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séminaires 2018-2023

le politique, le privé et l’intime

En prolongement et approfondissement de ses recherches et travaux sur les récits autobiographiques écrits par les femmes, le groupe Faaam projette de travailler dans les cinq années à venir sur le projet « Le politique, le privé et l’intime » dans la littérature féminine de langue anglaise.


seance du 15 NOVEMBRE 2019
Delphine Louis Dimitrov présentera
Owning Up: Privacy, Property, and Belonging in U.S. Women’s Life Writing, de Katherine Adams (Oxford, New York: Oxford University Press, 2009),

En prolongement et approfondissement de ses recherches et travaux sur les récits autobiographiques écrits par les femmes, le groupe Faaam projette de travailler dans les cinq années à venir sur le projet « Le politique, le privé et l’intime » dans la littérature féminine de langue anglaise. Il ne s’agira pas d’envisager cette littérature, qui est loin de former une unité, comme reflétant ou construisant un univers séparé propre aux femmes, comme l’idéologie victorienne opposant la sphère publique à la sphère privée, mais de re-examiner le fameux slogan des années 1970 et l’essai de Carol Hamisch, « the Personal is Political, » sous l’angle de perspectives plus contemporaines des nouvelles études sur les genres, des nouvelles « ethnic studies », mais aussi des études postcoloniales ou encore diasporiques. Notre réflexion visera donc à mesurer l’actuelle portée politique du slogan, ses infléchissements de sens et les problématiques nouvelles qu’il soulève au XXIème siècle.
Certaines des idées et pratiques qui avaient orienté l’essai de Carol Hamisch à l’origine du slogan, comme les groupes de parole thérapeutiques ou la possibilité de défendre aujourd’hui une conscience apolitique du genre sexuel, se prêtent aujourd’hui à une lecture renouvelée. L’inséparabilité du privé et du politique établit en effet le privé et l’intime comme des domaines réservés mais aussi non dissimulables pour ceux qui travaillent à transformer les perceptions des rôles genrés. Le mariage et la maternité figurent toujours parmi les enjeux politiques de la transformation des représentations du genre sexuel, mais les pratiques de séduction ont désormais pris leur place dans cette même sphère. La question du rapport entre les sexes a pris un caractère plus radicalement privé encore, se dégageant de ses aspects institutionnels, renouant avec le ressenti et l’expérience intime.
La racine latine du mot « intime » renvoie au superlatif « intimus » qui signifie ce qu’il y a de plus intérieur, de plus profond ou de plus caché (anglais inmost). Cette définition de l’intime soulève déjà certaines questions lorsqu’elle désigne un corpus littéraire. Comment ce privé intérieur, par définition inaccessible peut-il être communiqué à l’extérieur ? N’y-t-il pas contradiction entre la pratique littéraire, qui implique une mise à l’épreuve du public et l’intime, qui est voué au secret et à l’incommunicable ? La frontière entre public et privé, transfigurée en littérature est ainsi plus poreuse que rigide. La mise en scène de l’intime dans les œuvres littéraires peut être l’occasion d’une transgression de frontière, qu’elle soit le fruit d’une stratégie de l’auteur ou un effet de la réception de l’œuvre. La littérature féminine a pu être vue comme une mise en scène scandaleuse de l’intime, ce qui rend encore plus pertinent de la considérer du point de vue du politique. Le statut du journal dit « intime » est particulièrement intéressant pour étudier cette frontière mouvante entre public et privé que la littérature met en scène. Instrument de création et d’improvisation, il est considéré comme un lieu où le sujet peut se réinventer à l’abri des regards ; mais il conserve une forme de représentation de soi que la perspective d’une publication, même niée par l’auteure, induit.
Ainsi, le caractère construit de l’intime en littérature, qui apparaît souvent au service de stratégies esthétiques et idéologiques est ainsi incontournable. De plus, cette construction de l’intime est liée à un moment culturel. Dans son ouvrage collectif, Benoît Melançon évoque l’invention de l’intimité au siècle des Lumières. De même, les connotations de l’intimité, positives ou négatives sont liées à des politiques culturelles. Ainsi, l’association de la figure maternelle à l’intimité a été une valeur morale importante au dix-neuvième siècle.
Le journal intime n’échappe aux mutations de la notion d’intimité. Il est devenu de moins en moins intime, et ses transformations signalent une mutation des représentations du moi et de la sphère du privé. Le journal est généralement considéré comme un objet destiné à rester dans l’ombre des tiroirs et des greniers. Il ne s’exhibe pas, et ne communique pas au-dehors. On lui appose souvent l’épithète « intime », car c’est pour elle-même que la diariste écrit. Néanmoins, pour les écrivains du moins, cette tendance s’est affaiblie à partir de la fin du dix-neuvième dans l’aire française comme anglaise. C’est en effet à cette époque, selon Pierre Pachet (1990), que le journal devient un genre littéraire à part entière. Autour des années 1880, les journaux des grands écrivains sont publiés et sont reçus comme des œuvres, même si certains critiques, comme Ferdinand Brunetière, se montrent sceptiques vis-à-vis de cette nouvelle littérature du moi. En conséquence, de nombreux auteurs envisagent la publication de leurs journaux de leur vivant dès cette date.
L’interrogation de l’intime au prisme du politique s’accompagnera donc d’une approche diachronique, d’une part parce que les mutations qu’a connu la notion d’intime sont considérables, d’autre part, parce que l’intime n’existe pas hors du domaine culturel ou social. Pour Annie Ernaux, «L’intime est encore et toujours du social, parce qu’un moi pur où les autres, les lois, l’histoire, ne seraient pas présents est inconcevable.» (p.152).
De même, les connotations sexuelles de la notion d’intimité ont connu des mutations importantes qui affectent directement l’écriture des femmes: l’intime se déplace dans d’autres domaines et vers d’autres objets : les corps exhibés, consommables de la modernité ne sont plus les lieux privilégiés de l’intimité. Dans Fragments d’un discours amoureux (1977) Roland Barthes écrivait déjà que déclarer ses sentiments amoureux était plus pornographique que montrer son corps. De même, Annie Ernaux voit dans la confrontation à l’existence des autres dans le quotidien moderne l’intimité suprême: « Je suis traversée par les gens, leur existence, comme une putain.» De ce point de vue, la littérature est le voyeurisme absolu. Enfin, on pourra se demander ce que révèle l’exhibition actuelle de l’intimité quotidienne sur les réseaux sociaux. Le slogan le personnel est politique peut servir de guide dans toutes ses interrogations.
Enfin, le slogan « le personnel est politique » permettra de concevoir une révision critique de la réception des œuvres des femmes, car l’association des femmes avec l’intime quand a orienté la lecture de la littérature féminine, par exemple lorsque les œuvres de femmes sont lues essentiellement comme autobiographique. Si l’intime a pu être une stratégie dont les femmes se sont servies, il a été utilisé contre elles et doit être remise en question en mettant en valeur les aspects politiques sous-jacents, ou bien en contextualisant ou historisant l’œuvre.
La nouveauté de notre approche résidera également dans l’élargissement des domaines littéraires envisagés pour inclure des types de fiction tels que « domestic fiction, » mais aussi des genres émergents et/ou dits mineurs, et hybrides, où les femmes parlent de/révèlent et se cachent sous l’intime pour se saisir du politique. On s’intéressera aussi au champ immense et en constant renouvellement de l’écriture numérique.
Un sous-axe différent sera choisi chaque année, afin d’explorer plus spécifiquement un aspect du thème de recherche choisi. Pourront ainsi être envisagés, entre autres, la littérature érotique des femmes, l’écriture de l’enfance, la relation mère-fille, la domesticité et le quotidien.
Le groupe entend poursuivre le principe du colloque international annuel où ce sous-axe sera exploré collectivement. Ce colloque est préparé au cours de l’année précédente par un séminaire mensuel, au cours duquel les participants travaillent à établir un état de la recherche, nourri par les lectures critiques récentes sur le domaine choisi. Ce travail préalable permet de choisir un sujet de recherche inédit, situé à la pointe de la recherche contemporaine, en phase avec les travaux des collègues travaillant à des problématiques similaires en Europe, outre-Manche et outre-Atlantique. Ce séminaire mensuel est ouvert à tous, et en particulier aux doctorants, ainsi qu’aux collègues extérieurs—l’une des forces de Faaam étant d’accueillir en tant que membres associés des collègues de laboratoires extérieurs : Transcrit (Paris 8), Slam (Evry), CAS (Toulouse2), ou Corpus (Amiens).





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