{"id":46,"date":"2005-03-03T18:16:26","date_gmt":"2005-03-03T18:16:26","guid":{"rendered":"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/2005\/03\/03\/le-dire-avec-une-fleur-the-geranium-de-flannery-oconnor\/"},"modified":"2023-07-21T15:53:27","modified_gmt":"2023-07-21T13:53:27","slug":"le-dire-avec-une-fleur-the-geranium-de-flannery-oconnor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/faaam.parisnanterre.fr\/?p=46","title":{"rendered":"Le dire avec une fleur : <I>The Geranium<\/I> de Flannery O&#8217;Connor"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" size-full wp-image-45\" src=\"https:\/\/new-faaam.parisnanterre.fr\/wp-content\/uploads\/2005\/03\/arton22.jpg\" width=\"109\" height=\"109\" \/><\/p>\n<p>  <HTML><BR><\/CENTER><\/B><\/p>\n<p><DIV align=\"left\">par : <A HREF=\"mailto:geraldine@chouard.com\">Geraldine Chouard<\/A><\/DIV> <BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Ouverture<\/B><\/U><BR><BR><br \/>\nPour la premi&egrave;re nouvelle de son recueil, publi&eacute;e en 1946, Flannery O&#8217;Connor s&#8217;avance avec une fleur : un g&eacute;ranium rose p&acirc;le, pr&eacute;sent&eacute; dans un pot, entour&eacute; d&#8217;un gros n\u0153ud vert. Quoi de plus gracieux comme entr&eacute;e en mati&egrave;re. Mais m&ecirc;me si avec ce g&eacute;ranium, Flannery O&#8217;Connor s&#8217;invite chez le lecteur avec courtoisie, on ne saurait se fier &agrave; ses bonnes mani&egrave;res. En effet, elle n&#8217;est pas du genre &agrave; faire des fleurs &agrave; qui que ce soit. Et sa prose n&#8217;a rien non plus de tr&egrave;s fleuri. Ce g&eacute;ranium liminaire, en &eacute;tat-limite sur le rebord d&#8217;une fen&ecirc;tre, est bien s&ucirc;r vou&eacute; &agrave; la chute, suivant le principe selon lequel, chez O&#8217;Connor, le pire est toujours s&ucirc;r. C&#8217;est dans son \u0153uvre une loi in&eacute;lucable o&ugrave; le m&eacute;canique rejoint souvent l&#8217;eschatologique pour donner &agrave; toute chute le poids qu&#8217;elle m&eacute;rite. Et il faut ici signaler d&#8217;embl&eacute;e qu&#8217;&agrave; l&#8217;autre bout du receuil, il est une nouvelle qui fait pendant &agrave; cette histoire inaugurale de g&eacute;ranium, r&eacute;crite quelques vingt ans plus tard, dans une tonalit&eacute; beaucoup plus sombre, dont le titre &#8220;Judgement Day&#8221; souligne une derni&egrave;re fois les r&eacute;sonances apocalyptiques de cette \u0153uvre anim&eacute;e par la foi.<SUP> <A HREF=\"#Note1\">[1]<\/A><\/SUP><br \/>\nEn r&eacute;alit&eacute;, derri&egrave;re ce g&eacute;ranium se cache d&eacute;j&agrave; une affaire de jugement, non pas venu d&#8217;une instance transcendante, mais bien plut&ocirc;t un de ces r&egrave;glements de compte auxquels se livrent ses personnages de l&#8217;\u0153uvre (dans le cadre pas si feutr&eacute; de leur espace domestique) le plus souvent &agrave; coups d&#8217;agressions physiques et d&#8217;invectives verbales. Si le pot de fleur n&#8217;&eacute;tait tomb&eacute; par terre, il est &agrave; parier qu&#8217;il aurait travers&eacute; la nouvelle dans l&#8217;autre sens, lanc&eacute; &agrave; la figure de l&#8217;un ou l&#8217;autre des protagonistes. Autre loi de l&#8217;univers o&#8217;connorien, les objets se d&eacute;placent (pot de fleur, sac &agrave; main ou jambe de bois) avec une violence redoutable.<SUP> <A HREF=\"#Note2\">[2]<\/A><\/SUP><BR><BR><br \/>\nD&egrave;s la premi&egrave;re page, &agrave; peine le g&eacute;ranium est-il nomm&eacute; que d&eacute;j&agrave; pointent d&eacute;sillusions, tensions et conflits. Qu&#8217;il suffise pour s&#8217;en convaincre d&#8217;op&eacute;rer un zoom-arri&egrave;re et d&#8217;observer la mise en sc&egrave;ne du dit g&eacute;ranium. L&#8217;endroit o&ugrave; il figure est un encadrement de fen&ecirc;tre dans un immeuble d&eacute;labr&eacute; de New York dont les briques rouges sont devenues noires de crasse. C&#8217;est dans ce d&eacute;cor de th&eacute;&acirc;tre sordide que se trouve le g&eacute;ranium, ou plut&ocirc;t o&ugrave; il devrait s&#8217;y trouver, car en fait, il n&#8217;y est pas. Absence que constate le vieux Dudley, qui observe ce lieu <I>critique<\/I> (&agrave; la fois au sens de <I>myst&eacute;rieux<\/I> : pourquoi donc n&#8217;est-il pas l&agrave;, et de <I>d&eacute;cisif<\/I>, d&eacute;signant l&#8217;endroit o&ugrave; se noue l&#8217;intrigue) depuis la fen&ecirc;tre d&#8217;en face : contrairement &agrave; ses habitudes, son voisin n&#8217;a pas sorti son g&eacute;ranium, comme il le fait habituellement tous les matins vers dix heures. Une seule fleur vous manque et New York est d&eacute;peupl&eacute; : c&#8217;est sur ce non-&eacute;v&eacute;nement minuscule que commence l&#8217;histoire. Moteur.<BR><BR><br \/>\nDe quelle histoire s&#8217;agit-il d&#8217;ailleurs ? Que nous raconte-t-elle ? Pas grand chose en r&eacute;alit&eacute;. A l&#8217;instar de cet <I>incipit<\/I> minimal, la nouvelle est d&#8217;une envergure assez limit&eacute;e. Un pot de fleur qui tombe par terre, pas de quoi en &eacute;crire des pages. Sauf que si, justement. O&#8217; Connor sait op&eacute;rer dans un champ restreint -c&#8217;est m&ecirc;me peut-&ecirc;tre l&agrave; son terrain de pr&eacute;dilection.<BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>D&eacute;placements<\/B><\/U><BR><BR><br \/>\nCar cette chute s&#8217;ouvre sur bien d&#8217;autres d&eacute;placements, g&eacute;ographiques mais aussi freudiens, qui donne &agrave; la nouvelle une certaine port&eacute;e. Ce geste horizontal qui consiste &agrave; sortir puis &agrave; rentrer le g&eacute;ranium, assorti au mouvement vertical de la chute finale construisent ensemble un rep&egrave;re qu&#8217;on pourrait qualifier d&#8217;orthonorm&eacute;, qui r&eacute;git l&#8217;univers de cette nouvelle par ailleurs tr&egrave;s cadastr&eacute;e, pour dire justement un certain nombre de choses qui sortent de la norme. Des choses n&eacute;cessaires, comme tout ce qu&#8217;&eacute;crit  Flannery O&#8217;Connor, qui a des choses &agrave; dire, ici avec une fleur. <BR><BR><br \/>\n&#8220;Une fleur pour le dire&#8221;, qu&#8217;est-ce &agrave; dire?<BR><BR><br \/>\nAvec ce titre qui reprend, comme le fait souvent O&#8217;Connor, une formule toute faite, je voudrais tenter de d&eacute;busquer ce qui se dit autour, par, &agrave; travers, le g&eacute;ranium, ce &#8220;vouloir-dire&#8221; qui prend chez les auteurs du Sud une r&eacute;sonnance toute particuli&egrave;re. Ce qu&#8217;elle a voulu dire et bien s&ucirc;r comment elle s&#8217;y est prise pour le dire, &agrave; travers l&#8217;examen de quelques unes des strat&eacute;gies narratives mises en place d&egrave;s ce texte inaugural, qu&#8217;elle d&eacute;veloppera et affinera par la suite. &#8220;Le&#8221; dire, c&#8217;est-&agrave;-dire ce qui d&eacute;clare et ce qui se devine, ce qui se conc&egrave;de et ce qui se d&eacute;savoue, ce qui gravite autour du rationnel (la loi de Newton) et ce qui s&#8217;agite du c&ocirc;t&eacute;  pulsionnel (la loi du d&eacute;sir, qu&#8217;il soit exprim&eacute; ou refoul&eacute;).<BR><BR><br \/>\nQue les choses soient claires, il ne s&#8217;agit pas ici seulement d&#8217;une histoire de pot de fleur. Derri&egrave;re ce g&eacute;ranium, pour commencer, il y a un homme, un vieillard. Cette nouvelle aurait pu s&#8217;intituler &#8220;Le vieil homme et la fleur&#8221; : d&#8217;ailleurs le mot &#8220;g&eacute;ronte&#8221; n&#8217;est gu&egrave;re &eacute;loign&eacute; du mot &#8220;g&eacute;ranium&#8221;.<SUP> <A HREF=\"#Note3\">[3]<\/A><\/SUP> Sally Fitzgerald invoque pour un tel rapprochement un po&egrave;me de T.S. Eliot &#8220;Rhapsody on a Windy Night&#8221; (1917) qui auraient inspir&eacute; O&#8217; Connor, dont les deux vers suivants &eacute;voquent, &agrave; bien des &eacute;gards, le drame qui se joue dans cette nouvelle:<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>Midnight shakes the Memory<BR><br \/>\nAs a Madman Shakes a dead geranium.<SUP> <A HREF=\"#Note4\">[4]<\/A><\/SUP><BR><BR><\/BLOCKQUOTE><br \/>\nExil&eacute; loin du lieu o&ugrave; il a toujours v&eacute;cu, Dudley est un vieil homme, pas si fou que &ccedil;a, mais boulevers&eacute; par ses souvenirs. Contrairement aux personnages souvent amn&eacute;siques de l&#8217;\u0153uvre de O&#8217;Connor, condamn&eacute;s &agrave; ne vivre que dans l&#8217;instant, il a la t&ecirc;te pleine de trous de trop de m&eacute;moire. Cette nouvelle rhapsodique ravive l&#8217;mage d&#8217;un pass&eacute; sudiste qui n&#8217;est plus, &eacute;voque un pr&eacute;sent plac&eacute; sous le signe du manque et secoue au passage quelques id&eacute;es re&ccedil;ues.<BR><BR><br \/>\nIl faut d&#8217;abord noter  l&#8217;&eacute;tranget&eacute; de cette posture de d&eacute;part. Pour entrer en litt&eacute;rature, Flannery O&#8217;Connor choisit de parler nom d&#8217;un vieil homme vivant dans un taudis &agrave; New York:<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>The first story I wrote and sold was about an old man who went to live in a New York slum-no experience of mine as far as old men and slums went, but I did know what it meant to be homesick. I couldn&#8217;t have written about <I>my<\/I> being homesick. (Letter to Maryat Lee, 24\/2\/1957)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nPlusieurs d&eacute;placements sont ici &agrave; l&#8217;\u0153uvre: Flannery O&#8217;Connor d&eacute;crit la migration d&#8217;un vieillard pour &eacute;voquer son exil de sa G&eacute;orgie natale. C&#8217;est aussi pour elle l&#8217;occasion d&#8217;un d&eacute;doublement, puisqu&#8217;elle devient &agrave; la fois ce vieil homme et sa fille. Soi-m&ecirc;me comme un autre, ou plut&ocirc;t deux autres: cette strat&eacute;gie oblique est peut-&ecirc;tre en fait la plus directe, ou du moins celle qui permet d&#8217;en dire davantage. &#8220;Tell all the truth but tell it slant&#8221; (# 1129) &eacute;crivait Emily Dickinson. O&#8217;Connor n&#8217;aurait pas reni&eacute; cette formule, elle qui a souvent pris des chemins de traverse afin de donner davantage d&#8217;impact &agrave; son propos.<BR><BR><BR><\/p>\n<p><B><U>New York, ou l&#8217;indiff&eacute;renciation<\/U><\/B><BR><BR><BR><br \/>\nPour commencer, le texte est marqu&eacute; par un d&eacute;placement g&eacute;ogaphique: &#8220;The Geranium&#8221; est la seule nouvelle &agrave; ne pas &ecirc;tre situ&eacute;e dans le Sud. Une mani&egrave;re de prendre ses distances avec ses origines, un changement de lieu pour acqu&eacute;rir un espace de la parole. Partir, pour la jeune Flannery, c&#8217;est avant tout s&#8217;&eacute;loigner de sa m&egrave;re, Regina, la r&eacute;gente, et acc&eacute;der ainsi &agrave; une forme de pouvoir symbolique.<SUP> <A HREF=\"#Note5\">[5]<\/A><\/SUP> On le sait, c&#8217;est en principe le p&egrave;re qu&#8217;on tue pour se mettre &agrave; &eacute;crire; avec Flannery, c&#8217;est la m&egrave;re, mais une m&egrave;re veuve qui fait figure de p&egrave;re, une m&egrave;re autoritaire, une m&egrave;re-p&egrave;re. &#8220;The Geranium&#8221; se chargera de r&eacute;gler son compte &agrave; la m&egrave;re par l&#8217;interm&eacute;diaire de la fille et au p&egrave;re par le biais du (grand-)p&egrave;re. On s&#8217;arrange comme on peut avec le symbolique, surtout au d&eacute;but, avec les transferts et les d&eacute;placements qui s&#8217;imposent. <BR><BR><br \/>\nA propos de d&eacute;placement, d&#8217;&eacute;loignement (de la m&egrave;re) et de prise de parole, il faut ici citer le cas d&#8217;une autre femme du Sud, qui, &agrave; peu pr&egrave;s &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque, se lance aussi dans l&#8217;&eacute;criture, en commen&ccedil;ant par des nouvelles: c&#8217;est Eudora Welty, qui publie son premier recueil en 1941, &#8220;A Curtain Of Green&#8221;. De nombreux rapprochements seraient &agrave; faire entre ces deux femmes, dont les partis pris &eacute;thiques et esth&eacute;tiques ont beaucoup en commun (notons au passage que pour Welty, O&#8217;Connor fait partie des &eacute;crivains qui comptent). Soulignons simplement ici que dans son premier receuil, Welty fait aussi figurer une nouvelle situ&eacute;e &agrave; New York (une seule)<SUP> <A HREF=\"#Note6\">[6]<\/A><\/SUP> o&ugrave; il aussi est question de femme et de fleur : elle s&#8217;intitule &#8220;Flowers for Marjorie&#8221;. Titre trompeur &agrave; nouveau, puisque cette nouvelle &eacute;voque la sombre histoire de deux d&eacute;racin&eacute;s du Mississippi venus s&#8217;installer &agrave; New York : lui, Howard, est au chom&acirc;ge, elle, Marjorie, enceinte, est d&eacute;s\u0153uvr&eacute;e et passe la sainte journ&eacute;e seule &agrave; la maison. Elle ne regarde pas les g&eacute;raniums de son voisin, mais presque : elle observe les fleurs qui poussent autour du p&acirc;t&eacute; de maison o&ugrave; elle se trouve confin&eacute;e. Un beau matin, elle cueille une pens&eacute;e jaune qu&#8217;elle &eacute;pingle sur son manteau. Geste anodin en apparence mais qui se r&eacute;v&eacute;lera fatal et l&#8217;histoire se termine dans un bain de sang : de retour chez lui, le regard de Howard se fixe sur cette fleur qui se fantasmagorise, devient comme chez Georgia O&#8217;Keeffe la m&eacute;taphore du sexe de sa femme, l&#8217;ab&icirc;me o&ugrave; s&#8217;engloutit son identit&eacute; toute enti&egrave;re<SUP> <A HREF=\"#Note7\">[7]<\/A><\/SUP>&nbsp;: pour faire dispara&icirc;tre cette fleur-gouffre, il plante alors un couteau dans le ventre de sa femme qui s&#8217;effondre aussit&ocirc;t, sur le rebord de la fen&ecirc;tre. Chez Welty non plus, la vie ne vous fait pas de fleur. <BR><BR><br \/>\nMoins tragique sans doute, &#8220;Le G&eacute;ranium&#8221; est tout de m&ecirc;me un r&eacute;cit sous tension, marqu&eacute; par des tiraillements et antagonismes en tous genres. Contrairement &agrave; la nouvelle de Welty, centr&eacute;e sur un couple de jeunes mari&eacute;s, il s&#8217;agit ici d&#8217;un autre couple, le p&egrave;re et la fille, d&#8217;un p&egrave;re chez sa fille, laquelle est mari&eacute;e et a un fils. Mais aucun des membres de la famille ne porte de nom. Seul figure le nom du p&egrave;re, le vieux Dudley. <I>Dud<\/I>, <I>dude<\/I>, quasi <I>dead<\/I>. Plus tr&egrave;s vaillant, ce p&egrave;re. D&eacute;cr&eacute;pit. D&eacute;fait. D&eacute;chu.<br \/>\nD&eacute;racin&eacute;, comme le g&eacute;ranium. Un p&egrave;re hors rep&egrave;res, un p&egrave;re qui ne s&#8217;appartient plus. Mais pourquoi a-t-il donc accept&eacute; de venir s&#8217;exiler chez sa fille? C&#8217;est qu&#8217;un jour, &agrave; Atlanta, il avait vu au cin&eacute;ma <I>Big Town Rythm  <\/I>(un film invent&eacute; pour les besoins de la cause, avec un titre d&#8217;une symbolique marqu&eacute;e). Pouvoir des images, attrait de la modernit&eacute;, il avait &eacute;t&eacute; s&eacute;duit par ce qu&#8217;il avait vu &agrave; l&#8217;&eacute;cran:<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>Big towns were important places. The thing inside him had sneaked up on him for just one instant. The place like he&#8217;d seen in the picture show had room for him ! it was an important place and it had room for him. He&#8217;d said yes, he&#8217;d go. (4)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nAffaire de pulsion, d&eacute;sir irr&eacute;pressible, il avait c&eacute;d&eacute; &agrave; la tentation, qu&#8217;on peut lire dans la formule &#8220;sneaked up on him&#8221; gu&egrave;re &eacute;loign&eacute;e phon&eacute;tiquement du mot &#8220;snake&#8221;. Mais en croquant la grosse pomme, il avait commis un acte irr&eacute;versible. Impossible &agrave; ce stade de revenir en arri&egrave;re, de retrouver la vielle pension qu&#8217;il se met &agrave; regretter avec amertume. Comme le dit une autre \u0153uvre du Sud &#8220;You can&#8217;t go home again&#8221; (Thomas Wolfe, 1943).  &#8220;The Geranium&#8221;, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un oui qui aurait d&ucirc; &ecirc;tre un non : &#8220;He must have been sick when he said it&#8221; (4). Trop tard. Et voil&agrave; comment on &eacute;crit l&#8217;histoire.<BR><BR><br \/>\nContrairement &agrave; ses attentes, l&#8217;appartement o&ugrave; vit sa fille est un lieu m&eacute;diocre et &eacute;triqu&eacute;, o&ugrave; il n&#8217;y a pas de place pour lui. A la fois &#8220;displaced&#8221; et &#8220;out of place&#8221;. le vieux Dudley doit m&ecirc;me partager la chambre de son adolescent de petit-fils et conna&icirc;tre malgr&eacute; lui l&#8217;intimit&eacute; d&#8217;une famille : &#8220;no place to be out of their way&#8221; (6). Une promiscuit&eacute; qui s&#8217;exprime encore en ces termes :<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>The apartment was too tight. There was no place to be where there wasn&#8217;t somebody else. The kitchen opened into the bathroom and the bathroom opened into everything else and you were always where you started from. (7)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nLa syntaxe mime l&#8217;encha&icirc;nement du pauvre homme qui tourne en rond, et la reprise du &#8220;and&#8221; accentue l&#8217;effet d&#8217;&eacute;touffement. Il ne peut &eacute;chapper physiquement ni mentalement &agrave; l&#8217;&eacute;preuve ali&eacute;nante de ce voisinage contre-nature o&ugrave; il fait figure d&#8217;intrus. Pas de cloisonnement, pas de s&eacute;paration et pas de langage non plus pour &eacute;tablir le lien, c&#8217;est-&agrave;-dire &agrave; la fois ce qui met en relation et qui permet la diff&eacute;renciation.<BR><BR><br \/>\nEn effet, parmi ce trio, cette triade familiale (la m&egrave;re, le p&egrave;re, le fils), le vieux Dudley n&#8217;a personne &agrave; qui parler. Son gendre, chauffeur routier de son &eacute;tat, passe son temps sur la route et ne rentre que le week-end pour articuler quelques monosyllabes incompr&eacute;hensibles. A seize ans, son petit-fils vit dans un monde parall&egrave;le, h&eacute;rm&eacute;tique &agrave; l&#8217;&eacute;change: &#8220;he could not be talked to&#8221; (6). Quant &agrave; sa fille, c&#8217;est une autre affaire. Certes, elle lui parle, mais il faut voir quand, pourquoi et comment. En dehors du semblant de dialogue qui s&#8217;instaure entre eux, ce qui compte dans leur relation est un discours hors-texte en amont, qui a abouti &agrave; la sitiuation pr&eacute;sente. Un &eacute;change clos sur lequel il revient sans cesse et dont le r&eacute;cit nous offre quelques unes des ratiocinations mentales, sur le mode du style indirect libre, tr&egrave;s fr&eacute;quent chez O&#8217;Connor:<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>He could have got out of going. He could have been stubborn and told her he&#8217;d spend his life where he&#8217;d always spent it, send him or not send him the money every month, he&#8217;d get along with his pension and odd jobs. Keep her damn money-she needed it worse than he did. She would have been glad to have had her duty diposed of like that. Then she could have said if he died without his children near him, it was his own fault ; if he got sick and there wasn&#8217;t anybody to take care of him, well, he&#8217;d asked for it, she could have said. (4)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nLitanie de questions et de r&eacute;ponses o&ugrave; se dessine en filigrane le portrait de sa fille : une femme de devoir (le mot &#8220;duty&#8221; revient &agrave; plusieurs reprises &agrave; son sujet), bien-pensante, s&ucirc;re de son bon droit, comme il en est de nombreuses qui habitent, ou plut&ocirc;t qui hantent l&#8217;\u0153uvre de O&#8217;Connor. Donneuses de le&ccedil;ons imp&eacute;nitentes, elles ont la dent dure et le verbe haut. Certains sont plus dr&ocirc;les que d&#8217;autres, avec leurs formules &agrave; l&#8217;emporte-pi&egrave;ce, comme Mrs Turpin, dans &#8220;A Revelation&#8221;. Bien d&#8217;autres exemples de matrones seraient ici &agrave; citer : souvent flanqu&eacute;es d&#8217;un grand fils, elles officient dans une de ces sc&egrave;nes d&#8217;affrontrements oedipiens qui font rage dans son \u0153uvre : qu&#8217;il s&#8217;agisse de &#8220;The Enduring Chill&#8221;, &agrave; &#8220;Everything That Rises Must Converge&#8221;  ou encore &agrave; &#8220;The Conforts of Home&#8221;, tous les John, Julian ou autre Thomas ont fort &agrave; faire pour s&#8217;imposer face &agrave; leurs m&egrave;res respectives, redoutables castratrices devant l&#8217;&eacute;ternel.<SUP> <A HREF=\"#Note8\">[8]<\/A><\/SUP> <BR><BR><br \/>\nIci, le portrait de la femme semble insuffisamment d&eacute;velopp&eacute;. Il n&#8217;est pas encore v&eacute;ritablement dr&ocirc;le, ce qui est en soi symptomatique : sans doute Flannery O&#8217;Connor n&#8217;a-t-elle pas encore v&eacute;ritablement trouv&eacute; la distance n&eacute;cessaire pour ironiser sur ce rapport de pouvoir, qui a domin&eacute; sa propre existence. Elle en reste pour l&#8217;instant &agrave; un constat de domination inverse, celui que la fille impose &agrave; son p&egrave;re, qu&#8217;elle infantilise. En ne lui laissant pas le choix de sa destin&eacute;e, elle lui a coup&eacute; le sifflet, ce qui litt&eacute;ralement lui est rest&eacute; en travers du gosier: Voil&agrave; pourquoi il a la gorge s&egrave;che et serr&eacute;e : le mot &#8220;taut&#8221; revient ici souvent, rimant avec &#8220;nought&#8221; pour &eacute;voquer le z&eacute;ro qu&#8217;il est devenu ici. Dudley a la gorge comprim&eacute;e par les mots qui s&#8217;y nouent et qui n&#8217;ont pu et qui ne pourront jamais &ecirc;tre prononc&eacute;s : &#8220;he felt his throat knotting up&#8221; (3). Et du matin au soir, il a les larmes qui lui montent aux yeux. Ces larmes, c&#8217;est le seul fluide qu&#8217;il soit encore capable d&#8217;&eacute;mettre. Litt&eacute;ralement, il ne lui reste que ses yeux pour pleurer.<BR><BR><br \/>\nA propos de flux ou de fluide, il faut noter que la parole et l&#8217;argent sont du m&ecirc;me c&ocirc;t&eacute; : avoir les moyens, c&#8217;est avoir le droit &agrave; la parole. Comme dit le proverbe : &#8220;He who pays the piper calls the tune&#8221;. C&#8217;est donc la fille qui paie qui qui orchestre l&#8217;&eacute;change, s&#8217;adressant &agrave; son p&egrave;re &agrave; heure fixe, et selon un protocole &eacute;tabli par ses soins:<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>First she had to think of something to say. Usually it gave out before what she considered was the proper time to get up and do something else, so he would have to say something. He always tried to think of something he had not said before. She never listened a second time. (6)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nM&eacute;canique parfaitement connue, qui prend en charge l&#8217;impatience de  sa fille incapable de tol&eacute;rer que son p&egrave;re se r&eacute;p&egrave;te (qu&#8217;il radote) alors qu&#8217;elle l&#8217;a par ailleurs priv&eacute; de toute forme d&#8217;interaction qui auraient pu nourrir son dialogue. Le voil&agrave; donc frustr&eacute;, d&eacute;poss&eacute;d&eacute;, vid&eacute;. Reste l&#8217;envie de dire, mais plus de contenu. <BR><BR><br \/>\nDans ce huis-clos &eacute;touffant, on comprend mieux pourquoi le vieil homme se met &agrave; regarder chez ses voisins. Le g&eacute;ranium, c&#8217;est tout de m&ecirc;me une fen&ecirc;tre ouverte sur l&#8217;ext&eacute;rieur, l&#8217;amorce d&#8217;une alterit&eacute; ou d&#8217;une alternative. D&#8217;un point de vue narratif, le proc&eacute;d&eacute; est habile, puisqu&#8217;il permet de varier les perspectives sans changer de lieu. Il sera bien s&ucirc;r repris au cin&eacute;ma notamment par Hitchcock avec le c&eacute;l&egrave;bre <I>Fen&ecirc;tre sur Cour<\/I> (<I>Rear Window<\/I>, 1954).<BR><BR><br \/>\nAvant d&#8217;en arriver &agrave; la rencontre dans l&#8217;escalier, qui est &agrave; la fois ouverture vers un autre univers, r&eacute;v&eacute;lation d&#8217;une nouvelle forme d&#8217;ali&eacute;nation et rappel d&#8217;un Sud qui n&#8217;est plus, il faut s&#8217;arr&ecirc;ter un instant sur de la topographie de New York telle qu&#8217;elle figure dans le texte, car cette localisation est l&#8217;occasion de d&eacute;placements particuliers. Partir s&#8217;exiler &agrave; New York, devenir un expatri&eacute; (&#8220;An Exile in the East&#8221;, selon le second titre de la nouvelle, quand elle fut reprise en 1955), c&#8217;est &agrave; bien des &eacute;gards &ecirc;tre expuls&eacute; hors de soi-m&ecirc;me : c&#8217;est &agrave; plusieurs titres pour Dudley, une r&eacute;gression marqu&eacute;e par divers sympt&ocirc;mes d&#8217;indiff&eacute;renciation.<BR><BR><br \/>\nM&eacute;tropole cadastr&eacute;e o&ugrave; les rues, les immeubles, les appartements se ressemblent tous, New York repr&eacute;sente la ville des temps modernes, inhumaine et abstraite : &#8220;His daughter didn&#8217;t even live in a house. She lived in a building-the middle in a row of buildings all alike&#8221; (6). La seule loi qui vaille est celle de la g&eacute;om&eacute;trie qui ne laisse place &agrave; aucun affect :  &#8220;they were halls that reminded you of tape measures strung out with a door every inch&#8221; (6). D&eacute;saffect&eacute;, New York est aussi un lieu frapp&eacute; d&#8217;irr&eacute;alit&eacute;, comme le sugg&egrave;re ce d&eacute;lire (de <I>delirare<\/I>, sortir du sillon, d&eacute;railler) qui se saisit de lui :<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>He remembered he&#8217;d been dazed by the building the first week. He&#8217;d wake up expecting the halls to have changed in the night and he&#8217;d look out of the door and they stretched like dog runs. The streets were in the same way. He wondered where he&#8217;d be if he walked to the end of the building-nowhere. (6)<SUP> <A HREF=\"#Note11\">[11]<\/A><\/SUP><\/BLOCKQUOTE> <BR><BR><br \/>\nNew York est donc une utopie, un non-lieu. L&#8217; &eacute;pisode du m&eacute;tro cristallise le ph&eacute;nom&egrave;ne de r&eacute;gression : the &#8220;subway&#8221; est d&eacute;crit comme &#8221; a railroad underneath the ground like a big cave&#8221; (7). Sale, bruyant, surchauff&eacute;, c&#8217;est le lieu de tous les brassages, confusions et salmigondis : &#8220;They [people] rolled of the and down steps and into trains &#8211;black and white and yellow, all mixed up like vegetable soup&#8221; (7). Quant aux trains qui d&eacute;bouchent des tunnels, ils frappent de toute leur puissance la conscience vuln&eacute;rable du pauvre Dudley, qui ne peut plus dire un mot et se sent la naus&eacute;e l&#8217;envahir. &#8220;He felt like his tongue had slipped down in his stomach&#8221; (7) : curieuse expression qui signifie explicitement la d&eacute;faillance de sa virilit&eacute;. Deux lignes plus loi, il se laisse tomber, &agrave; deux doigts de la syncope. Ce qui d&eacute;clenche les hurlements publics de sa fille : &#8220;Do you want to fall off and kill yourself ?&#8221; (7). Pour remettre sur les rails le bras ce p&egrave;re qui vacille, la fille le ram&egrave;ne par le bras en lui promettant le confort du foyer : &#8220;you&#8217;ll feel better when you get home&#8221; (7).<BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Back Home<\/B><\/U><BR><BR><br \/>\n&#8220;Home ?&#8221;  rep&egrave;te-t-il. Quel foyer ? En r&eacute;alit&eacute;, il n&#8217;y a rien &agrave; attendre de la domesticit&eacute; familiale et il ne le sait que trop bien. Le vrai foyer, pour Dudley, ce n&#8217;est pas cet immeuble new-yorkais o&ugrave; cohabitent noirs et blancs, mais plut&ocirc;t la pension de son Sud natal, o&ugrave; il vivait depuis plus de vingt ans (depuis la mort de sa femme) et dont il r&ecirc;ve, &agrave; tout moment, sur le mode du fantasme.<BR><BR><br \/>\nC&#8217;est par le biais du g&eacute;ranium que s&#8217; inscrit d&#8217;embl&eacute;e au sein de la nouvelle, cet &eacute;tablissement regrett&eacute; et tout le cort&egrave;ge de valeurs sudistes qui lui sont  rattach&eacute;s. Contrairement &agrave; ce pauvre g&eacute;ranium new-yorkais mal en point, Dudley se souvient de ceux qu&#8217;il y avait l&agrave;-bas au pays : &#8220;Ours are sho nuff geraniums&#8221; (3). Opposition binaire entre le vrai et le faux, doubl&eacute;e d&#8217;un jeu sur le plein et le vide et qui pointe aussi sans doute, en filigrane, vers une  dialectique entre le &ccedil;a et le surmoi.<BR><BR><br \/>\nL&#8217; enfant malade (&#8220;the Grisby boy&#8221;) auquel la plante est compar&eacute;e fait le lien entre la fleur etlevieil<br \/>\nhomme : victime de la polio, il est expos&eacute; au soleil pour r&eacute;chauffer ses membres paralys&eacute;s, comme le vieux Dudley s&#8217;installe &agrave; la fen&ecirc;tre &agrave; heure fixe tous les matins, pour se r&eacute;chauffer le c\u0153ur. C&#8217;est peut-&ecirc;tre aussi une figure de l&#8217;auteur, atteinte du lupus eryth&eacute;mateux, cette maladie du sang et des os qui l&#8217;mportera avant l&#8217;heure. Ce passage rappelle indirectement un tableau de Hopper, <I>People in the Sun<\/I> (1960), o&ugrave; des hommes et des femmes, assis dans des chaises longues, prennent le soleil sans &eacute;changer une parole. L&#8217;ambiance sol(it)aire et t&eacute;tanis&eacute;e de certaines toiles de Hopper (parfois qualifi&eacute;es de &#8220;gothiques&#8221;) n&#8217;est pas &eacute;trang&egrave;re &agrave; l&#8217;atmosph&egrave;re de cette nouvelle de O&#8217;Connor, o&ugrave; les &ecirc;tres semblent juxtapos&eacute;s les uns aux autres, incapables de communiquer, mur&eacute;s dans leur &#8220;habitude d&#8217;&ecirc;tre&#8221;, chacune la leur. Plus proche de la th&eacute;matique de cette nouvelle de O&#8217;Connor, signalons encore au passage ce tableau de Hopper, de 1956, &#8220;Four Lane Road&#8221;, o&ugrave; figure un homme tranquillement assis dans un fauteuil, une cigarette &agrave; la main, regardant au loin dans le vide, vers une ligne d&#8217;horizon ind&eacute;chiffrable, tandis que derri&egrave;re lui, une femme sort la t&ecirc;te de la fen&ecirc;tre et s&#8217;adresse &agrave; lui, sans doute pour lui demander (de faire) quelque chose. &#8220;Why couldn&#8217;t she just let him sit ?&#8221; (10) pourrait-il r&eacute;pliquer de concert avec le vieux Dudley. Ici ou l&agrave;, en d&#8217;autres termes, la guerre des sexes a toujours lieu ; elle est &agrave; la crois&eacute;e de toutes les destin&eacute;es d&#8217;Am&eacute;rique ou d&#8217;ailleurs.<BR><BR><br \/>\nChez O&#8217; Connor, c&#8217;est donc la fille qui houspille le p&egrave;re, lui sugg&egrave;re d&#8217;aller faire un tour dehors, quand elle ne l&#8217;oblige pas &agrave; descendre chez la voisine pour lui demander un patron de couture, autre mani&egrave;re de lui signifier qu&#8217;il n&#8217;est plus le <I>pattern<\/I> : ni le pater, ni le boss, ni le mod&egrave;le. Malgr&eacute; son refus int&eacute;rieur &#8220;Why did she have to pester him ? (4), il obtem<I>p&egrave;re<\/I>. Pas le choix. Mais la plupart du temps, pour &eacute;chapper &agrave; ses injonctions qui lui sont faites de (se) bouger, il se d&eacute;place mentalement, revenant au temps b&eacute;ni o&ugrave; il lui restait quelques pr&eacute;rogatives. L&agrave;-bas. <BR><BR><br \/>\nMais le Sud auquel r&ecirc;ve le vieux Dudley n&#8217;est pas un monde id&eacute;al o&ugrave; les rapports de force auraient disparu, loin s&#8217;en faut. Il ne faudrait pas lire cette nouvelle en supposant une nostalgie de commande chez l&#8217;auteur, qui impliquerait une adh&eacute;sion aux valeurs pass&eacute;istes invoqu&eacute;es par Dudley. Non, le Sud qui est ici d&eacute;peint est bien son Sud &agrave; lui, un monde o&ugrave; la division raciale jouait en sa faveur, une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; les noirs t&eacute;moignaient d&#8217;une certaine all&eacute;geance envers les blancs. Rien &agrave; voir avec ce &#8220;noir artificiel&#8221; habitant l&#8217;immeuble, qui se pavane dans des tenues &agrave; la mode, dont les chaussettes &agrave; paillettes repr&eacute;sentent &agrave; ses yeux une sophistication vaine, et m&ecirc;me ridicule. Non, dans la vision arri&eacute;r&eacute;e (et m&ecirc;me archa&iuml;que) de Dudley, contrairement aux &#8220;noirs des villes&#8221;, les &#8220;noirs des champs&#8221; savaient rester &agrave; leur place.<SUP> <A HREF=\"#Note9\">[9]<\/A><\/SUP>  Du m&ecirc;me coup, il se sentait &agrave; sa place, en place. Voil&agrave; ce qui lui manque et qu&#8217;il ne retrouvera jamais.<BR><BR><br \/>\nDe qui se souvient-il, au juste, ce pauvre diable ? Du couple Lutisha et Rabie, la cuisini&egrave;re et le jardinier de la pension de famille. Un peu d&#8217;onomastique &eacute;claire ici les enjeux (comme c&#8217;est souvent le cas chez O&#8217; Connor) : <I>Lutisha<\/I>, c&#8217;est &agrave; peu de chose pr&egrave;s <I>Laetitia<\/I>, c&#8217;est-&agrave;-dire la joie, ce qui n&#8217;est pas loin de la jouissance. Toute enti&egrave;re plac&eacute;e du cot&eacute; de l&#8217;oralit&eacute;, c&#8217;est une femme qui a de l&#8217;app&eacute;tit: elle cuisine et elle cause. Tout le contraire de sa fille, femme de devoir par excellence. C&#8217;est l&agrave; que se pr&eacute;cise l&#8217;opposition entre le &ccedil;a et le surmoi qui informe le texte:  &#8220;Lutish could root anything&#8221; (3) se souvient-il. Elle avait la main verte en quelque sorte ; elle savait faire en sorte qu&#8217;autour d&#8217;elle les choses et vraisemblablement les &ecirc;tres s&#8217;&eacute;panouissent.<SUP> <A HREF=\"#Note10\">[10]<\/A><\/SUP>  Vraie femme-fleur, le dimanche, elle portait un gros n\u0153ud bouffant qui donnait &agrave; son uniforme un air de f&ecirc;te. Une coquetterie dont Dudley se souvient avec attendrissement :&#8221;Lutish had a fondness for sashes. Most niggers did.&#8221; (9)<BR><BR><br \/>\nDudley n&#8217;en est pas &agrave; une g&eacute;n&eacute;ralit&eacute; pr&egrave;s, et c&#8217;est ainsi qu&#8217;il aime encore &agrave; se rappeler ce d&eacute;sir que Lutisha avait eu de porter une paire lunettes, qu&#8217;elle avait achet&eacute;e &agrave; une boutique &agrave; quatre sous, juste pour faire chic : &#8220;Niggers don&#8217;t think they&#8217;re dressed till they got glasses&#8221;. Et plus loin, de conclure en gloussant &#8220;That was niggers.&#8221; (10)<BR><BR><br \/>\nLe maniement du point de vue narratif met clairement en &eacute;vidence l&#8217;attitude paternaliste de Dudley &agrave; l&#8217;&eacute;gard de Rabie : justement, &agrave; l&#8217;&eacute;poque, c&#8217;&eacute;tait lui le p&egrave;re ; il le faisait m&ecirc;me r&ecirc;ver en lui racontant la magie des grandes villes et les autres merveilles qu&#8217;il avait vues de par le monde: &#8220;he liked to hear about Atlanta when Old Dudley had been there and about how guns were put together on the inside and all the other things thez old man knew&#8221; (5). Cette condescendance n&#8217;est pas sans rappeler celle que la fille t&eacute;moigne &agrave; son p&egrave;re. Mais &agrave; la diff&eacute;rence de celle-ci, toujours pr&ecirc;te &agrave; le raisonner et &agrave; vider l&#8217;&eacute;change de tout affect, il y avait entre les deux hommes un certain sens du partage, d&eacute;plac&eacute; sans doute (loin d&#8217;&ecirc;tre &eacute;galitaire), mais un &eacute;change quand m&ecirc;me, ou du moins une certaine forme de pulsion qui pouvait alors s&#8217;exprimer.<BR><BR><br \/>\nLe nom de <I>Rabie<\/I> est lui &eacute;galement significatif. Rabie (Rabbit) &eacute;voque quelque chose de leste et de prolif&eacute;rant, tout &agrave; la fois la malice  et le mouvement: <BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>Rabie was a light-footed nigger. He could sneak in a hen house &#8216;thout even the hens knowing it and get him the fattest fryer in there and not a squawk. Fast too. (11)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nIl faut sans doute lire &agrave; double sens cette capacit&eacute; de Rabie &agrave; s&#8217;introduire dans le poulailler sans &eacute;veiller le soup&ccedil;on de la moindre poule. Pareil pour les femmes, en somme. Simple affaire de ruse. Ce qui est confirm&eacute; quelques lignes plus bas :<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>Lutish cooked and Rabie took care of the cleaning and the vegetable garden ; but he was sharp at sneaking off with half his work done and going to help. Old Dudley with some current project-building a hen house or painting a door. (5)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nIl n&#8217;est pas exclu de voir dans le couple Dudley-Rabie une r&eacute;miniscence lointaine d&#8217;un couple mythique de la litt&eacute;rature du Sud, Huckleberry Finn et Jim, deux enfants, un blanc et un noir, mettant le cap vers la libert&eacute; (Mark Twain, <I>Huckleberry Finn<\/I>, 1884). Dans <I>Love and Death in the American Novel<\/I>, Leslie Fiedler a avanc&eacute; que les v&eacute;ritables couples de la litt&eacute;rature am&eacute;ricaine n&#8217;&eacute;taient pas des h&eacute;t&eacute;rosexuels adultes, mais plut&ocirc;t des amis, des &#8220;potes&#8221;, des <I>mates<\/I> en quelque sorte, peut-&ecirc;tre une association plus commode quand il s&#8217;agit de b&acirc;tir un pays. Sans &ecirc;tre exceptionnelle, la relation entre Dudley et Rabie est bel et bien fond&eacute;e sur le plaisir qu&#8217;ils ont &agrave; &ecirc;tre ensemble. Dans toute son ambivalence, ce plaisir partag&eacute; entre les races fait partie des donn&eacute;es de base de la litt&eacute;rature du Sud, qu&#8217;il importe red&eacute;finir selon chaque contexte. Il est ici plac&eacute; sous le signe de la complicit&eacute; masculine. Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;aller &agrave; la chasse ou &agrave; la p&ecirc;che, les deux comp&egrave;res &eacute;taient toujours de m&ecirc;che &#8220;to get away from the ladies&#8221; (5) et se payer du bon temps &agrave; l&#8217;ext&eacute;rieur. Ils allaient soit disant traquer l&#8217;opossum: en r&eacute;alit&eacute;, dans cette partie de chasse, c&#8217;&eacute;tait moins la chose en soi qui comptait, l&#8217;animal en question, que la libert&eacute; que conf&eacute;rait l&#8217; action :  notons au passage que le vocable &#8220;&#8216;possum&#8221; tel qu&#8217;il appara&icirc;t dans le texte signifie tout simplement (en latin, certes, mais quand m&ecirc;me) : &#8220;je peux&#8221;. A la page suivante, la r&eacute;it&eacute;ration du &#8220;might could&#8221; dans la langue oralis&eacute;e de Dudley, va dans le m&ecirc;me sens. Ne (se) doutant litt&eacute;ralement de rien, il avait envisag&eacute; de proposer &agrave; son voisin d&#8217; aller &agrave; la p&ecirc;che: &#8220;Maybe this nigger would know the country around here-or maybe how to get to it. They might could hunt. They might could find them a stream somewhere. &#8220;(8)   C&#8217;&eacute;tait compter sans sa fille pour laquelle il n&#8217;y a jamais le moindre &#8220;might&#8221; ni l&#8217;ombre d&#8217;un &#8220;could&#8221; qui vaille: &#8220;Tend to your own business&#8221; (9) lui avait-elle r&eacute;torqu&eacute;. Dont acte.<BR><BR><br \/>\nIl est donc loin le bon vieux temps o&ugrave; Dudley se faisait appeler &#8220;boss&#8221;. Aujourd&#8217;hui, de fa&ccedil;on symptomatique, c&#8217;est un noir en grandes pompes (&#8220;the nigger in the shiny shoes&#8221;) qui l&#8217;appelle &#8220;old-timer&#8221;. Vieux schnock, <I>hasbeen<\/I>, Dudley a fait son temps. D&eacute;cal&eacute;,  d&eacute;phas&eacute;, il n&#8217;a m&ecirc;me pas les outils mentaux pour comprendre son propre d&eacute;placement. Pour lui, le noir ne pouvait &ecirc;tre autre chose qu&#8217;un &#8220;domestique&#8221;. Quand sa fille lui explique que la pratique n&#8217;a plus cours et que ce noir habite l&#8217;immeuble au m&ecirc;me titre qu&#8217;eux, la chose lui para&icirc;t tellement invraisemblable qu&#8217;il se met &agrave; rire : &#8220;she could be right funny when she wanted to&#8221; (8). Bien s&ucirc;r, cela n&#8217;a rien de dr&ocirc;le, et si le lecteur en rit, c&#8217;est du vieux Dudley qu&#8217;il se moque.<BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Deux (de) chutes<\/B><\/U><BR><BR><br \/>\nDans un tel contexte hors-texte, l&#8217;&eacute;pisode de l&#8217;escalier est v&eacute;cu &agrave; la fois comme agression et comme une r&eacute;gression. A bien des &eacute;gards, pour Dudley, c&#8217;est un renversement, un vrai charivari. Tandis que, s&#8217;imaginant revenu au bon vieux temps d&#8217;antan, il profite du temps pass&eacute; dans l&#8217;escalier (son unique sas de libert&eacute;) pour mimer une partie de chasse, un fusil invisible &agrave; la main (dont il est bien s&ucirc;r inutile de souligner la valeur phallique). Surpris par l&#8217;arriv&eacute;e de son voisin dans l&#8217;escalier, le vieux Dudley manque quelques marches et tombe par terre. C&#8217;est donc ce &#8220;yankee nigger&#8221; tir&eacute; &agrave; quatre &eacute;pingles qui lui donne le bras pour le ram&egrave;ne chez lui &#8211;enfin, chez sa fille&#8211; assortissant son geste de quelques paroles de r&eacute;confort prononc&eacute;es sur un ton paternaliste : &#8220;Give a little help here&#8221;, &#8220;So you hunt ?&#8221;, &#8220;What do you use&#8221; ? (12). Et l&#8217;&eacute;tranger profite du moment pass&eacute; dans l&#8217;escalier pour lui administrer quelques le&ccedil;ons de morale et autres bons conseils : &#8220;Seems kind of a shame to deplete the game reserve&#8221;, &#8220;Well, it&#8217;s a swell place-once you get used to it.&#8221; (13) <BR><BR><br \/>\nApr&egrave;s sa fille, voil&agrave; un noir qui se met &agrave; lui parler sur ce ton infantilisant. Le vieux Dudley est donc tomb&eacute; bien bas. Avant la chute finale, celle du pot de fleur en l&#8217;occurrence, tous les symt&ocirc;mes du d&eacute;part se trouvent r&eacute;activ&eacute;s. Dudley a la gorge serr&eacute;e comme dans un &eacute;tau, les yeux embu&eacute;s de larmes, les jambes vacillantes :<BR><BR><br \/>\n<BLOCKQUOTE>His throat was going to pop. His throat was going to pop on account of a nigger-a damn nigger that patted him on the back and called him &#8220;old-timer.&#8221; Him that knew such as that couldn&#8217;t be. Him that had come to a good place. A good place. A place where such as that couldn&#8217;t be. His eyes felt strange in their sockets. There were swelling in them and in a minute there wouldn&#8217;t be any room left for them here. (13)<\/BLOCKQUOTE><BR><BR><br \/>\nD&eacute;fait, perdu, Dudley regagne alors sa chaise longue et s&#8217;y effondre. Et toujours pas de g&eacute;ranium.<BR><br \/>\nLa sc&egrave;ne de cl&ocirc;ture r&eacute;actualise les manques, les absences et humiliations qui se sont succ&eacute;d&eacute;s au fil de cette nouvelle plac&eacute;e sous le signe d&#8217;une s&eacute;v&egrave;re r&eacute;gression. Je voudrais pour terminer sugg&eacute;rer une lecture freudienne de cette histoire de g&eacute;ranium, qui est en quelque sorte &#8220;l&#8217;absent de tout bouquet&#8221; puisqu&#8217;en fin de compte, il n&#8217;a pas r&eacute;apparu. Ce va-et-vient du g&eacute;ranium sur le rebord de la fen&ecirc;tre n&#8217;est pas sans rappeler la bobine que l&#8217;enfant cache et fait r&eacute;appara&icirc;tre, illustrant le &#8220;<I>fort-da<\/I>&#8221; dont Freud a fait le principe de symbolisation primaire, permettant de mod&eacute;liser l&#8217;absence de la m&egrave;re (<I>Au-del&agrave; du principe de plaisir<\/I> 15-20). En se pla&ccedil;ant face &agrave; la fen&ecirc;tre &agrave; heures fixes, le matin et le soir, ce n&#8217;est certes pas Dudley qui se livre &agrave; ce jeu d&#8217;apparition et de disparition, mais la m&eacute;canique est si bien r&eacute;gl&eacute;e que par un effet de d&eacute;placement (de sa chaise), tout se passe comme si c&#8217;&eacute;tait lui qui en avait l&#8217;initiative. La preuve, c&#8217;est que lorsque le g&eacute;ranium vient &agrave; manquer, il s&#8217;effondre comme un enfant qui ne voit plus sa m&egrave;re et pense qu&#8217;elle a disparu pour toujours.<BR><BR><br \/>\nRevenu au stade de la petite enfance, le pauvre Dudley n&#8217;a plus la force de poser qu&#8217;une question, &agrave; son voisin d&#8217;en face : &#8220;Where is the geranium ?&#8221; Comme on s&#8217;y attendait, il est tomb&eacute; par terre. C&#8217;est la nouvelle que lui annonce ainsi de but en blanc le propri&eacute;taire du g&eacute;ranium. C&#8217;est comme &ccedil;a et pas autrement. Et comme si la chose ne suffisait pas, cet homme qui se tient donc d&eacute;sormais &agrave; place de la fleur, lui prodigue un dernier avertissemement: <I>Arr&ecirc;tez de reluquer chez moi toute la journ&eacute;e. Ce ne sont pas vos affaires. &Ccedil;a ne vous regarde pas.<\/I><BR><BR><br \/>\nVoil&agrave; qui est dit, une fois pour toutes, et sans fleur. Pour le pauvre Dudley, c&#8217;est le bouquet. Le rideau tombe sur cet ultime outrage. Dans l&#8217;\u0153uvre de Flannery O&#8217;Connor, ce ne sera pourtant pas le dernier, loin de l&agrave;. Entre le g&eacute;ranium d&#8217;ouverture et le jugement dernier, affronts, offenses et insultes vont se succ&eacute;der, avec une violence vertigineuse, sans qu&#8217;il ne soit plus question de fleur. Et au fil de sa fiction, plus dures seront les chutes. <BR><BR><BR><BR><\/p>\n<p><U><B>Notes<\/B><\/U><BR><BR><\/p>\n<p><A Name=\"Note1\"><\/A> [1] Dans Precision and <I>Depth in Flannery O&#8217;Connor&#8217;s Short Stories<\/I>, Karl-Heinz Westarp consacre un chapitre aux diff&eacute;rentes versions de la nouvelle: &#8220;O&#8217;Connor&#8217;s Artistic Development exemplified through the &#8216;Judgement-Day&#8217;  material &#8221; (44-62).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note2\"><\/A> [2] Pour plus de pr&eacute;cisions sur ce type de d&eacute;placements, voir Aur&eacute;lie Guillain : &#8220;Collisions et scandales : les chocs dans les nouvelles de Flannery O&#8217;Connor&#8221;, (139-151).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note3\"><\/A> [3] C&#8217;est ce que fait remarquer Jacques Pothier (69).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note4\"><\/A> [4] &#8220;The Owl and the Nightingale&#8221;, <I>Flannery O&#8217;Connor Bulletin <\/I>(1984), 44-58.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note5\"><\/A> [5] C&#8217;est pr&eacute;cis&eacute;ment sur le terrain des fleurs que se r&egrave;glent un certain nombre de conflits m&egrave;re-fille, par le biais des paons: &#8220;My mother&#8217;s fears were all borne out. Peacocks not only eat flowers, they eat them systematically, beginning at the head of a row and going down it. If they are not hungry, they will pick the flower anyway, if it is attractive, and let it drop. For general eating they prefer chrysanthemums and roses. When they are not eating flowers, they enjoy sitting on top of them, and where the peacock sits he will eventually fashion a dusting hole. Any chicken&#8217;s dusting hole is out of place in a flower bed, but the peafowl&#8217;s hole, being the size of a small crater, is more so. When he dusts he all but obliterates the sight of himself with sand. Usually when someone arrives at full gallop with the leveled broom, he can see nothing through the cloud of dirt and flying flowers but a few green feathers and a beady, pleasure-taking eye. From the beginning, relations between these birds and my mother were strained. She was forced, at first, to get up early in the morning and go out with her clippers to reach the Lady Bankshire and the Herbert Hoover roses before some peafowl had breakfasted upon them&#8221; (&#8220;The King of Birds&#8221;, <I>Mystery and Manners <\/I>16-17 (titre original: &#8220;Living with a Peacock&#8221;, <I>Holiday<\/I>, Sep. 1961). Face &agrave; ce luxe de sp&eacute;cification, le g&eacute;ranium fait figure de degr&eacute; z&eacute;ro de la fleur.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note6\"><\/A> [6] Il faut sans doute y voir une sorte de passage oblig&eacute;, une sorte de tribut litt&eacute;raire pay&eacute; &agrave; la cause de la grande m&eacute;tropole, plac&eacute;e de fa&ccedil;on assez convenue sous le signe de la solitude et de l&#8217;abstraction.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note7\"><\/A> [7] &#8220;Howard lowered his eyes and once again he saw the pansy. There it shone, a wide-open yellow flower with dark red veins and edges. Against the sky-blue of Marjorie&#8217;s old coat it began in Howard&#8217;s anxious sight to lose its identity of flower-size and assume the gradual and large curves of a mountain on the horizon of a desert, the veins becoming crevasses, the delicate edges the giant worn lips of a sleeping crater. His heart jumped to its mouth&#8221;. (<I>Complete Stories<\/I> 99)<BR><br \/>\n<A Name=\"Note8\"><\/A> [8] Voir les pages qu&#8217;Andr&eacute; Bleikasten consacre &agrave; ce sujet dans &#8220;M&egrave;res et fils&#8221; (82-88).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note9\"><\/A> [9] Je reprends ici une distinction de Sophie Vallas dans &#8220;Le paon, le Noir des villes et le Noir des champs : regard sur quelques sp&eacute;cimens du bestiaire color&eacute; des nouvelles de Flannery O&#8217;Connor&#8221; (80-91).<BR><br \/>\n<A Name=\"Note10\"><\/A> [10] Welty et O&#8217;Connor se rejoignent encore sur le terrain des fleurs. &#8220;Why I live at the P.O.&#8221; (1941), l&#8217;une des nouvelles les plus cinglantes de Welty, &eacute;voque ainsi un terrible r&egrave;glement de compte familial qui se solde par le d&eacute;part de la protagoniste, une certaine &#8220;Sister&#8221; qui d&eacute;cide un jour de s&#8217;installer dans un bureau de poste. Quand elle quitte son domicile, la voil&agrave; qui emporte tout son mat&eacute;riel, juqu&#8217;aux fleurs qu&#8217;elle se met &agrave; d&eacute;raciner :<BR><br \/>\nI went out front and started digging up some four-o&#8217;clocks to plant around the P.O. <BR><br \/>\n&#8220;Ah, ah, ah ! says mama, raising the window. &#8216;Those happen to be my four o&#8217;clocks. Everything planted in that star is mine. I&#8217;ve never known you to make anything grow in your life. (&#8216;Why I Live at the P.O.&#8221;, <I>Complete Stories<\/I>, 53)<BR><br \/>\nSa m&egrave;re, qui lui a toujours pr&eacute;f&eacute;r&eacute; sa s\u0153ur, Stella, lui rappelle donc qu&#8217;elle a toujours &eacute;t&eacute; incapable &#8220;de faire pousser quoi que ce soit&#8221;, ce qui est sans doute une mani&egrave;re d&eacute;plac&eacute;e de lui dire qu&#8217;elle n&#8217;a jamais pu faire na&icirc;tre le moindre d&eacute;sir chez qui que ce soit. A l&#8217;inverse de Lutisha ; semble-t-il.<BR><br \/>\n<A Name=\"Note11\"><\/A> [11] L&#8217;\u0153uvre de Welty met aussi en sc&egrave;ne un &eacute;pisode o&ugrave; figure ce &#8220;might-could&#8221;, sans doute caract&eacute;ristique du discours oralis&eacute; du Sud. Dans <I>One Writer&#8217;s Beginnings <\/I> (1984), Eudora &eacute;voque cet &eacute;pisode o&ugrave; elle avait invit&eacute; une camarade de classe &agrave; venir chez elle. Par dessus la cloison s&eacute;parant les habitacles (la sc&egrave;ne se passe aux toilettes de l&#8217;&eacute;cole), celle-ci avait r&eacute;pondu &#8220;I might could&#8221;. L&#8217;institutrice, qui avait tout entendu, demanda alors d&#8217;une voix furieuse &#8220;Who said MIGHT-COULD ?&#8221; (27) et les avait  menac&eacute;es d&#8217;une punition en cas de r&eacute;cidive. Chez les presbyt&eacute;rien(ne)s du Sud, on ne badine pas avec la grammaire.<BR><BR><BR><\/p>\n<p><B><U>R&eacute;f&eacute;rences bibliographiques<\/U><\/B><BR><BR><BR><br \/>\n&#8211; Bleikasten, Andr&eacute;\t<I>Flannery O&#8217; Connor<\/I>. Paris : Belin, Voix am&eacute;ricaines, 2004.<BR><br \/>\n&#8211; Dickinson, Emily\t<I>The Complete Poems<\/I> (1862). Harmondsworth: Penguin, 1962.<BR><br \/>\n&#8211; Eliot, T.S.\tSelected Poems, 1954. London : Faber &#038; faber, 1986.<BR><br \/>\n&#8211; Fiedler, Leslie\t\t<I>Love and Death in the American Novel<\/I> (1960). New York : Harmondsworth, 1984.<BR><br \/>\n&#8211; Fitzgerald, Sally\t&#8220;The Owl and the Nightingale&#8221;, <I>Flannery O&#8217;Connor Bulletin<\/I> (1984), 44-58.<BR><br \/>\n&#8211; Freud, Sigmund\t\t<I>Essais de psychanalyse appliqu&eacute;e<\/I>. Paris: Payot, 1963. (tr V. Jank&eacute;l&eacute;vitch)<BR><br \/>\n&#8211; Guillain, Aur&eacute;lie\t&#8220;Collisions et scandales : les chocs dans les nouvelles de Flannery O&#8217; Connor&#8221;. <I>Flannery O&#8217;Connor. The Complete Stories.<\/I> Marie-Claude Perrin-Chenour,  ed. Paris : Editions du temps, 2004<BR><br \/>\n&#8211; Kranzfelder, Ivo\t<I>Hopper<\/I>. K&ouml;ln : Taschen, 1995.<BR><br \/>\n&#8211; O&#8217; Connor, Flannery\t<I>The Complete Stories. <\/I>New York : Farrar, Strauss and Giroux, 1972.<BR><br \/>\n\t\t\t\t\t&#8220;The King of Birds&#8221;, <I>Mystery and Manners<\/I> 3-21 (first published as &#8220;Living with a Peacock&#8221;, <I>Holiday<\/I>, Sep. 1961)<BR><br \/>\n&#8211; Perrin-Chenour, Marie-Claude, ed.<br \/>\n\t<I>Flannery O&#8217;Connor. The Complete Stories.<\/I> Paris : Editions du temps, 2004.<BR><br \/>\n&#8211; Pothier, Jacques\t<I>Les Nouvelles de Flannery O&#8217;Connor. Synth&egrave;se d&#8217;une \u0153uvre<\/I>. Editions de l&#8217;Universit&eacute; de Versailles-St Quentin-en-Yvelines, Editions du Temps, 2004.<BR><br \/>\n&#8211; Vallas, Sophie\t&#8220;Le paon, le Noir des villes et le Noir des champs : regard sur quelques sp&eacute;cimens du bestiaire color&eacute; des nouvelles de Flannery O&#8217;Connor.&#8221; <I>Flannery O&#8217;Connor. The Complete Stories.<\/I>  Marie-Claude Perrin-Chenour, ed. Paris : Editions du temps, 2004<BR><br \/>\n&#8211; Westarp, Karl-Heinz\t<I>Precision and Depth in Flannery O&#8217;Connor&#8217;s Short Stories<\/I>. Aarhus, Denmark : Aarhus University Press, 2002.<BR><br \/>\n&#8211; Welty, Eudora \t<I>The Collected Stories. <\/I>New York : Harvest 1980.<BR><br \/>\n\t\t\t\t<I>One Writer&#8217;s Beginnings. <\/I>Cambridge : Harvard UP, 1984.<BR><br \/>\n&#8211; Westling, Louise\t<I>Sacred Groves and Ravaged Gardens : The Fiction of Eudora Welty, Carson Mc Cullers, and Flannery O&#8217;Connor. <\/I>Athens, GA UP, 1985.<BR><br \/>\n<BR><BR> <\/HTML><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>par : Geraldine Chouard Ouverture Pour la premi&egrave;re nouvelle de son recueil, publi&eacute;e en 1946, Flannery O&#8217;Connor s&#8217;avance avec une fleur : un g&eacute;ranium rose p&acirc;le, pr&eacute;sent&eacute; dans un pot, entour&eacute; d&#8217;un gros n\u0153ud vert. Quoi de plus gracieux comme entr&eacute;e en mati&egrave;re. 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