pseudonyme qu&#8217;il a choisi &eacute;voque une discontinuit&eacute; entre diff&eacute;rentes &eacute;poques temporelles : la difficult&eacute; de mettre en correspondre, d&#8217;ajuster (&#8221; fit &#8220;) des &eacute;v&eacute;nements pass&eacute;s avec des &eacute;v&eacute;nements post&eacute;rieurs :  &#8221; &#8216;I call myself the Misfit (&#8230;) because I can&#8217;t make what all I done wrong fit with all I gone through in punishment&#8221; (131). Il est en un sens banal d&#8217;appliquer le vocabulaire de la rationalit&eacute; &eacute;conomique &agrave; un contexte judiciaire (c&#8217;est d&#8217;ailleurs la logique du code p&eacute;nal moderne, qui repose sur la proportionnalit&eacute; des peines et des d&eacute;lits). Il est tout aussi habituel qu&#8217;un ancien d&eacute;tenu se plaigne d&#8217;avoir &#8221; trop pay&eacute; &#8220;. Ce qui est moins banal et beaucoup plus inqui&eacute;tant, c&#8217;est le motif invoqu&eacute; par le Misfit pour justifier ce sentiment d&#8217;injustice : l&#8217;amn&eacute;sie. S&#8217;il ne parvient pas &agrave; faire co&iuml;ncider la gravit&eacute; du crime et la lourdeur de la dette, c&#8217;est qu&#8217;il ne garde aucun souvenir de ses premiers crimes. Tout ce qui reste de ce pass&eacute;, ce sont des traces &eacute;crites qui l&#8217;incriminent ; &agrave; nouveau, le souvenir n&#8217;est pas une perception subjective, une vision, mais la trace r&eacute;ifi&eacute;e, objectiv&eacute;e du pass&eacute; : &#8221; They had the papers on me &#8221; (130), ces papiers, c&#8217;est un casier judiciaire que le Misfit n&#8217;a jamais lu : &#8221; they never shown me my papers &#8221; (131). C&#8217;est pourquoi il s&#8217;est lui-m&ecirc;me lanc&eacute; dans la production de nouvelles traces &eacute;crites : le Misfit se signe lui-m&ecirc;me des reconnaissances de dettes, gardant toujours un exemplaire pour lui. Acteur du crime et fonctionnaire du crime tout &agrave; la fois, il garde les archives de ses d&eacute;lits. <BR><BR><br \/>\nPourtant, ces pr&eacute;cautions ne compensent pas la catastrophe initiale, celle du premier crime dont il n&#8217;a aucun souvenir. Et cette premi&egrave;re d&eacute;faillance est pr&eacute;sent&eacute;e ici comme la source m&ecirc;me de ses m&eacute;ditations m&eacute;taphysiques. Cet amn&eacute;sique aux allures d&#8217;intellectuel ( &#8221; he wore silver-rimmed spectacles that gave him a scholarly look &#8221; (126)) est une caricature grima&ccedil;ante du th&eacute;ologien chr&eacute;tien. Comme le discours paradoxal du Misfit, la th&eacute;ologie attribue un r&ocirc;le d&eacute;cisif &agrave; un &eacute;v&eacute;nement dont personne n&#8217;a jamais gard&eacute; aucun souvenir : le p&eacute;ch&eacute; originel est en effet pos&eacute; dans la th&eacute;ologie chr&eacute;tienne comme la transgression initiale et irr&eacute;parable dont aucun &ecirc;tre humain ne se souvient, mais pour laquelle chaque homme est puni.  Les papiers qui prouvent la culpabilit&eacute; du Misfit et qui justifient qu&#8217;il soit enterr&eacute; vivant rappelle le chapitre de la Gen&egrave;se qui atteste du p&eacute;ch&eacute; d&#8217;Adam, p&eacute;ch&eacute; &agrave; cause duquel tous les hommes sont condamn&eacute;s &agrave; vivre dans un corps mortel, comme le Misfit qui dit avoir &eacute;t&eacute; enterr&eacute; vivant, &agrave; cause de son premier crime : &#8221; I was buried alive &#8221; (130).<BR><BR><br \/>\nDe plus, comme le discours th&eacute;ologique, le discours du Misfit place sur le m&ecirc;me plan deux grands &eacute;v&eacute;nements dont l&#8217;homme contemporain n&#8217;a aucun souvenir : le premier crime, et la venue d&#8217;un r&eacute;dempteur capable de ressusciter les morts. Dans les deux cas, le Misfit ne dispose pas de souvenirs personnels : &#8221; I wasn&#8217;t there &#8221; (132); il n&#8217;a pas assist&eacute; au crime originel, et il n&#8217;a pas non plus assist&eacute; &agrave; la venue du r&eacute;dempteur. Dans les deux cas, il ne sait qu&#8217;une seule chose : quelqu&#8217;un d&#8217;autre a gard&eacute; les papiers. L&#8217;institution judiciaire a gard&eacute; un casier judiciaire, tandis que l&#8217;institution religieuse, l&#8217;&eacute;glise, a gard&eacute; un t&eacute;moignage &eacute;crit : les textes des &eacute;vangiles. Dans <I>A Good Man is Hard to Find<\/I>, la condition du psychopathe amn&eacute;sique et la condition du croyant sont analogues : ils ne se souviennent de rien, et doivent se fier &agrave; des traces &eacute;crites, alors m&ecirc;me qu&#8217;il s&#8217;agit de questions de vie ou de mort, de salut ou de damnation. L&#8217;existence est alors d&eacute;finie en termes de choix d&eacute;cisifs : ici, le choix diabolique de la damnation, en l&#8217;absence de toute certitude.<BR><BR><br \/>\nDe par son amn&eacute;sie, le Misift est un &ecirc;tre exceptionnel, un <I>freak<\/I> qui, &agrave; cause d&#8217;un accident de la nature, n&#8217;a pas acc&egrave;s &agrave; la contemplation de sa propre vie &agrave; travers ses souvenirs ; son handicap le contraint &agrave; une asc&egrave;se qui prive ses facult&eacute;s intellectuelles du mat&eacute;riau de la m&eacute;moire, et le condamne &agrave; vivre dans l&#8217;instant, &agrave; ne se poser que des dilemmes th&eacute;ologiques : existence ou non existence du p&eacute;ch&eacute;, existence ou pas d&#8217;un sauveur, telle est la question. Il est le miroir invers&eacute; de la grand-m&egrave;re nostalgique : toute pleine d&#8217;elle-m&ecirc;me et de ses souvenirs factices, celle-ci vit au contraire dans l&#8217;illusion d&#8217;une continuit&eacute; entre le pr&eacute;sent et le pass&eacute;, dans l&#8217;illusion d&#8217;une dur&eacute;e o&ugrave; il est possible de s&#8217;installer confortablement, environn&eacute;e de souvenirs et de projets. <BR><BR><br \/>\nC&#8217;est en tuant que le Misfit prouve qu&#8217;il vit dans l&#8217;instant, et c&#8217;est aussi par ses meurtres qu&#8217;il  force les autres &agrave; vivre dans l&#8217;instant. La m&eacute;thode est radicale : il leur inflige la menace d&#8217;une mort imminente. Le Misfit pr&eacute;sente ainsi une version grotesque de la fonction apostolique, incitant par la terreur ceux qu&#8217;ils croisent &agrave; mener une vie meilleure : une existence con&ccedil;ue comme suite d&#8217;instants d&eacute;cisifs. Le lecteur peut constater l&#8217;efficacit&eacute; de son pr&ecirc;che : la grand-m&egrave;re est accul&eacute;e par la terreur &agrave; la contemplation de l&#8217;instant qui pr&eacute;c&egrave;de la mort ; elle est coinc&eacute;e entre deux infinis que ses images du pass&eacute; ne suffisent plus &agrave; voiler, et elle oublie alors le nom de son propre fils : &#8221; The grandmother couldn&#8217;t name what the shirt reminded her of &#8221; (130). Ce moment d&#8217;amn&eacute;sie, cet oubli du lien g&eacute;n&eacute;alogique, pr&eacute;pare l&#8217;&eacute;mergence d&#8217;un lien eccl&eacute;sial entre les &ecirc;tres, celui qu&#8217;elle proposera au Misfit en l&#8217;appelant son enfant, lui qui est pourtant le meurtrier de toute sa famille (chez O&#8217;Connor comme chez Kierkegaard ou chez Dosto&iuml;evski, l&#8217;appartenance &agrave; l&#8217;Eglise chr&eacute;tienne est indissociable de l&#8217;acceptation du scandale, de ce que ni la raison ni l&#8217;&eacute;thique n&#8217;approuvent).<BR><BR><br \/>\nLa parole du Misfit, incoh&eacute;rente et sans valeur r&eacute;f&eacute;rentielle (il  r&eacute;p&egrave;te qu&#8217;il ne se rappelle pas grand chose) est pourtant d&#8217;une efficacit&eacute; redoutable : celle-ci r&eacute;side dans la force de l&#8217;interpellation, force illocutoire qui est ici propre &agrave; la fonction phatique du langage. Tr&egrave;s efficacement, le Misfit r&eacute;p&egrave;re &#8221; Lady &#8220;, ou &#8221; Listen, Lady &#8220;, v&eacute;rifiant efficacement qu&#8217;elle est bien pr&eacute;sente, ici et maintenant, qu&#8217;elle n&#8217;est pas absente, distraite. De fait, la grand-m&egrave;re est bien accul&eacute;e, coinc&eacute;e dans l&#8217;instant pr&eacute;sent. Ce moment de la mort imminente sera d&eacute;sign&eacute; dans le bref &eacute;pilogue comme le seul moment o&ugrave; l&#8217;on est quelqu&#8217;un de bien, &#8221; a good woman &#8221; : &#8221; &#8216;She would of been a good woman&#8217;, the Misift said, &#8216;if it had been somebody to shoot here every minute of her life&#8217; &#8221; (133). Le moment de terreur mortelle est effectivement le seul moment o&ugrave; l&#8217;on vit v&eacute;ritablement dans l&#8217;instant et dans la chair, o&ugrave; l&#8217;on fait face &agrave; l&#8217;&eacute;ternit&eacute; : se dissipe alors l&#8217;illusion que la dur&eacute;e humaine est la seule dimension de l&#8217;existence.<br \/>\n<BR><BR><BR><br \/>\nComme l&#8217;ont soulign&eacute; de nombreux critiques <SUP> <A HREF=\"#Note2\">[2]<\/A><\/SUP>, le contact entre l&#8217;&eacute;ternel et le temporel se produit ici sur le mode exclusif de l&#8217;irruption soudaine, que rien n&#8217;a pr&eacute;par&eacute;. Pour rendre sensible cet instant d&eacute;cisif o&ugrave; la figure de l&#8217;Autre (voire la figure divine du Tout-Autre) fait irruption, le texte utilise fr&eacute;quemment la m&eacute;taphore de la pointe, qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;une perc&eacute;e militaire ou du transpercement d&#8217;un corps par une pointe ac&eacute;r&eacute;e. Par exemple, dans <I>Parker&#8217;s Back<\/I>, l&#8217;instant d&eacute;cisif de la conversion de Parker est d&eacute;crite comme une pointe qui n&#8217;&eacute;crirait pas sur les tablettes de la m&eacute;moire du sujet, mais agirait tr&egrave;s litt&eacute;ralement comme une pointe infligeant au corps une l&eacute;g&egrave;re blessure, piquant et colorant la surface de la peau. En effet, le rappel du mythe chr&eacute;tien, r&eacute;cit de la venue du Messie, n&#8217;op&egrave;re pas &agrave; la mani&egrave;re d&#8217;une r&eacute;miniscence, d&#8217;une vision qui appartiendrait au sujet de la perception : apr&egrave;s le choc de la conversion, les yeux de Parker sont vides (519-520) : son regard cave est celui d&#8217;un &ecirc;tre litt&eacute;ralement creux et comme d&eacute;nu&eacute; d&#8217;int&eacute;riorit&eacute;. De fait, c&#8217;est le corps, non l&#8217;esprit, qui re&ccedil;oit l&#8217;image : la pointe du tatoueur devient en effet &#8221; stigma &#8221; (&eacute;tymologiquement, &#8221; piq&ucirc;re &#8220;) et dessine des stigmates sur la surface de la peau. Ce poin&ccedil;on produit une ic&ocirc;ne, qui d&#8217;abord comm&eacute;more la venue du Christ en gloire (l&#8217;ic&ocirc;ne byzanthine), puis comm&eacute;more l&#8217;&eacute;pisode de la flagellation (le Christ bless&eacute;) une fois que Parker a &eacute;t&eacute; ross&eacute; par sa femme. Ce faisant, Flannery O&#8217;Connor ne sugg&egrave;re nullement que le mythe chr&eacute;tien serait un mythe structurant, qui serait capable d&#8217;imprimer sa forme aux &eacute;v&eacute;nements de l&#8217;histoire contemporaine. Dans <I>Parker&#8217;s Back<\/I>, le lecteur remarque que si les figures correspondent bien aux diff&eacute;rentes parties du mythe chr&eacute;tien, en revanche elle n&#8217;y apparaissent qu&#8217;en d&eacute;sordre (le Christ du &#8221; Second Coming &#8221; y appara&icirc;t avant le Christ du &#8221; First Coming &#8220;). Et surtout, la vie du nouveau converti n&#8217;est pas pr&eacute;sent&eacute;e comme une imitation consciente de J&eacute;sus Christ : c&#8217;est moins une rem&eacute;moration qui est ici &agrave; l&#8217;\u0153uvre qu&#8217;une forme de somatisation : un sympt&ocirc;me corporel manifeste un sens qui par ailleurs &eacute;chappe &agrave; la conscience.<br \/>\nCette pointe, celle qui m&eacute;taphorise l&#8217;instant d&eacute;cisif, fait &agrave; nouveau sentir sa pr&eacute;sence dans le regard per&ccedil;ant de Sarah Ruth ou de Manley Pointer (&#8221; his eyes like two steel pikes &#8221; (289)), dans la corne du taureau qui finit par empaler Mrs. May (334), dans la perc&eacute;e du ciel ou du soleil dans la muraille d&#8217;arbres appartenant &agrave; Mrs. Cope (176, 184). Dans tous les cas, le lecteur devine alors l&#8217;op&eacute;ration du <I>stigma<\/I> qui vient dessiner un motif religieux &agrave; la surface d&#8217;un monde physique souvent peu conscient de ce ph&eacute;nom&egrave;ne d&#8217;inscription. Apr&egrave;s l&#8217;asc&egrave;se que repr&eacute;sentent les moments d&#8217;amn&eacute;sie, ce n&#8217;est donc pas n&eacute;cessairement un authentique souvenir qui appara&icirc;t. Bien souvent, les r&eacute;cits ne s&#8217;ach&egrave;vent pas sur le contenu d&#8217;une vision, sur une image mn&eacute;sique qui serait cette fois v&eacute;ridique et fiable, mais plut&ocirc;t sur un objet comm&eacute;moratif d&#8217;un nouveau genre : un corps-ic&ocirc;ne ou un cosmos porteur de stigmates.<br \/>\n<BR><BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Notes<\/B><\/U><BR><BR><\/p>\n<p><A Name=\"Note1\"><\/A> [1] Sur le th&egrave;me de la fausse monnaie, je renvoie &agrave; l&#8217;analyse p&eacute;n&eacute;trante que Jacques Pothier a faite de <I>Good Country People<\/I> dans <I>Les Nouvelles de Flannery O&#8217;Connor. Synth&egrave;se d&#8217;une \u0153uvre.<\/I> Nantes : Editions du temps, 2004. (116-121)<BR><br \/>\n<A Name=\"Note2\"><\/A> [2] Ainsi Andr&eacute; Bleikasten &eacute;crit : &#8221; (la gr&acirc;ce est) toujours soudaine, jamais graduelle. Pas de cheminement int&eacute;rieur vers la v&eacute;rit&eacute; pour ces hommes et ces femmes incapables de la moindre lucidit&eacute; et r&eacute;fractaires &agrave; toute forme d&#8217;introspection. Tout se joue ici et maintenant, dans le saisissement de l&#8217;<I>instant<\/I> &#8220;. Bleikasten, Andr&eacute;. <I>Flannery O&#8217;Connor<\/I>. Paris : Belin, 2004. 94.<BR><BR><\/HTML><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par : Aur&eacute;lie Guillain L&#8217;&eacute;criture de Flannery O&#8217;Connor n&#8217;est pas une &eacute;criture exp&eacute;rimentale au sens habituel du terme ; son maniement de la chronologie du r&eacute;cit reste traditionnel. 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